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Publié le mardi 31 octobre 2017 à 17h55min par Philippe Font

AZF : Serge Biechlin et Grande Paroisse de nouveau condamnés

Après le troisième procès AZF, l’ex directeur de l’usine et la société Grande Paroisse ont été condamnés comme en 2012. Une décision qui continue de diviser victimes et salariés. Les défenseurs de Serge Biechlin et de Grande Paroisse pourraient se pourvoir en cassation.

Finalement la délocalisation du procès à Paris n’aura pas changé grand chose. A l’issue du troisième procès fleuve AZF, le verdict est tombé mardi en début d’après-midi : la cour d’appel de Paris a condamné Serge Biechlin, ancien directeur de l’usine AZF, à quinze mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende pour « homicides et blessures involontaires ». La société Grande Paroisse, filiale du groupe Total, a été condamnée à 225.000 euros d’amende. Les mêmes peines avaient été prononcées en 2012.

« Je ressens un sentiment de déception, quinze ans à l’encontre de Serge Bienchlin c’est très sévère, car la thèse officielle avait été mise à mal au cours du procès, mais cela n’a rien changé », regrettait Gérard Jourda, membre de l’association « Mémoire et solidarité » qui regroupe les anciens salariés de l’usine chimique. Celle-ci a explosé le 21 septembre 2001, faisant 31 morts et plus de 2500 blessés. « La page AZF n’est toujours pas tournée. La vérité ne veut pas sortir, peut être qu’un jour nos enfants sauront », lance encore l’ancien salarié réuni avec une vingtaine d’anciens collègues devant le local abritant l’association et qui a été construit devant une des anciennes portes du site chimique.

L’accident chimique, seul scénario possible …

A quelques mètres de là, une autre bâtisse héberge les associations de sinistrés de la catastrophe industrielle. Liliane a revêtu un T-shirt blanc sur lequel sont inscrits des slogans rappelant le jour de la catastrophe. « C’est une petite victoire mais il manque toujours la reconnaissance par la justice de notre statut de victimes et de sinistrés », témoigne la retraitée en écrasant une larme. Alors que Philippe Saunier, membre du syndicat CGT industries chimiques, pointe du doigt le fait que « Total n’est toujours pas inquiété », Serge Baggi, ancien délégué du CE Grande Paroisse et rapporteur de la commission d’enquête CHSCT, reconnaît la décision de justice comme une évidence.

« La justice a étudié toutes les pistes, celle qui conduisait y à l’accident chimique était la seule qui restait », indique celui qui est aussi membre de l’association « Mémoire et solidarité ». « Il en a fallu du temps pour l’admettre… Aujourd’hui on peut le dire, c’est un accident dû à un mélange de produits incompatibles. » A l’issue de l’annonce du verdict, les défenseurs du directeur Serge Biechlin et de Grande Paroisse ont annoncé leur intention de se pourvoir en cassation. Une preuve supplémentaire que seize ans après la catastrophe, certaines positions restent terriblement irréconciliables.
Philippe Font

Sur la photo du haut : Des membres de l’association des sinistrés du 21 septembre comment la décision de la cour d’appel de Paris à l’issue du troisième procès. Crédits : Ph.F/ToulÉco

En bas : Les vestiges du 21 septembre 2001 sont toujours visibles sur l’ancien site de l’usine chimique. Crédits : Ph.F/ToulÉco.