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Publié le mardi 28 mars 2017 à 22h23min par Martin Venzal

Aéronautique. Latécoère se désendette et restructure son outil industriel

L’équipementier toulousain Latécoère réussit enfin son désendettement et investit dans l’usine du futur. Mais son plan stratégique, détaillé par la nouvelle directrice générale Yannick Assouad, a aussi des conséquences sur l’emploi local.

Latécoère a-t-il enfin tourné la page de ses difficultés financières ? La nouvelle directrice générale de l’équipementier toulousain Yannick Assouad veut y croire. L’ancienne directrice de chez Zodiac Aerospace a pris ses fonctions il y a quelques mois seulement, mais elle s’est emparée du plan stratégique Horizon 2020 pour le porter à son terme. « Nos résultats 2016 sont bons : le chiffre d’affaires est en hausse avec 655 millions d’euros. Et grâce à une parité euro-dollar favorable, nous avons une croissance très respectable du résultat opérationnel courant avec 47,8 millions d’euros », a-t-elle expliqué ce mardi 28 mars. Conséquence : le groupe aéronautique utilise les liquidités générées pour faire fondre son endettement. La situation financière de Latécoère s’améliore ainsi, passant d’un endettement de 64 millions d’euros fin 2015, à une trésorerie positive de 1,8 million d’euros un an plus tard.

Surtout Latécoère peut poursuivre son plan de modernisation. Sur ce point, Yannick Assouad confirme le cap : « Nous recentrons nos activités sur nos cœurs de métier que sont les aéro-structures et l’interconnexion. D’où notre volonté de vendre Latécoère Services », confirme-t-elle. « L’autre grand volet de notre plan est de moderniser nos outils industriels. Le site toulousain, rue de Périole, difficile à faire évoluer, va être cédé. Nous y conserverons toutefois le siège, les fonctions supports et la partie bureaux d’études. Les autres fonctions supports seront relocalisées au sein de nos sites de production, comme à Gimont, dans le Gers. »

A noter que le hall d’assemblage de l’A330 sera maintenu en fonction sur le site historique jusqu’à la fin de vie de cet avion. Pour cette transaction, Latécoère s’est rapproché d’Icade, qui récupère le projet foncier et immobilier pour transformer le site de Périole en un nouveau quartier avec des bâtiments tertiaires et du résidentiel.

Une nouvelle usine à Toulouse Montredon

Une partie de l’activité sera relocalisée au sein d’une nouvelle usine à Montredon, au nord de Toulouse. Fonctionnant 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, cette nouvelle unité sera spécialisée dans l’usinage et devrait entrer en fonction courant 2018 et 2019. Par ailleurs, un nouveau site va être construit en Bulgarie, avec à la clé le recrutement de 900 personnes. « Il s’agit surtout de délester notre usine de République Tchèque où nous connaissons une pénurie de main d’œuvre », explique encore la directrice générale de Latécoère. « Cela confirme notre implantation en zone Best Cost, avec aussi des transferts d’activité vers le Maroc, la Tunisie et le Mexique. »

Ainsi, si Latécoère conserve ses usines en France, à Toulouse, Labège, Gimont, Liposthey (Landes) et Le Cres (Hérault), la croissance des effectifs est plutôt appelée à évoluer à l’étranger, pour atteindre d’ici 2020 les deux tiers des effectifs globaux du groupe. Et c’est là tout le paradoxe du maintien d’une industrie sur le territoire national. « La main d’oeuvre au Mexique est de 3 dollars de l’heure, contre 30 euros en France », constate Yannick Assouad. Conséquences : Latécoère a initié un plan de sauvegarde de l’emploi qui concerne ses sites de Tarbes (trente-cinq CDI concernés) et de Toulouse Périole (150 emplois touchés environ).

« Manque de visibilité » pour la CGT

Du côté des syndicats, FO et CFE-CGC ont signé ce PSE. Pas la CGT qui le considère « pas assez généreux » en matière d’accompagnement social. « Mais notre premier désaccord porte sur le volet stratégique », explique Florent Coste, délégué syndical et secrétaire du syndicat CGT Latécoère. « Le principal problème, c’est la visibilité à long terme. L’usine de Périole est la seule aujourd’hui à savoir concevoir puis industrialiser un nouveau produit. Où le ferons-nous quand celle-ci sera vendue ? », s’inquiète le syndicaliste, qui regrette également la vente de Latécoère Services, « cédée alors qu’elle était rentable ».

Yannick Assouad, elle, regarde ailleurs : « Nous faisons tout cela pour croître. Si nous ne sommes pas compétitifs au niveau des prix ou au niveau technique, nous n’aurons aucune chance d’être retenus par les avionneurs. Nous devons donner à Latécoère une compétitivité de rang mondial. Et pour cela, il nous faut les bonnes technologies. » L’équipementier compte investir 100 millions d’euros jusqu’en 2019 pour réussir ce pari. Mais la route ne sera pas simple. Une baisse du chiffre d’affaires de 6% est déjà anticipée pour l’exercice 2017.
Martin Venzal

Sur la photo : Yannick Assouad, directrice générale de Latécoère, veut garder le cap du programme Horizon 2020. Photo M.V. - ToulÉco.