ToulÉco

Publié le mardi 5 novembre 2019 à 21h38min par Johanna Decorse

Aéroport Toulouse-Blagnac : 16,2 millions d’euros versés aux actionnaires

Lors de l’assemblée générale d’ATB qui a eu lieu ce mardi 5 novembre, Casil Europe et l’Etat ont décidé de distribuer l’intégralité des bénéfices 2018, soit 16,2 millions d’euros, en dividendes. Les actionnaires publics locaux ont voté contre, en vain.

Chaque année, la question des dividendes tourne au « psychodrame », soulignait en janvier le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole Jean-Luc Moudenc. Le scénario s’est rejoué ce mardi 5 novembre lors de l’assemblée générale de la société Aéroport Toulouse-Blagnac. Face à Casil Europe qui détient toujours 49,99 % de la société d’exploitation, les quatre actionnaires locaux ont voté contre la résolution prévoyant le versement de 100 % du résultat net, soit 16,2 millions d’euros pour l’exercice 2018, en dividendes. L’État, toujours en position d’arbitre avec ses 10,01 % restants, a soutenu Casil Europe.

Accord sur les dividendes

La politique de dividende semblait pourtant avoir été définitivement gravée dans le marbre le 21 décembre dernier. Les six actionnaires avaient signé un accord pour reverser durant cinq ans, l’intégralité du résultat net sous forme de dividendes. L’accord excluait en revanche de toucher aux réserves, ponctionnées à hauteur de 16,5 millions d’euros depuis 2015.

« La méthode de calcul de distribution des dividendes sur les cinq prochaines années a été approuvée à l’unanimité des actionnaires en décembre 2018 (…) Depuis quatre ans, les actionnaires publics ont toujours voté pour cette politique », explique un porte-parole de Casil Europe. Ce qui est vrai. En quatre ans, les collectivités ne se sont opposées qu’à la décision de Casil Europe de puiser dans les réserves.

Défiance des collectivités

Mais pour les actionnaires locaux qui continuent de pointer la « logique de rendement immédiat » de Casil Europe depuis son entrée au capital d’ATB, son intention de revendre ses parts, affichée dès janvier 2019, a changé la donne. « Cela a remis en cause les dires de Casil qui assurait être là pour des années. Quelques jours après avoir signé l’accord sur les dividendes, nous avons appris qu’il voulait revendre ses parts. La confiance a fait place à la défiance », résume Pascal Boureau, représentant du Département de Haute-Garonne au conseil de surveillance.

L’autre argument est financier. « La situation de l’aéroport est bonne mais nous vivons une période d’incertitude liée à une baisse du trafic et au Brexit. Nous devons consolider les moyens financiers d’ATB c’est pourquoi nous avons voté contre la décision de l’actionnaire principal de distribuer les bénéfices de l’exercice 2018 et nous regrettons que l’Etat n’ait pas pris position aux côtés des actionnaires locaux dans ce contexte-là », estime Pascal Boureau.

Le montant fixé

Alors que Casil Europe est depuis le mois de mai en négociations exclusives avec le groupe Eiffage pour le rachat de ses parts acquises en 2015 pour 308 millions d’euros, il fait, selon les actionnaires publics « la preuve, une nouvelle fois, de sa gestion strictement mercantile et à court terme d’une infrastructure majeure pour le territoire ». Suspendues à la décision du Conseil d’État qui a validé le 9 octobre la procédure de privatisation d’ATB de 2015, les discussions avec Eiffage avancent. Un accord de principe a été trouvé et un montant, fixé. « Nous sommes dans l’attente des décisions de la DGAC et de l’Autorité de la concurrence », précise le porte-parole de Casil Europe.

Les collectivités qui n’ont pas trouvé gain de cause auprès de Casil Europe, espèrent obtenir de son successeur un changement de gouvernance. Elles demandent à ce que l’actionnaire privé qui siège à la fois au conseil de surveillance et au directoire, se retire de l’organe de direction pour éviter le « mélange des genres ». La CCI, la métropole, la Région et le Département s’interrogent aussi sur ce qu’il adviendra du fameux pacte d’actionnaires engageant l’Etat sur les décisions importantes et notamment sur le volet des dividendes et des réserves.
Johanna Decorse

Sur les photos : L’aéroport de Toulouse-Blagnac, troisième aéroport de région, a accueilli 9,6 millions de passagers en 2018. Crédits : Valentine Chapuis - ToulÉco.

57,8 millions d’euros versés depuis 2015

Entre 2015 et 2017, 41,6 millions d’euros de dividendes ont déjà été versés aux six actionnaires d’ATB, soit 20,7 millions d’euros pour Casil Europe, 4,1 millions d’euros pour l’Etat, 10,4 millions pour la CCI et 2 millions d’euros pour le Département, la Région et Toulouse Métropole. Casil Europe justifie cette politique en expliquant que « les dividendes versés ne privent pas l’aéroport d’une capacité d’investissement puisqu’ils sont distribués sur la base du résultat net qui intervient après les dépenses en investissements ».

Casil Europe estime être « injustement perçu comme faisant un pillage des réserves ». « Cela est dû à une mauvaise compréhension du fait que les réserves ont été incluses dans l’achat par Casil de ses 49,99% d’ATB et qu’il est préférable pour l’aéroport, financièrement, d’utiliser l’argent de la réserve plutôt que de le laisser sans valeur ajoutée », se défend la société.