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Publié le mardi 14 mai 2019 à 22h51min par Johanna Decorse

Aéroport de Toulouse-Blagnac. Casil Europe et Eiffage en négociations exclusives

Casil Europe qui cherche depuis le début de l’année un repreneur pour les 49,99% qu’il détient au capital d’ATB est entrée en négociations exclusives avec Eiffage. Le groupe de construction veut « diversifier son porte-feuille de concessions ».

La société Casil Europe issue du consortium chinois Symbiose auquel l’Etat français avait cédé en avril 2015, pour 308 millions d’euros, 49,99% du capital de l’aéroport de Toulouse avait fait part en début d’année de son désir de revendre sa participation. Le processus avance et au rythme qu’elle s’était fixé. Le premier actionnaire d’ATB a annoncé ce mardi 14 mai entrer en négociations exclusives avec Eiffage pour la cession de l’intégralité de ses parts dans la plate-forme aéroportuaire.

Cette opération, précise le groupe de construction français, « s’inscrit dans la stratégie d’Eiffage visant à diversifier son portefeuille de concessions, déjà fort de nombreuses participations dans des infrastructures de transport en Europe, ainsi qu’à en allonger la durée ». Déjà, Eiffage se présente comme « un partenaire de long terme d’ATB aux côtés des autres actionnaires, en privilégiant un développement dans le respect des contraintes et équilibres territoriaux ». De quoi rassurer les actionnaires publics locaux la chambre de commerce et d’industrie, la Région Occitanie, le Département de Haute-Garonne et Toulouse Métropole qui détiennent 40% du capital et qui auront sans doute beaucoup à dire bientôt sur ces années de cohabitation avec Casil Europe.

Casil défend son bilan

Mais déjà, l’actionnaire privé, très critiqué pour avoir puisé dans les réserves de l’aéroport, défend son bilan. « Cette opération marquerait le début d’un nouveau chapitre de l’histoire d’ATB, dans la continuité de son fort développement depuis l’arrivée de Casil Europe en tant que premier actionnaire en 2015. L’engagement continu de Casil Europe au sein du conseil de surveillance et auprès du directoire, ainsi que des équipes d’ATB, s’est notamment traduit par une augmentation de près de +30% des flux de passagers, l’ouverture de quarante deux destinations supplémentaires et des investissements significatifs dans la modernisation et le développement de l’aéroport », souligne la société.

Mais la vente du troisième aéroport régional français, 9,6 millions de passagers en 2018, n’est pas faite souligne Me Christophe Lèguevaques, conseil du Collectif contre la privatisation d’ATB. En effet, l’avocat a obtenu en avril 2019 devant la cour administrative d’appel de Paris, l’annulation de la procédure de cession des titres de l’État au motif que le cahier des charges de cette procédure n’avait pas été respecté.

Une action collective à venir

L’État, qui conserve 10,01% du capital d’ATB, s’est pourvu en cassation. Le groupe Eiffage a bien conscience que l’issue de cette « contestation contentieuse » portée devant le Conseil d’État, va « conditionner la réalisation de son éventuelle acquisition de la participation de Casil Europe ». D’autant que les anti-privatisation sont bien décidés à tout tenter.

« Que ce soit Casil Europe, Vinci ou Eiffage, nous nous opposons toujours au principe de la privatisation qui n’apporte rien à la gestion de l’aéroport si ce n’est une pression des actionnaires pour une plus grande rentabilité, ce qui supporte une plus grande gêne et toujours plus de pollution pour les riverains », martèle Me Lèguevaques. Sans attendre la décision du Conseil d’État, l’avocat a annoncé le lancement d’ici fin mai d’une action collective via une plate-forme citoyenne sur Internet pour obtenir l’annulation de la vente elle-même devant le tribunal de commerce de Paris.
Johanna Decorse

Sur la photo : La société Casil Europe a annoncé mardi avoir entamé des négociations exclusives avec le groupe Eiffage pour le rachat de ses parts dans ATB. Crédits : Philippe Garcia - Aéroport Toulouse-Blagnac.