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Publié le mercredi 30 janvier 2019 à 21h28min par Johanna Decorse

Aéroport de Toulouse Blagnac : les repreneurs ont jusqu’au 6 février pour se déclarer

Les « rumeurs » se précisent. Les candidats potentiels au rachat des parts de Casil Europe dans le capital de la société Aéroport de Toulouse-Blagnac ont jusqu’au 6 février pour déposer leur offre de reprise. Les investisseurs de 2014 sont sur les rangs.

« En tant que gestionnaire historique de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, la CCIT est là depuis longtemps et le restera, dans une vision de long terme ». C’est en substance ce qu’a déclaré Philippe Robardey en regardant dans les yeux Mike Poon, le 22 janvier dernier, lors de la soirée inaugurale des nouvelles extensions de l’aéroport. Le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Toulouse venait-il seulement d’apprendre les intentions de Casil Europe, issu du consortium chinois Symbiose, de revendre ses 49,99 % de parts dans la société ATB ? Une chose est sûre, ce jour-là, sur le devant de la scène, aucun des actionnaires publics locaux n’a demandé au président de Casil Europe de s’exprimer sur ce que l’actionnaire privé qualifie toujours de « rumeur ». Mais en aparté, Mike Poon, sans démentir, leur aurait dit de ne pas s’inquiéter.

Vinci Airports dans la boucle

Une semaine après, les choses se précisent. Les candidats potentiels à la reprise des parts de Casil Europe ont jusqu’au 6 février pour déposer une offre. Le délai, fixé par la banque Lazard mandatée pour trouver des acquéreurs, est court. Mais tous les investisseurs qui avaient répondu à l’appel d’offres lancé en 2014 par l’Agence des participations de l’Etat, sauf le Canadien SNC-Lavalin, sont dans la course.

« Les investisseurs de 2014 se souviennent de mon combat pour que l’infrastructure reste dans le giron de la puissance publique, adossée à un opérateur français. Ils m’ont fait savoir qu’ils étudiaient le dossier dans le but de préparer une nouvelle gouvernance respectueuse des intérêts de l’aéroport et partagée avec l’État et les collectivités locales », explique Jean-Louis Chauzy, président du Ceser d’Occitanie.

En 2014, sept grands groupes français ou étrangers s’étaient portés candidats au rachat des 60% des parts de l’État dans la société ATB. Vinci Airports avait présenté une offre commune avec CDC Insfractructures (filiale à 100% de la Caisse des dépôts) et EDF Invest. Dans les rangs figuraient aussi l’Australien Macquarie Airports, la société d’investissements française Ardian et le groupe Eiffage. La Banque Populaire Occitane et la Caisse d’épargne Midi-Pyrénées, deux réseaux régionaux du groupe BPCE, ont précisé que leur « position n’étaient pas déterminée ».

« Le dossier est à l’étude avec le groupe BPCE et ses filiales à l’aune des intérêts à long terme de l’aéroport avec des investisseurs conformément à notre mission de soutien à l’économie et de son territoire », a indiqué la Banque Populaire Occitane en précisant qu’elle ne s’exprimerait pas « avant le 6 février, date du dépôt des candidatures ».

La menace des 10,01 % de l’Etat

Il faut dire que la mariée reste belle, même après cette union difficile qui lui a fait sans doute perdre quelques illusions. Pour 2018, ATB a fait état d’un trafic record de 9,6 millions de passagers et d’un chiffre d’affaires annoncé de plus de 150 millions d’euros, en hausse de 5% avec une augmentation du même ordre pour le résultat d’exploitation. Et en décembre dernier, les actionnaires ont en plus adopté à l’unanimité un accord sur les dividendes qui, pendant cinq ans, va leur permettre de se verser jusqu’à 100 % du résultat net.

D’où la somme de 500 millions d’euros que demanderait Casil Europe pour les parts qu’elle avait acquises 308 millions d’euros en avril 2015. L’actionnaire privé aurait renoncé à sa pépite devant la décision de l’État, en février 2018, de conserver « pour le moment » les 10,01% qu’il détient encore au capital d’ATB. L’option de vente tenant jusqu’au 18 avril 2019, les quatre actionnaires locaux ont demandé à l’État, dans une lettre commune au Premier ministre publiée le 24 janvier, de « renoncer définitivement à vendre ces 10,01% » afin de « conserver un actionnariat majoritaire public de long terme ».
Johanna Decorse

Sur la photo : Trois ans après avoir acquis 49,99 % de parts dans la société ATB, l’actionnaire chinois a décidé de vendre ses actions. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco