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Publié le jeudi 4 juillet 2019 à 22h27min par Johanna Decorse

Agriculture. Le Chasselas de Moissac se soigne en musique

Le Chasselas de Moissac a démarré début mai une expérimentation inédite pour stimuler les défenses naturelles de la vigne et traiter ses maladies par la musique. Un procédé nouveau et non-invasif que le raisin de table AOP est le premier en Europe à tester.

La musique dit-on, adoucit les mœurs. Mais peut-elle aussi soigner et agir sur la croissance des plantes et plus particulièrement de la vigne ? C’est le pari que fait le Chasselas de Moissac, appellation d’origine protégée (AOP) inscrite à l’Inventaire national du patrimoine culturel immatériel depuis 2017. Début mai, la société Genodics a installé dans des exploitations volontaires, trois à Moissac et trois autres à Cazes-Mondenard, six boîtes à musique.

Chaque jour, à 7h du matin et à 19h le soir, ces postes qui fonctionnent à l’énergie solaire, diffusent dans les vignes, avec une portée de 180 mètres, une bande son de huit minutes proche d’une partition d’orgue. Ce traitement à base de musique, préconisé durant trois ans, est censé faire chuter la mortalité des ceps, touchés par les maladies du bois comme l’esca, l’eutypiose ou encore le Black Dead Arm (BDA).

Les bienfaits de la « génodique »

Dans cette appellation qui produit entre 2500 et 3500 tonnes de raisin chaque année et s’étend sur 466 hectares entre le sud du Lot et le nord du Tarn-et-Garonne, on estime à 50 hectares la surface de souches improductives, soit 12 % du vignoble, qui doivent être remplacées au fur et à mesure. Une opération qui a un coût, d’autant qu’il faut compter quatre à cinq ans pour que les vignes puissent à nouveau être exploitées en AOP.

Sollicité par un jeune chasselatier, Julien Custody, le Syndicat de défense du Chasselas de Moissac a donc cherché une solution. Il s’est tourné vers la « génodique » ou le traitement des maladies de la vigne par la musique. Une méthode non invasive et encore confidentielle développée et brevetée par le physicien Joël Sternheimer qui depuis plus de quarante ans étudie le lien entre la synthèse des protéines, la musique, et la croissance des plantes. Au cours de ses recherches, le scientifique a observé que lors du processus de synthèse des protéines, les acides aminés émettaient des séquences de signaux quantiques qui constituent une mélodie spécifique à chaque protéine.

Aussi, il a converti et transposé ces mélodies des protéines, qu’il nomme « protéodies » en séquences musicales. Diffusées dans les vignes selon une durée et un tempo précis, ces partitions parfaitement audibles par l’oreille humaine, stimulent selon lui la synthèse des protéines de la plante et inhibent au contraire celle des parasites qui l’attaquent.

La plante dopée naturellement

« L’État a interdit en 2012 les produits à base d’arsenic de soude, très efficaces contre les maladies du bois mais très toxiques pour les utilisateurs et les sols, sans proposer de solution de substitution, chimique ou biologique. Les exploitants sont totalement démunis c’est pourquoi nous avons décidé de tester cette nouvelle méthode qui agit sur deux leviers. Elle stimule les défenses naturelles de la vigne et aide à sa croissance, y compris dans des conditions de stress tout en jouant sur la chaîne protéinique des champignons, ce qui va gêner leur reproduction », explique Gilles Adgié, technicien conseil au Syndicat de défense du Chasselas de Moissac.

La société Genodics qui développe et commercialise le concept de Joël Sternheimer depuis 2008, revendique plus de 600 applications en maraîchage, en arboriculture, en élevage et en viticulture notamment en Alsace, en Champagne, dans le Bordelais ou dans le Sud-Ouest où les vignerons de Buzet ont ainsi vu la mortalité dans leur vignoble divisée par trois.
Johanna Decorse

Sur les photos : En haut : chaque année, les 466 hectares de l’AOP Chasselas de Moissac produisent entre 2500 et 3500 tonnes de raisins de table. Crédits Laporte.
En bas : Le producteur Julien Custory fait partie des six exploitants engagés dans cette expérimentation. DR.

Satisfait ou remboursé ?

Le Chasselas de Moissac, premier raisin de table AOP d’Europe à tester cette nouvelle technique, vise une baisse de la mortalité de ses vignes de 75 % d’ici trois ans. Genodics s’est engagée à rembourser l’intégralité de l’investissement, soit 18.000 euros au total pris en charge à hauteur de 30 % par le syndicat (70 % par les exploitants), si au terme de l’expérimentation, la mortalité n’avait pas reculé d’au moins 50 %. « Le traitement des maladies coûte beaucoup plus cher que l’équipement nécessaire à cette expérimentation. Nous ne prenons pas beaucoup de risques », souligne Gilles Adgié. Les producteurs de Chasselas procéderont début juillet au comptage des souches mortes ou malades dans chacune des six exploitations puis une nouvelle fois en octobre. Ils répéteront ces deux opérations chaque année pendant trois ans pour pouvoir constater ou non, l’efficacité de la technique.

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