ToulÉco

Publié le dimanche 15 avril 2018 à 21h27min par Audrey Sommazi

Ambitions professionnelles, encore une affaire d’hommes en Occitanie

Dossier Inégalités professionnelles : les femmes brisent l’omerta 1/5

Chômage des femmes, écarts de salaires femmes-hommes, part de femmes dirigeantes… L’Occitanie aligne les mauvais chiffres par rapport à la moyenne nationale. Pourtant, les freins à l’égalité professionnelle sont connus.

La fabrique des inégalités professionnelles femmes-hommes est bien huilée. Et la région Occitanie fait figure de mauvaise élève en la matière. Le cumul des freins pour les femmes tout au long de leur carrière est pourtant bien analysé. Dès l’entrée sur le marché du travail, les inégalités professionnelles entre femmes et hommes apparaissent. En 2013 en Occitanie, 58% des femmes et 74% des hommes titulaires d’un CAP ou BEP occupent un emploi, soit un écart de seize points. Un différentiel presque entièrement gommé par l’obtention d’un diplôme du supérieur : 77% des femmes et 79% des hommes diplômés post-bac ont décroché un travail.

Des orientations stéréotypées

Mais attention, ces diplômes sont pour la plupart moins bien valorisés pour les femmes que pour les hommes. D’où ce chiffre flagrant de seulement 19% des jeunes femmes diplômées du supérieur qui sont cadres en 2013, soit onze points de moins que les hommes. Explication : les filles comme les garçons continuent d’emprunter des filières très genrées. En Occitanie, les filières L et ES comptent ainsi respectivement 79% et 61% de filles. Pourtant, les filles sont championnes au bac toutes sections confondues avec 91% de taux de réussite, soit cinq points de plus que les garçons.

Des filières moins rémunératrices

Ces choix de cursus sexués pénalisent les jeunes filles qui ne se positionnent pas sur des parcours plus rémunérateurs ou prometteurs en termes d’avenir professionnel comme l’informatique, les sciences industrielles, l’électronique ou le génie électrique au profit de spécialités moins cotées dans les classifications et plus saturées comme les soins aux personnes, les formations paramédicales et sociales, les lettres ou le droit. « L’exposition des femmes au chômage se retrouve de ce fait à un niveau élevé de 14,2% en Occitanie, contre 12,3% en national », pointe Catherine Hugonet, directrice régionale aux droits des femmes et à l’égalité auprès du préfet de région Occitanie.

Un recours plus important aux temps partiels

Autre injustice, un revenu annuel moyen de 11.700 euros pour les jeunes femmes salariées de 18 à 29 ans contre 14.600 euros pour leurs homologues masculins, soit 20% d’écart. Un différentiel qui s’accentue avec l’âge car tous âges confondus, il passe à 27%. Cet écart s’explique par un recours au temps partiel plus important chez les femmes, lié à la charge de travail domestique et familial qu’elles portent. En Occitanie, 32% des femmes de 18 à 29 ans exercent ainsi à temps partiel contre 14% des hommes. Mais le temps travaillé n’explique pas tout. Le salaire horaire net moyen des jeunes femmes est de 8,5% inférieur à celui des hommes de mêmes âges. « Nous retrouvons alors le problème des secteurs d’activité moins rémunérateurs et de postes moins qualifiés », résume Catherine Hugonet.

Des carrières qui profitent aux hommes

Enfin, la part de femmes dirigeantes n’est que de 19% en Occitanie contre 23,2% en national. Qui plus est, les femmes dirigeantes gagnent en moyenne 76% du revenu des hommes. « C’est le fameux plafond de verre. Plus on monte dans l’échelle des postes, moins il y a de femmes. Elles sont moins présentes dans les réseaux, associations, clubs d’affaires, réunions tardives où les informations sur les postes à pourvoir », analyse Catherine Hugonet.

Le temps des constats à dépasser

Les freins à l’égalité professionnelle sont désormais bien identifiés. « Encore aujourd’hui tout se conjugue pour cantonner les femmes à la sphère domestique. Nous sommes dans une culture à dominante masculine », déplore Catherine Hugonet. L’éveil des consciences ne suffit plus. Il est temps d’agir collectivement. D’autant que selon une étude Mc Kinsey 2007-2013, les entreprises qui ont la gouvernance la plus mixte ont un résultat opérationnel de 48% supérieur à celui des entreprises n’ayant aucune femme dans leur gouvernance. Une démarche d’égalité profitable à la fois aux femmes et aux entreprises.
Isabelle Meijers et Audrey Sommazi
(Chiffres source Insee)

Photo Hélène Ressayres - ToulÉco