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Publié le dimanche 16 juillet 2017 à 17h56min par Armelle Parion

Aquaserge, l’ovni qui transcende les genres musicaux

Au cours de la tournée de leur cinquième album, ils sont passés par le Métronum, à Toulouse. Le trio, né à Albi, est devenu quintette, et possède même sa formation orchestrale. Retour sur l’épopée musicale d’un groupe atypique.

Il leur arrive de s’intéresser à la métaphysique. Mais si vous leur demandez pourquoi, en dignes héritiers de la pataphysique, ils vous répondront « parce que ». Ces trentenaires ont, chevillé au corps, un goût immodéré pour la liberté. Retro-lounge-bop, rock kraut noise progressif free ou rock-pop-psychédélique, les qualificatifs empruntés pour parler d’Aquaserge sont multiples. A ses débuts, le groupe s’est amusé à filer la métaphore d’un sous-marin piloté par Serge Gainsbourg, errant dans les vestiges d’un monde englouti. De ce délire, en forme de jeu de mots, est né le nom Aquaserge.

A l’origine de cet univers singulier, Julien Gasc et Julien Barbagallo, se sont rencontrés en 1996 au lycée Lapérouse d’Albi, en section musicologie. Le premier, chanteur et pianiste dans un groupe de jazz, découvre le groupe de pop rock français Hyperclean, dans lequel son ami batteur joue. « Ils répétaient dans une ancienne maison close de style arts déco. Nous avons rencontré Benjamin Glibert (guitare) et Audrey Ginestet (basse) qui jouaient dans un autre groupe de pop-rock. Benjamin et moi sommes entrés à Hyperclean. Il y a tout de suite eu des atomes crochus. On écoutait tous Gainsbourg, et on a gardé le processus obsolète d’une base live, basse et batterie. Mes potes étaient dans la techno et me disaient d’acheter un sampler. J’ai toujours voulu rester dans l’organique », se souvient Julien Gasc.

Ni frontières ni contraintes de formats

Leur premier album Tahiti coco sort en septembre 2008 sous le label américain Manimal Vinyl Records. Avec l’arrivée d’Audrey Ginestet et de la clarinettiste Manon Glibert, le quintette continue de briser les codes. Julien Barbagallo a déménagé en Australie, mais il revient ponctuellement : il a participé au dernier album Laisse Ca Etre, sorti le 3 février. Avec son nouveau batteur, Julien Chamla, Aquaserge n’hésite pas à manier les dissonances, à abuser des ruptures rythmiques, en se lançant dans un tango, ou en s’essayant au funk, à la samba… S’inscrivant dans la tradition du rock en opposition, le groupe a collaboré avec Tame Impala, Bertrand Burgalat, Moodoïd, partagé la scène avec Stereolab, et Makoto Kawabata. Il cite parmi ses influences Franck Zappa, King Crimson, Robert Wyatt, et John Coltrane.

La formation orchestrale, avec en plus un trompettiste, un saxophoniste ténor et un saxophoniste baryton issus de la scène jazz, ajoute de la matière à la matière. « Nous nous sommes toujours senti libres d’aller de la pop à l’expérimental, de faire du synthé et du jazz, sans frontières ni contraintes de formats. Notre dernier disque parle du folklore, de nos danses à nous qui boitent : valse, cumbia, afro-beat, tango… Nous avons abandonné la mythologie sous-marine, pour nous concentrer sur notre ressenti, sur notre amitié inaltérable », poursuit Julien Gasc.

« Ils se sont professionnalisés avec A l’amitié, leur disque précédent. Leur fan club s’est élargi et leur musique est devenue plus accessible », analyse Benjamin Caschera, leur producteur chez Almost musique. Ce dernier les a aidés à s’imposer en dehors des gros labels. Il a créé la structure La Souterraine, pour soutenir les artistes de musique chantée en français, notamment via la sortie digitale de compilations à prix libre.

Bientôt un documentaire

Les trentenaires vivent désormais aux quatre coins de France, et à Bruxelles, mais Toulouse reste le berceau. Aquaserge n’a pas de leader. Alors, lorsqu’il s’agit de trancher, ils prennent le temps de s’écouter. Et jurent qu’ils ne signeront jamais chez une major. « On n’a pas peur du côté inclassable, c’est peut-être le signe qu’on invente quelque chose », souligne Julien Gasc.

Chacun met la main à la pâte pour la composition. Benjamin, par exemple, a écrit les arrangements pour les cuivres. Et c’est dans le studio parisien, où répète Forever Pavot, l’autre groupe du guitariste, qu’Aquaserge enregistre. « Il y a une dimension pataphysique dans notre manière d’écrire, dans notre goût pour la recherche de solutions à des problèmes qui n’existent pas. On aime les harmonies compliquées et les rimes rares, transformer ce qui nous tape sur le système en choses raffinées », précise Julien Gasc.

Fan de Vian, de Bowie, de Miles Davis et de la soul américaine, le pianiste a sorti fin 2016 son deuxième album solo, et compose parfois des pièces pour des expositions d’art contemporain, au Palais de Tokyo. Audrey Ginestet, ingénieur du son pour le cinéma, réalise les clips du groupe, et des documentaires, et a aussi un duo avec un artiste plasticien. « Aquaserge prend beaucoup de place dans ma vie. Le groupe a encore un immense potentiel », confie la musicienne autodidacte.
Lors de l’enregistrement du dernier album, Aquaserge a cherché à « recréer son utopie », façon Beatles, en invitant une équipe de cinéma dans le studio. Un documentaire sortira bientôt.
Armelle Parion