ToulÉco

Publié le mercredi 4 janvier 2017 à 18h36min par Isabelle Meijers

Avec sa filiale NavBlue, Airbus retrouve l’esprit pionnier

NavBlue, fournisseur de services d’opérations de vol appartenant à Airbus, doit encore tracer sa route face au leader mondial Jeppesen, filiale de Boeing. Son esprit de conquête, porté par un vent d’innovations, rappelle les débuts du constructeur européen.

Airbus challenger ? C’était il y a trente ans face aux géants d’alors, McDonnell Douglas et Boeing. Depuis, le premier a disparu et le second se dispute avec le constructeur européen la position de leader mondial de l’aviation commerciale. Mais il y a un marché où Airbus se retrouve loin derrière Boeing. C’est celui des services à la navigation aérienne. Dès les années 2000, avec le rachat de Jeppesen, numéro un mondial des services d’information pour la navigation aérienne, Boeing a pris le virage de sa transformation en un fournisseur global de services aérospatiaux.

En novembre 2016, l’objectif revendiqué par le constructeur américain était de tripler en cinq ans ses revenus annuels dans ce secteur et de passer de 15 à 50 milliards de dollars. Airbus se lance aujourd’hui dans la course avec la création l’année dernière de la marque « Services by Airbus », regroupant à la fois les opérations de l’avion, la distribution de pièces de rechange, la maintenance, la formation des pilotes ou la mise à niveau des avions. Le constructeur vise un chiffre d’affaires dans ce domaine de 4 milliards de dollars d’ici 2020.

NavBlue, challenger de Jeppesen

NavBlue, filiale à 100% d’Airbus basée à Toulouse, gère la partie opérations de vols et gestion du trafic. Elle cible à la fois les compagnies aériennes en proposant de la cartographie, des logiciels de préparation de vols pour les pilotes, de gestion des équipages, de calcul des performances des avions mais aussi des services de réorganisation de routes pour optimiser le trafic des aéroports.

« Nous pouvons être mandatés par des Etats pour augmenter la capacité des aéroports en toute sécurité. Bogota ou le Vietnam font ainsi partie de nos clients », explique Thomas Lagaillarde, directeur pour la France de NavBlue. Née de la fusion en juillet dernier d’Airbus ProSky, de Navtech racheté en mars 2016 et du département « Flight operations services » d’Airbus, la jeune filiale est en concurrence frontale avec le leader Jeppesen, dix fois plus gros qu’elle. Elle n’occupe que 3 à 5% du marché mondial, affichant 80 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 pour 350 salariés répartis dans une dizaine de bureaux dans le monde. Les trois principaux sont Toulouse avec cinquante personnes, Hersham près de Londres et Waterloo au Canada.

L’enjeu stratégique de digitalisation des données

« Il est clair que nous n’existerons sur ce marché que si nous nous différencions grâce à l’innovation et la création de valeur. Nous devons fournir à nos opérateurs les moyens d’être plus compétitifs », souligne Thomas Lagaillarde. L’esprit pionnier d’il y a trente ans revient en force dans la filiale grâce à une organisation agile, mondialisée et connectée, de Pékin à Miami (le président Mike Hulley est basé à Denver aux Etats-Unis et sillonne la planète entre bureaux NavBlue et clients). Une forte responsabilisation des managers et une approche innovante grâce à la digitalisation des données font également partie de son fonctionnement.

Car là réside un enjeu stratégique. L’innovation dans le cockpit des avions de plus en plus digitaux a besoin d’un nouveau type de données, technologie qu’Airbus souhaite maîtriser pour éviter de dépendre de son concurrent Boeing via Jeppesen. La course de vitesse est donc entamée avec un objectif pour NavBlue de doubler son chiffre d’affaires d’ici 3 ans, offrant au passage une possibilité de reclassement d’une partie du personnel d’Airbus concerné par « Gemini ». Et si les deux géants de la construction aéronautique manifestent un tel intérêt pour cette activité de services, ce n’est pas un hasard. Les experts mettent en avant des marges nettement plus élevées dans ce secteur que dans la construction d’avions de ligne.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Thomas Lagaillarde, directeur de NavBlue France, mise sur l’innovation pour accroître ses 3 à 5% de part de marché actuel. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco