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Publié le mercredi 2 octobre 2019 à 19h30min par Johanna Decorse

Aveyron. La filière automobile mobilisée pour la visite de Macron

Inquiets pour leurs emplois, les salariés de la filière automobile de l’Aveyron comptent sur la visite du président Macron ce jeudi 3 octobre à Rodez pour obtenir des garanties. Les syndicats de l’usine Bosch demandent une nouvelle fois à le rencontrer.

La visite repoussée et finalement reprogrammée ce jeudi 3 octobre d’Emmanuel Macron à Rodez pour le lancement de son grand débat sur la réforme des retraites aura peut-être servi la cause du secteur automobile dans l’Aveyron. Sur le front depuis plusieurs années pour préserver leurs emplois toujours menacés, les salariés de Jinjiang Sam (ex-Société aveyronnaise de métallurgie) à Viviez, près de Decazeville et du site rhuténois de Bosch profitent du calendrier présidentiel pour chercher des soutiens en haut lieu.

La semaine dernière, les 420 salariés de Jinjiang Sam s’étaient mis en grève pour protester contre un plan social portant sur la suppression de 200 à 250 postes dans leur usine spécialisée dans les carters moteurs en alliages aluminium. L’abandon du plan et la reprise de négociations sous l’égide de l’État, entre la direction de Jinjiang et le groupe Renault, principal client, ont mis fin au mouvement. L’entrevue avec le ministre de l’Economie Bruno le Maire le jeudi 26 septembre, aurait donc fait avancer le dossier.

À quand les investissements ?

La CGT continue néanmoins de tirer la sonnette d’alarme concernant la baisse du carnet de commandes et l’absence d’investissements. Le groupe chinois Jinjiang qui avait repris l’usine en décembre 2017 sur décision du tribunal de commerce de Paris, s’était engagé à l’époque à injecter 18,5 millions d’euros pour maintenir et diversifier l’activité sur le site.

Du côté de l’usine Bosch d’Onet-le-Château, près de Rodez, site dédié exclusivement à la fabrication et l’usinage de composants pour moteurs diesel qui emploie 1545 salariés, des menaces planent toujours sur trois cents emplois. L’usine reste particulièrement exposée à la baisse accélérée de ces motorisations en France et en Europe.

Accord de transition chez Bosch

Fin janvier 2018, la direction de Bosch s’était engagée à investir 14 millions d’euros pour moderniser l’une des deux lignes de montage d’injecteurs de l’usine aveyronnaise, sous réserve qu’un accord de compétitivité soit signé par le personnel sur la période 2018-2021. L’accord de transition prévoyant le recours à une activité partielle jusqu’à fin 2021 et la recherche de « productions de diversification » a été signé en juillet 2018 sans la CGT.

« Le solde d’emplois de diversification est de vingt sur les 300 menacés. Le groupe Bosch dit qu’il est difficile de rentrer dans l’aéronautique ou l’horlogerie et la direction a même annoncé cet été la suppression de 500 à 550 postes d’ici 2015 si la transition du site de Rodez n’est pas faite », explique Yannick Anglarès, secrétaire du syndicat CGT de Bosch Rodez.

Un coût énorme pour l’Etat

Interpellé par les salariés le 26 septembre dernier lors de son déplacement à Rodez, Bruno le Maire a mis un coup de pression sur le groupe allemand. « Entre janvier et septembre 2019, la direction a eu recours à 7400 jours d’activité partielle sur le site de Rodez. C’est énorme ! La somme que l’État accorde à Bosch pour maintenir l’activité est considérable, c’est normal qu’il veuille un retour sur investissement », observe la CGT.

Le ministre de l’Economie a en effet appelé la direction de Bosch à « tenir ses engagements » de sauvegarde des emplois de son site aveyronnais via une diversification industrielle. « Les choses n’avancent pas au rythme où elles devraient (…) il faut changer de braquet », a-t-il martelé. Quelques jours après, Heiko Carrié, à la tête de Bosch France, a assuré l’État et les salariés des « efforts énormes » consacrés à la diversification du site et s’est dit confiant dans l’avenir de la technologie diesel.

De leur côté les syndicats de Bosch continuent de se mobiliser. « Les paroles c’est bien, mais on attend les faits », explique Yannick Anglarès. L’intersyndicale CGT, SUD et CFE/CGC a de nouveau sollicité une rencontre avec Emmanuel Macron ce jeudi 3 octobre à l’occasion de sa venue dans l’Aveyron. Une assemblée est prévue à 13 heures devant l’entrée de l’usine Bosch suivie d’une « marche pour la sauvegarde des emplois » jusqu’à Rodez.
Johanna Decorse

Sur la photo : le site de Bosch en Aveyron emploie 1545 personnes- Crédits : DR.

P.S. :

Lors de son déplacement le 26 septembre dernier à Rodez, Bruno le Maire a également déclaré qu’il voulait obtenir « l’accélération » de l’étude demandée par le gouvernement sur l’élargissement de la vignette Crit’Air 1, réservée pour le moment aux véhicules essence les moins polluants, aux motorisations diesel. Il attend sur le sujet un rapport d’étape fin 2019 et une étude définitive en juin 2020. Pour les syndicats de Bosch, l’attribution de la vignette aux diesels permettrait de stabiliser voire d’assurer un léger rebond au marché du diesel.