ToulÉco

Publié le lundi 25 septembre 2017 à 18h59min par Marc Pouiol

Bernard Keller : « En économie, la diversification ne se décrète pas »

Alors que Bernard Keller, s’apprête à quitter son fauteuil de maire de Blagnac, le vice-président de Toulouse Métropole et conseiller régional livre à ToulÉco sa vision de l’économie toulousaine sans langue de bois . Avec un leitmotiv : miser plus que jamais sur l’aéronautique.

Depuis quelques années Blagnac ne connaît pas la crise. Est-ce le cas aussi de Toulouse et de sa région ?
Grâce à la vitalité du secteur industriel et aéroportuaire, Blagnac, en effet, n’a pas connu la crise. La commune compte aujourd’hui 40.000 emplois pour 26.000 habitants. Depuis 1997, les taux de fiscalité sont inchangés et la ville dégagera 20 millions d’euros par an pour financer son développement. Et même si on me traite parfois « d’optimiste béat », je constate que la crise a épargné aussi Toulouse et l’ex-région Midi-Pyrénées, seul territoire où le solde de créations d’emplois est resté positif depuis dix ans. Même si le BTP et l’hôtellerie restauration, notamment, souffrent.
Malgré les cycles inhérents à l’aéronautique, le secteur est aujourd’hui en pleine ascension et embauche. Or, on ne réalise pas toujours qu’un emploi industriel génère quatre emplois indirects (sous-traitance, ingénierie, services, consommation…). Que seraient devenues Toulouse et la région sans l’aéronautique et le spatial ?

Vous n’aimez pas la notion de diversification économique ?
La diversification de l’économie toulousaine est une litanie que j’entends depuis plus de cinquante ans. La double culture industrielle aéronautique et chimique a toujours été stigmatisée par des responsables politiques de tous bords. Mais la diversification ne se décrète pas. Pour ma part, j’ai toujours pensé qu’il fallait s’appuyer d’abord sur nos points forts et nos savoir-faire.

La chimie était l’un de ces points forts…
Après la catastrophe d’AZF, l’industrie chimique a été diabolisée et condamnée d’un bloc. C’est une lourde erreur, une décision hâtive que j’ai été l’un des très rares à dénoncer. L’usine AZF était gérée de façon scandaleuse, en toute impunité. Face au drame, on a voulu supprimer la chimie à Toulouse, alors qu’une seule entreprise était en cause. Rappelons que la SNPE, potentiellement plus dangereuse, a résisté. Oui, il était possible de conserver ce secteur et de le développer en misant sur l’innovation.

Selon vous, l’aéronautique doit-elle rester le seul modèle de développement économique en ex Midi-Pyrénées ?
Nous avons tout intérêt à conforter le secteur aéronautique, tiré par Airbus. Il serait très dangereux de fragiliser notre champion mondial au nom d’une diversification hasardeuse. Mieux vaut tirer profit de cette dynamique en devenant encore meilleurs là où nous sommes déjà leaders. Il faut donc concentrer les efforts et mettre le paquet sur les domaines d’excellence, en ciblant des secteurs porteurs. Nous disposons par exemple d’un très haut niveau de compétences sur les systèmes embarqués, la puissance publique doit accompagner fortement ces porteurs d’innovations pour favoriser la transformation industrielle, ici, dans la région. C’est un défi que nous devons absolument relever, ce qui crée de l’emploi, je le répète, c’est d’abord l’activité industrielle.

Quels sont les atouts économiques et les handicaps de la région Occitanie ?
L’agroalimentaire est le pétrole vert de la région ; la viticulture notamment est un secteur très actif. Mais nous ne sommes pas bons sur la transformation de la matière agricole. On bricole, on n’est pas au niveau sur le plan industriel. Et nous comptons trop peu d’entreprises d’envergure nationale ou internationale. La production fruitière par exemple, est très performante mais il y a peu de valorisation par la transformation.
Le problème est le même pour le secteur forestier, puisque le bois revient dans la région sous forme de meubles suédois. Ce secteur offre pourtant un fort potentiel de diversification industrielle. Autre axe de développement, le tourisme, point fort de la région Occitanie. Mais nous avons un grand coup de pied à nous donner pour moderniser les structures et les adapter à une demande en pleine évolution.
Propos recueillis par Marc Pouiol

Sur la photo : Bernard Keller est en charge de l’aéronautique, du spatial et des plateformes aéroportuaires au sein de Toulouse-Métropole ; Il préside la commission Industries, grands groupes et services aux entreprises de la Région Occitanie. Photo DR.