ToulÉco

Publié le jeudi 31 août 2017 à 18h00min par Isabelle Meijers

Bertrand Meyer : « L’ensemble de la population doit apprendre à programmer »

article diffusé le 28 juin 2017

L’Innovation IT Day, organisé par DigitalPlace, a eu lieu le 28 juin à Toulouse. Son invité d’honneur, Bertrand Meyer, professeur de génie logiciel à l’école polytechnique fédérale de Zurich, concepteur du langage Eiffel et chercheur à l’Irit, prône la programmation pour tous.

Bertrand Meyer, la transformation numérique est-elle bien selon vous la quatrième révolution industrielle ?
Aucun domaine de l’activité humaine n’est épargné par le numérique. Enseignement, transport, agriculture, administration… sont profondément transformés. Donc, oui, c’est une véritable révolution.

Le débat sur la fin du travail avec l’introduction de la robotique est-il pertinent ?
La robotique est un facteur de redéfinition massive des emplois. Les plus touchés seront les emplois répétitifs sans initiative, mais aussi ceux de la classe moyenne et les services. Personne n’est vraiment à l’abri. Même les professeurs d’université auront la concurrence de la solution numérique. Mais toute avancée technologique détruit des emplois pour en créer de nouveaux. Les projections qui prétendent que nous serons à une semaine de 20 heures ou qu’il n’y aura plus de travail sont farfelues. Car, plus on automatisera, plus on aura besoin de personnes qui comprennent les technologies de l’information et la programmation. Or les industries européenne et américaine manquent déjà de programmeurs.

Faut-il dans ce cas revoir nos politiques de formation ?
L’ensemble de la population doit apprendre à programmer. La pensée calculatoire doit faire partie des connaissances de base à l’école primaire, bien sûr pas au détriment des compétences fondamentales, comme l’écriture, la lecture ou le calcul. Et je ne parle pas là de l’alphabétisation numérique telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui au travers de Word, Outlook …que l’on n’a nul besoin d’apprendre à l’école. Non, les éléments de base de la programmation doivent être enseignés à tous, comme c’est déjà le cas en Finlande, sous peine à l’avenir, d’avoir de futurs adultes défavorisés. Car cet illettrisme sera préjudiciable à toute carrière. En effet, tous les métiers auront besoin de professionnels capables de se mettre devant leur clavier pour créer ou modifier un programme existant. Par exemple, un banquier ou un analyste financier, dans le cadre d’une proposition à un client, ne passera plus par son service informatique mais développera lui-même son application informatique pour gagner du temps.

Ces technologies numériques s’accompagnent aussi de dangers pour notre société ?
La robotisation peut être facteur d’inquiétude. Son principal avantage sera de faire plus et mieux plus vite. Par exemple, la voiture sans conducteur est typique des choses extraordinaires qu’elle permet. Par contre, les mécanismes de sécurité ne sont pas à la hauteur des enjeux aujourd’hui, d’où les cyberattaques retentissantes. Il faut comprendre qu’Internet a été conçu comme un mécanisme pour une communauté de chercheurs en confiance. Mais actuellement, cet outil est utilisé dans une tout autre configuration.
La question de la protection de la vie privée se pose. Le droit à l’oubli par exemple n’est pas vu de la même manière aux États-Unis ou en Europe. Les Américains pensent que bloquer une information accessible s’apparente à de la censure. Les Européens estiment qu’il faut permettre aux individus d’occulter leur passé après un délai de grâce. Les dirigeants de Google sont dans une position difficile d’arbitrage car la firme contrôle une masse inégalée d’informations sans commune mesure avec les gouvernements. La solution n’est pas évidente. Si Google contrôle trop, ils s’érigent en juge. S’ils ne contrôlent pas, ils sont accusés de laxisme.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Bertrand Meyer, professeur de génie logiciel à l’école polytechnique fédérale de Zürich. Crédits : DR

1 Commentaire

  • Le 29 juin à 10:28 , par Tristan RIGOU

    Cette prise de position est toujours intéressante à lire mais son auteur n’échappe pas au « métiercentrisme », et elle me paraît bien superficielle.

    Que chacun apprenne la logique de programmation d’un automatisme est une bonne chose … qui est déjà pratiquée en général au collège depuis plusieurs années. Quant à imaginer qu’un chargé de clientèle modifie le programme d’un logiciel de l’entreprise à son initiative, quelle idée étrange alors c’est contraire à toutes les bonnes pratiques de sécurité que l’auteur juge déjà insuffisantes !

    Enfin, le passage sur les modifications du travail sont tellement générales que je ne sais pas quoi en penser sinon que cela manque de profondeur d’analyse. J’espère qu’en tant qu’invité d’honneur il saura apporter des contributions au débat un peu plus consistantes.

Répondre à cet article