ToulÉco

Publié le dimanche 5 janvier 2020 à 18h07min par Paul Périé

Brexit : l’aéronautique, premier secteur touché en Occitanie

La filière aéronautique régionale est concernée par le Brexit, et en tout premier lieu Airbus, qui compte près de 14.000 collaborateurs répartis sur vingt-cinq sites au Royaume-Uni. Plus de 1000 ailes sont ainsi produites chaque année sur le site de Broughton.

En Occitanie, 8000 entreprises commercent avec le Royaume-Uni, dans tous les secteurs. Alors que le Brexit se rapproche, la rédaction de ToulÉco vous propose cette semaine une série d’articles sur le Brexit et ses conséquences sur les entreprises de la région. Retrouvez l’intégralité de ce dossier en kiosque ou sur la boutique en ligne.

Premier article de cette série de cinq : le secteur aéronautique se prépare au Brexit

Quand on interroge Airbus sur sa prise en compte du Brexit, la direction se contente d’une déclaration d’un porte-parole : « Nous restons préoccupés par la possibilité d’un " no-deal " et nous continuons à nous préparer à ce scénario, car c’est la seule façon pour toute entreprise responsable de planifier. Airbus mène un grand projet Brexit afin de comprendre, d’éradiquer et/ou d’atténuer les risques. Nous continuons à chercher plus de clarté et à lever les incertitudes au plus vite, afin qu’Airbus puisse planifier correctement ses activités à venir. La forme de la future relation Europe/Royaume-Uni reste d’une importance cruciale pour Airbus. »

Le 21 juin 2018, Airbus a ainsi publié un communiqué intitulé « Brexit – Risk Assessment » (Brexit – évaluation des risques) qui illustre l’enjeu majeur que peut représenter une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord. Dans ce texte, le groupe rappelle qu’il dispose, sur le territoire britannique, de quatre sites majeurs d’engineering et de production et que ses salariés effectuent 80 000 voyages d’affaires par an entre l’UE et le Royaume-Uni. « La décision du Royaume-Uni de quitter l’UE va créer de nouvelles conditions limites dans un système hautement intégré », explique le groupe aéronautique européen, qui s’attend à des défis majeurs au niveau opérationnel.

Le Brexit pourrait avoir de sérieuses conséquences pour l’organisation d’Airbus, dont l’activité soutient plus de 110 000 emplois via 4 000 sous-traitants sur le territoire britannique, notamment en matière de réglementation et de certification, entraînant des retards dans la livraison des avions. Au moment de la publication de ce document, Airbus se montrait ainsi « de plus en plus inquiet par l’absence d’avancées dans le processus du Brexit ».

« Airbus a mis en place tout ce qui pouvait être fait pour prévenir les risques du No Deal »

Depuis, les choses ont beaucoup évolué. La victoire récente des Tories et de Boris Johnson aux législatives britanniques ont confirmé la perspective d’une sortie du Royaume-Uni au 31 janvier. Le communiqué publié à l’époque permet cependant de voir comment Airbus avait pris en compte les différents scénarios. Un point confirmé par Marc Baillion, délégué syndical CFDT d’Airbus SAS, qui assure que le groupe « se prépare au "no deal" depuis longtemps, notamment pour prévenir une interruption dans l’approvisionnement des usines de Toulouse ». Davantage au fait des questions liées à l’aviation, il assure que beaucoup de pièces élémentaires traversent aujourd’hui la Manche avec un référencement simplifié et qu’un "no deal" viendrait compliquer les formalités douanières au travers de nouveaux champs de renseignement.

"Un travail énorme en interne"

« Un travail énorme a été fait en interne pour renseigner toutes les caractéristiques possibles sur des milliers de pièces », explique ainsi Marc Baillion, qui ajoute que des réserves de pièces ont été faites pour constituer un stock tampon correspondant à un mois d’approvisionnement environ. Le représentant des salariés note par ailleurs qu’Airbus a pris en compte la question des expatriés, qu’il s’agisse des britanniques en France ou des non britanniques sur les sites du Royaume-Uni. « Un travail en amont a également été effectué avec l’Agence européenne pour la sécurité aérienne pour prévenir au maximum les risques liés aux changements de certification », rapporte enfin Marc Baillion.

Si le scénario d’un désengagement d’Airbus n’est pas encore envisagé, le communiqué publié en juin 2018 indique qu’un "no deal" « forcerait Airbus à reconsidérer son empreinte dans le pays, ses investissements au Royaume-Uni et, globalement, sa dépendance vis-à-vis du Royaume-Uni ».
Paul Périé

Sur la photo : Un A320neo de la flotte British Airways. Crédits : Airbus SAS - DR.

Quid des fournisseurs britanniques ?

Au niveau de la supply chain régionale, on ne se prononce pas sur la question du Brexit, certainement conscient des enjeux énormes. Mais si le Brexit concerne les entreprises françaises, les sous-traitants britanniques en lien avec la France sont également concernés. ADS Toulouse, filiale d’ADS implantée à Blagnac depuis 20 ans, est justement là pour faciliter le développement d’affaires d’une trentaine de sociétés.

« Nous apportons un support logistique mais aussi de l’intelligence et du réseau », explique Sophie Morel, qui dirige le bureau toulousain. Au Royaume-Uni, ADS représente et accompagne plus de 1000 entreprises des secteurs aéronautique, spatial et défense. « Au Royaume-Uni, ADS, qui représente et accompagne plus de 1000 entreprises des secteurs aéronautique, spatial et défense, a mené un véritable lobbying pour prévenir des conséquences. Mais au sein des entreprises adhérentes d’ADS Toulouse, il n’y a pas eu de changement de comportements. Il n’y a pas de mouvement de panique mais nous avons constaté une hausse des entreprises qui nous rejoignent. Elles ont besoin d’avoir un support supplémentaire d’accompagnement. Ces entreprises se sont sûrement préparées, mais pour l’instant, c’est "business as usual". »

Certains acteurs britanniques seraient en train de chercher des solutions pour contourner les effets du Brexit, en investissant en France via des collaborations ou des joint-ventures, ce qui pourrait avoir des effets positifs sur l’économie régionale. Mais l’incertitude actuelle reste cependant néfaste pour ces entreprises car tous les acteurs de la supply chain ne sont pas dans une optique d’intégrer de nouveaux fournisseurs britanniques.