ToulÉco

Publié le mercredi 8 janvier 2020 à 18h30min par Béatrice Girard

Brexit : les petits patrons d’Occitanie font la politique de l’autruche

À peine 200 entreprises sur les 8000 qui commercent avec la Grande-Bretagne en Occitanie ont pris contact avec les douanes pour se préparer aux conséquences d’un Brexit dur. « De l’inconscience » martèlent les services de l’État.

En Occitanie, 8000 entreprises commercent avec le Royaume-Uni, dans tous les secteurs. Alors que le Brexit se rapproche, la rédaction de ToulÉco vous propose cette semaine une série d’articles sur le Brexit et ses conséquences sur les entreprises de la région. Retrouvez l’intégralité de ce dossier en kiosques ou sur la boutique en ligne.

Quatrième article de cette série de cinq : les douanes.

Depuis près d’un an, les services des douanes arpentent la région Occitanie à la rencontre des chefs et cheffes d’entreprises. Objectif ? Les informer sur le Brexit, ses effets potentiels en matière de droit de douanes et les conseiller pour anticiper au mieux. Cet automne, le bilan était plus que mitigé. « Nous n’avons pas rencontré plus de 200 entreprises dans l’ensemble de l’ancien territoire de Midi-Pyrénées. Une goutte d’eau, (article rédigé en octobre 2019, NDLR) », déplore Denis Helleringer, le chef du pôle Action économique à la Direction régionale des douanes de Toulouse. Il décrit en particulier « les PME et les ETI qui ne prennent pas la mesure de la situation » et poursuit : « à l’inverse des grands groupes comme Airbus, très mobilisé en interne sur le sujet et que nous rencontrons régulièrement, nous n’arrivons pas à toucher les petites entreprises. C’est de l’inconscience », martèle Denis Helleringer.

En juin dernier une réunion d’information organisée par les douanes, en partenariat avec la préfecture, la Région et la banque de France, a même été annulée à Perpignan, faute d’inscrits. Le bilan est alarmant en effet dans une région qui compte pourtant 8000 entreprises commerçant avec la Grande-Bretagne, et parmi elles, 2000 environ qui ne travaillent pas en dehors de l’UE. Ces dernières n’ont pour l’heure, aucune expérience des obligations douanières.

L’inconnue de la taxe douanière

Pour les entreprises, l’inconnue demeure sur les formalités à venir côté britannique en cas de hard Brexit. Comment remplir les formalités demain ? Quelle sera la fiscalité ? Sera-t-il possible de vendre des produits issus de l’industrie agroalimentaire sans certificat sanitaire en Grande-Bretagne ?
« Malheureusement, nous n’avons pas toutes les réponses », reconnaît Denis Helleringer. « On pense que certains produits comme les produits pharmaceutiques ou les fruits exotiques ne seront pas taxés, en revanche, des taxes seront sans doute appliquées sur les ovins, les bovins… Tout ce qui est produit à ce jour en Grande-Bretagne. »

Autre problématique attendue : la logistique des camions à la frontière. Sur ces questions, les douanes ont mis en place un dispositif appelé « frontière intelligente », basé sur un système informatique permettant d’automatiser le passage de la frontière et nécessitant une anticipation des formalités. Il permettra à toutes les entreprises l’ayant mis en place, de passer la douane sans arrêt et d’éviter les surcoûts des camions bloqués à la frontière.

Pourtant "des simulations ont été faites selon lesquelles il pourrait y avoir plusieurs semaines de blocage aux douanes", indique Lionel Agossou, avocat fiscaliste chez Vaughan Avocats à Toulouse. "Le gouvernement français a anticipé le sujet en disant qu’il allait recruter au niveau des douanes pour absorber le trafic. Mais de l’autre coté de la frontière, rien n’a été prévu, ce qui pourrait causer un goulot d’étranglement". Les entreprises ont donc anticipé en travaillant sur leurs stocks. Certaines, à l’instar d’Airbus, réfléchissent même à modifier leurs routes pour arriver dan d’autres ports de destination.
Béatrice Girard avec Sophie Arutunian

Sur la photo : la liaison Douvres - Calais fait partie des points de passage importants vers le Royaume Uni. Crédits : Douane Française.