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Publié le dimanche 13 décembre 2015 à 22h00min par Martin Venzal

Carole Delga : « Je crois au potentiel d’une grande région qui ferait lien avec la Catalogne »

article diffusé le 31 mai 2015

Carole Delga compte parmi la jeune garde socialiste à qui, pour l’instant, tout réussi. Ancienne députée-maire de Martres-Tolosane et secrétaire d’État, elle n’a encore jamais perdu une élection. A l’occasion de son élection à la présidence de la région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, nous republions cette (...)

Carole Delga, votre entrée en politique est relativement récente. Comment avez-vous franchi le pas ?
Quand j’étais plus jeune, je travaillais au conseil général de la Haute-Garonne et à la mairie de Martres-Tolosane pour payer mes études. Cela m’a donné le goût de la chose publique et je me suis rendue compte que, dans ce milieu, on pouvait améliorer la vie des autres. J’ai donc commencé une carrière dans l’administration, avant d’intégrer le conseil régional de Midi-Pyrénées comme directrice adjointe de l’aménagement du territoire. En 2007, les adjoints de la mairie de Martres sont venus me chercher en vue des élections municipales pour représenter mon village. J’ai accepté.

Tout de même, on peut faire carrière dans la fonction publique sans jamais embrasser celle d’élue politique…
Quand on est dans un poste de direction, on a quand même une proximité forte avec les élus : on les conseille, on a des points communs… Quand on m’a sollicitée, j’avais 35 ans et un attachement pour la commune. Je crois que c’était le coeur qui parlait. Tous les adjoints sont venus me chercher pour être tête de liste et c’est tout de même assez rare. À l’époque, nous avons beaucoup travaillé, les Martrais avaient confiance. D’ailleurs, depuis, nous avons été réélus.

Vous êtes actuellement secrétaire d’État… Pourquoi vous positionnez comme candidate à la présidence de la grande Région ?
Midi-Pyrénées m’a plu de suite. J’y ai été vice-présidente, chargée des questions de ruralité notamment, et c’est un mandat qui m’a beaucoup intéressé. Je crois en cette grande région qui va réunir Midi-Pyrénées et Languedoc Roussillon (1) et qui est portée par l’actuel président Martin Malvy. À travers cette entité, nous pourrons actionner de vrais leviers pour le développement économique, et c’est important pour générer de la richesse dans les territoires.

En matière de soutien à l’économie, que proposez-vous ?
Il faut que nous soyons en soutien des TPE et de l’économie sociale et solidaire : cette économie de proximité, c’est celle qui fera le XXIe siècle. Pour cela, nous avons les infrastructures et nous avons les outils, comme les contrats d’appui et l’agence de développement économique de l’export et de l’innovation(2). La Région doit insuffler toutes les valeurs de l’innovation, qu’elle soit technique ou sociale. Nous devons démocratiser et convaincre les petites entreprises que l’innovation représente un atout pour elles. C’est là que les acteurs publics ont un rôle à jouer. Nous devons par exemple réfléchir à des structures d’accompagnement et de mutualisation pour les TPE. Je vois, grâce à ma fonction ministérielle, des initiatives qui se lancent partout en France, comme des groupements d’employeurs. Cela donne des idées.

Cette grande région marie Midi-Pyrénées à Languedoc Roussillon… Est-ce le bon choix ?
Personnellement, j’ai toujours défendu Languedoc Roussillon plutôt que l’Aquitaine, car nous avons un creuset culturel commun. Cette grande région, elle préfigurera la liaison que nous aurons avec la Catalogne par exemple. Sur le seul périmètre de Midi-Pyrénées, nous sommes quand même à l’étroit pour insuffler une dynamique forte. En ce qui concerne l’enseignement supérieur par exemple, nous allons pouvoir avoir une vraie politique de déploiement, avec des sites délocalisés de taille intéressante. Nous allons aussi pouvoir créer des contractualisations adaptées avec les villes. Le maillage urbain étant plus homogène en Languedoc-Roussillon, nous pourrons aussi être dans une relation privilégiée avec les métropoles et créer des dynamiques réciproques. Une métropole seule ne peut pas irriguer tout un territoire, et c’est pour cela que nous avons besoin d’une grande région. Béziers a choisi l’extrême droite parce que, à un moment donné, la ville s’est sentie à côté du développement économique. C’est la raison pour laquelle la Région, les métropoles, et les collectivités doivent s’inscrire dans des politiques partenariales. Nous sommes au XXIe siècle, nous devons changer de prisme et supprimer le principe de tutelle ou de subordination. On ne peut pas développer de bonnes relations quand une collectivité en domine une autre.

Quels sont les atouts de la grande région à valoriser ?
L’agriculture et le tourisme ont des potentiels exceptionnels. Nous avons des territoires qui savent donner l’âme et la spécificité de la France. Mais dans le tourisme, il faut savoir à la fois attirer et fidéliser. Un site seul, aussi prestigieux soit-il, peut attirer du public mais pour fidéliser, il faut tout un territoire. C’est l’objet des contrats de destinations portés par Atout France, l’agence nationale de promotion touristique. Je pense qu’en matière de tourisme, nous devons encore professionnaliser et tirer vers la qualité, notamment en ce qui concerne l’accueil et le partage. Nous devons aussi jouer plus collectif. Prenons l’exemple de l’office de tourisme de Martres-Tolosane. Seul, son intérêt est limité. Mais accroché à d’autres, cela a du sens. À ce sujet, l’Aubrac est une belle réussite, d’abord sur le tourisme, et en suivant, sur l’économie.

N’est-ce pas revenir à la notion des Pays ?
Oui, et pourquoi pas ? Avec l’évolution de la loi, les Pays sont devenus des PETR(3), ce qui permet de créer une communauté de projets. Nous devons être capables de créer des territoires de projets qui peuvent s’affranchir des limites administratives.

On s’interroge beaucoup sur le nom de la future grande région. Avez-vous une idée ?
Je serais assez favorable à une consultation publique pour choisir ce nom. Cela permettrait aux citoyens de se sentir acteurs. Dans notre pratique de la politique, nous devons éviter les barrières et savoir associer la population.

Quel est votre projet comme candidate à la présidence de la grande région ?
Je veux incarner le renouveau et la construction de la future grande région. Et le faire partager, bien sûr. Nous avons dix ans de relations de confiance avec Martin Malvy, le président du conseil régional de Midi-Pyrénées, et nous étions tout autant dans la confiance avec les présidents de Languedoc-Roussillon(4). Ce qu’ils nous lèguent, c’est la possibilité de bâtir ce grand projet régional. Martin Malvy ne se représente pas pour cela : il veut donner toutes ses chances à la grande région, et montrer que nous sommes dans un passage de relais dans lequel il me soutient. C’est un peu ce qu’il s’est passé à Paris entre l’ancien maire Bertrand Delanoé, et la nouvelle édile Anne Hidalgo lors des dernières municipales. Et, en ce sens, je me tiendrai prête pour les élections régionales de fin d’année.
Propos recueillis par M.V.
Photos Kevin Figuier - ToulÉco

(1) Suite à la réforme territoriale, les régions de Midi-Pyrénées et de Languedoc Roussillon vont fusionner en une seule grande région. Les élections sont programmées pour les 3 et 6 décembre. Le nouveau périmètre sera effectif en janvier 2016.

(2) L’agence Madeeli a été constituée début 2015. Elle est issue de la fusion de deux agences régionales : Midi-Pyrénées Expansion, sur le développement économique, et de Midi-Pyrénées Innovation, sur l’accès à l’innovation.

(3) Depuis 2014, la loi permet aux pays la possibilité de se transformer en pôles d’équilibre territoriaux et ruraux (PETR), ce qui leur donne un statut juridique renforcé.

(4) Après la disparition de Georges Frêche, plusieurs présidents se sont succédés à la présidence de la Région Languedoc-Roussillon : Christian Bourquin, disparu en août
2014, puis Robert Navarro, qui a assuré l’intérim. Depuis septembre 2014, le nouveau président est Damien Alary.

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