ToulÉco

Publié le dimanche 2 avril 2017 à 19h30min par Marc Pouiol , Valérie Ravinet

Carole Delga : « Le soutien à l’économie passera par les territoires »

Un an après son élection à la tête de la grande région, Carole Delga a répondu aux acteurs du monde économique qui l’ont interrogée sur le transport, l’emploi ou la formation. L’occasion pour Carole Delga de dresser un premier bilan et de rappeler sa feuille de route.

Pierre-Marie Hanquiez : Nous avons perçu votre volonté de travailler sur le mode participatif, en plaçant la croissance et l’emploi au rang des priorités, avec notamment le Schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDE2I). En tant que chef d’entreprise, j’aimerais connaître votre ambition pour notre région ?

Carole Delga : Notre ambition est de promouvoir la création d’emplois et la dynamique de croissance dans l’ensemble du territoire. Cela passe par la consolidation des filières traditionnelles agricole, agro-alimentaire, touristique, aéronautique et spatiale, mais aussi par le développement de la nouvelle économie incarnée par la santé, la croissance bleue, l’économie sociale et solidaire… Notre soutien se traduit par des aides aux entreprises et une offre de formation, avec une vision adaptée selon les bassins d’emplois. Les dix-huit bassins d’emplois définis sur le territoire présentent des caractéristiques et des spécialisations diffé- rentes, leurs besoins sont donc différents. Nous apportons une réponse sur-mesure, tenant compte des disparités, avec la volonté de conforter les économies locales et d’anticiper leurs évolutions, en relevant le défi de l’intégration de 50.000 nouveaux habitants par an, dont la moitié d’actifs, dans une région dont le taux de chômage s’élève à 12%. La création d’emplois est dès lors une nécessité.

Pierre Marie-Hanquiez : Quels sont les modes de financement ? Quel déploiement, après concertation ?

Carole Delga : La stratégie économique qui sera approuvée en assemblée plénière en février 2017 traduit notre stratégie ré- gionale pour la croissance et pour l’emploi. Même si les recettes sont en baisse, des priorités en matière d’emploi et de formation ont été définies, avec une légère augmentation des dépenses et l’initiation de nouvelles actions : nouveaux crédits pour l’apprentissage, nouveaux contrats d’appui thématisés dédiés à l’économie de proximité, aux start-up, à l’innovation… Les aides aux entreprises augmentent de 20%. De nouveaux outils financiers sont initiés, à l’instar du programme Foster TPE-PME, qui engage 52 millions d’euros de crédits de la Région et de l’Europe, ou le nouveau fonds né de la fusion des fonds d’investissement Soridec à Montpellier et Irdi à Toulouse, qui gère 210 millions d’euros d’actifs. Ces aides doivent accompagner les entreprises dans toutes les étapes de leur vie, du fonds d’amorçage à la reprise d’entreprise, en passant par le développement à l’international. La région Occitanie prévoit d’ailleurs 136 millions d’euros d’aides à l’innovation et à l’export.

Xavier Petrachi : Comment la Région envisage-t-elle d’entrer dans le capital de certaines entreprises comme l’autorise la loi NOTRe, afin de ne pas les laisser aux seules mains des fonds de pension, à l’exemple de Latécoère, Sam (Aveyron), l’aéroport de Toulouse-Blagnac ou Airbus ? Quelles sont les interventions proposées par la Région ?

Carole Delga : La nouvelle loi NOTRe autorise effectivement la Région à devenir actionnaire direct du capital des entreprises. Mais cela porte sur des montants peu élevés. Faut-il donc investir des fonds publics dans ces participations alors que notre capacité d’influencer les choix stratégiques des entreprises concernées serait très réduite ? C’est un pari risqué à mesurer. Pour les grands groupes, les retours sur investissements étant très longs, l’apport financier de la Région sur certains programmes est nécessaire. La Région suit de très près l’évolution des entreprises en difficulté. Dans le cas de Latécoère, par exemple, les négociations ont abouti à un maximum de 20 licenciements secs au lieu des 150 annoncés. L’entreprise a pris du retard en matière de recherche et développement, nous devons étudier les possibilités d’intervention. Au cœur de notre démarche, il y a la volonté d’accélérer la recherche et l’innovation, notamment sur les territoires moins attractifs. C’est une action qui doit se faire en lien avec l’État, notamment au travers de la banque publique d’innovation, que j’ai vivement défendue.

Jean-Marie Courcier : Pour favoriser la représentation du secteur santé au niveau régional, nous avons opté pour le rapprochement des structures de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, à travers l’association Biomed Alliance, qui supporte notamment le pôle de compétitivité Cancer-Bio-Santé. Comment percevez-vous les évolutions, à la fois des clusters et des pôles de compétitivité ?

Carole Delga : Nous sommes des partenaires et des financeurs des pôles de compétitivité, et nous soutenons les actions collectives qui structurent les filières et favorisent les partenariats public/privé. En matière de santé, les grands sites universitaires et hospitaliers à Toulouse et Montpellier montrent que ce secteur est porteur d’emplois. Notre rôle est d’accompagner les mutations et les innovations. Il faut également favoriser les coopérations interrégionales, dans le respect des historiques et des territoires. Les mises en concurrence seraient dangereuses. La réflexion sera portée en 2017 pour les pôles Eurobiomed en Paca et Cancer-Bio-Santé en Occitanie Pyrénées/Méditerranée.

Christophe Belloc : La filière fruits et légumes se structure au sein d’une fédération Occitanie. Quels outils la Région peut-elle actionner pour ré- pondre aux évolutions de ce secteur, entre demande de circuits courts et productions de qualité souvent dédiées à l’export ?

Carole Delga : L’Occitanie doit renforcer son image de qualité à l’international, dans ce secteur qui pèse lourd dans la filière agricole, en valorisant l’authenticité et le haut niveau de qualité des produits. Nous accompagnons ce développement à l’export par les contrats d’appui et subventions directes. Nous sommes la première région d’Europe pour les labels de qualité, un patrimoine à mieux faire connaître, notamment à l’étranger. Sur le territoire, les consommateurs réclament fortement des produits locaux. Les entreprises doivent s’adapter pour conjuguer excellence et proximité, en développant les productions raisonnées, bio et les circuits courts. Les débouchés peuvent passer par les grands acteurs du secteur implantés sur le territoire (Andros, Saint-Mamet, coopératives…), les circuits directs du producteur aux consommateurs, mais aussi la restauration collective que la Ré- gion veut favoriser notamment dans les lycées et CFA. Nous soutiendrons à la fois l’export et le local.
Propos recueillis par Marc Pouiol et Valérie Ravinet

Sur les photos : Carole Delga, présidente de la région Occitanie a répondu à un panel de chefs d’entreprises, de responsables syndicaux et d’organisations professionnelles. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco

Photo 2 : Pierre-Marie Hanquiez, président du Medef 31. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.