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Publié le mardi 20 novembre 2018 à 21h13min par Martin Venzal

Eric Léandri : « Créons nos propres leaders européens du big data »

La société Qwant était présente à Futurapolis au sein de la table ronde « Data, les Maîtres de la donnée ». L’occasion pour le fondateur et PDG de Qwant, premier moteur de recherche français, de revenir sur l’importance de garder la maîtrise sur nos informations personnelles.

Eric Léandri, la réglementation européenne de protection des données (RGPD) ne donne-t-elle pas raison à Qwant, qui prône le respect de la vie privée des Internautes depuis des années ?
Il est clair que nous profitons de tout ce qui se passe en ce moment, avec la prise de conscience que les données ont de la valeur. Depuis la mise en place de la RGPD, nous constatons sur Qwant des croissances de trafic de l’ordre de 15 à 20 % tous les mois.

De plus en plus de communes choisissent Qwant comme moteur de recherche…
Tout comme l’Assemblée nationale et de plus en plus d’entreprises également. Et c’est normal : les collectivités s’interrogent : « J’ai tout donné à Google et ça m’a apporté quoi ? » Pourquoi utiliser un moteur de recherche qui prend les données personnelles quand Qwant, pour sa part, respecte les obligations des Cnil européennes ? Et en plus, nos serveurs de données sont hébergés en France.

Les données personnelles sont au coeur des enjeux… Avons-nous un train de retard concernant les big data ?
Oui et non… En fait, on refuse de voir les trains qui nous passent devant toute la journée. Je m’explique : Quand Google prend des chercheurs et des technologies françaises pour devenir numéro 2 de l’intelligence artificielle, cela ne veut pas dire qu’on a un train de retard technologiquement parlant. Mais nous avons du mal à faire du transfert de technologie, alors que les Américains, eux, ne se gênent pas avec les savoir-faire français.

Le big data serait donc un problème politique ?
Dans un ouvrage très connu, Lawrence Lessig a dit « code is law ». Le code, c’est la loi. Mais il rajoute ensuite « Architecture is politic ». Nous devons créer notre propre architecture de data européenne. Et au lieu d’avoir un géant qui pèse 100 milliards de dollars, comme aux États unis, travaillons plutôt à créer cent groupes européens valorisés à 1 milliard, et sachant travailler entre eux. C’est possible. En France, on a tendance à ne faire confiance qu’aux géants. Mais les mentalités évoluent dans le bon sens et, notamment grâce à des personnes comme Cédric Villani (mathématicien et député LREM, NDLR). Je suis serein pour l’avenir : nous pouvons le faire.
Propos recueillis par M.V.
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