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Publié le mardi 10 septembre 2019 à 19h45min par Sophie Arutunian

Défense. Pourquoi le nouveau partenariat Airbus et Telespazio est innovant

Airbus et Telespazio constituent désormais le premier opérateur français privé de télécommunications militaires. Les pays « alliés » de la France vont pouvoir acheter de la capacité de satellites sur Syracuse IV, un système composé de deux satellites très puissants.

C’est une première : industriels et État français coopèrent désormais pour rentabiliser des satellites sous-exploités. Airbus, avec Thales et Lénonardo (propriétaires de Telespazio) vont en effet vendre des capacités satellitaires au profit des forces armées en Europe et à l’international. In fine, il s’agit de réduire le coût global de possession du système français Syracuse IV, en vendant les « capacités excédentaires » de ces satellites militaires nouvelle génération.

« Les satellites Syracuse IV, qui appartiennent à l’État français, répondent aux besoins du secteur de la Défense avec des capacités de communication offrant à la fois la sécurité et la mobilité. En effet, nous utilisons des hyper-fréquences qui permettent d’avoir des antennes de réception peu encombrantes, qui sont à la fois discrètes et peuvent être transportées sur des bateaux ou des drones par exemple », illustre Jean-Marc Gardin, président de Telespazio France.

Ces bandes de fréquences, dites X et Ka, sont renforcées pour résister aux cyberattaques, aux brouillages et autres impulsions électromagnétiques. Elles seront donc commercialisées « en brut » via des contrats de vente sur une période de dix ans, ou accompagnées de services associés. Comme par exemple le raccordement des communications par satellites aux réseaux sol des clients tiers, la garantie de capacité et de débit, ou encore des prestations d’ingénierie et de maintenance.

Le spatial, nouveau lieu d’intervention des armées

« Tous les pays de l’UE et de l’Otan peuvent être intéressés. Chaque prospect sera de toute façon soumis à la validation du ministère de la Défense », précise Corinne Maille, directrice générale adjointe de Telespazio France. Une occasion aussi de mettre en valeur le savoir-faire français en vue de futurs contrats : « peut-être que les clients qui auront goûté à nos technologies auront envie, par la suite, de se doter de leurs propres satellites, ce qui serait une opportunité pour les industriels français », anticipe Corinne Maille.

Au delà de l’opération commerciale, ce partenariat envoie un autre signal fort, peu de temps après les annonces du président de la République sur l‘installation à Toulouse d’un commandement de l’espace : « Il y a des enjeux clés autour du spatial, qui, comme la mer ou la terre, devient un lieu d’intervention des armées. Dans un contexte où le secteur est bouleversé par le New Space, l’État a tout intérêt à nouer ce genre de partenariats avec les industriels », indique la directrice générale adjointe. Telespazio compte bien se positionner comme opérateur de confiance auprès de l’Etat français.
Sophie Arutunian

Sur la photo : le système de télécommunication Syracuse IV est composé de deux satellites militaires qui seront lancés d’ici 2022 et complétés par un troisième en 2030. Crédit : Telespazio - DR.