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Publié le dimanche 18 octobre 2015 à 19h11min par Johanna Decorse

Élections régionales. Les forces en présence en Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon

Sur les onze candidats qui se présentent aux prochaines régionales, cinq sont capables de mobiliser plus de 10% des intentions de vote, voire de prétendre au second tour, le 13 décembre. Petit tour d’horizon des caractères et parcours de chacun d’entre eux.

Louis Aliot 

Le candidat du Front national, né en septembre 1969 à Toulouse, a choisi comme terre d’adoption Languedoc-Roussillon où il est conseiller régional et plus précisément la ville de Perpignan dont il est conseiller municipal. Vice-président du FN, dont il a été aussi secrétaire général de 2005 à 2010, Louis Aliot, avocat de formation et compagnon de Marine Le Pen, a été élu en 2014 député européen de la circonscription Sud-Ouest. En septembre, un mois avant le lancement de sa « caravane rurale » qui a démarré le 17 octobre à Carmaux, le candidat frontiste affichait clairement son objectif « d’accrocher 30% au premier tour pour créer la dynamique au second tour ».

Fort des scores de son parti aux dernières départementales et européennes, notamment dans le Lot, l’Ariège, la Haute-Garonne et en Languedoc-Roussillon, Louis Aliot « ne compte pas se laisser tondre la laine sur le dos par un certain nombre de coucous politiques ». Une allusion claire à Dominique Reynié dont il veut séduire les électeurs avec sa « liste d’ouverture » pour réaliser un « énorme coup contre la gauche ». A Toulouse, Louis Aliot a rallié à sa cause deux anciennes élues locales, l’ex-centriste Maïté Carsalade, encartée au FN depuis deux ans et demi et tête de liste en Haute-Garonne, et Chantal Dounot-Sobraquès, ancienne conseillère régionale et municipale, qui fut également secrétaire départementale de l’UMP de 2008 à début 2011.

Carole Delga

Née le 19 août 1971 à Toulouse, l’ancienne maire de Martres-Tolosane entre 2008 et 2014, a rejoint les rangs socialistes en 2004. Tête de liste PS-PRG pour ces régionales, Carole Delga a assuré entre 2010 et 2012 la vice-présidence du conseil régional de Midi-Pyrénées en charge de la ruralité, des services au public et des technologies de l’information et de la communication. Élue en 2012 députée de la huisième circonscription de Haute-Garonne, elle est passée du Comminges à Bercy lors de sa nomination en 2014 comme secrétaire d’Etat chargée du Commerce, poste qu’elle a quittée en juin dernier pour partir à la conquête de sa région natale.

Face à Dominique Reynié qu’elle juge « très professoral, loin du terrain et sans propositions concrètes », la candidate socialiste fait valoir son « expérience d’élue et d’habitante depuis quarante-quatre ans » de ce territoire. « Cette région, j’y vis, je l’ai choisie. Je sais gérer des budgets locaux et nationaux, j’aime construire et bâtir », déclarait-elle récemment à l’issue de l’assemblée générale de la Fédération régionale des travaux publics. Dans cette campagne qu’elle a démarrée très tôt, Carole Delga est notamment soutenue par Bertrand Monthubert, l’ex-président de l’Université Toulouse III – Paul-Sabatier, cofondateur du mouvement Sauvons la recherche et militant de longue date au Parti socialiste.

Gérard Onesta

Albigeois d’origine, cet écologiste convaincu de 55 ans, architecte de formation, a intégré les Verts en 1986 et a été vice-président du Parlement européen de 1999 à 2009. Actuel vice-président du conseil régional de Midi-Pyrénées, la tête de liste EELV, qui avait réalisé 13,46% des suffrages au premier tour des régionales de 2010, a réussi à rassembler autour de lui les trois composantes du Front de gauche, le Partit occitan et la Nouvelle gauche socialiste. Portés par la dynamique du Projet en commun, plateforme participative alimentée par les contributions de citoyens, Gérard Onesta et ses alliés de la liste Nouveau monde revendiquent un « rassemblement inédit par son ampleur et sa méthode ».

Crédités de 11 à 16% au premier tour, ils sont bien décidés à faire « la démonstration de (leur) crédibilité et de (leur) capacité à gérer la grande région ». Pour aller jusqu’au bout de leur « politique éthique et participative », les candidats de Nouveau monde se sont déjà engagés à mettre « le citoyen au cœur des assemblées » par le biais de référendums et de budgets participatifs. En Midi-Pyrénées, ce rassemblement a séduit plusieurs personnalités dont le professeur de droit Serge Regourd, l’auteur de polars Pascal Dessaint ou encore Marie-France Barthet. La présidente de l’Université fédérale de Toulouse Midi-Pyrénées apporterait avec elle toute son expérience en matière de recherche et d’enseignement supérieur, l’une des compétences majeures de la future grande région.

Dominique Reynié

Nouveau venu en politique après l’avoir analysée durant des années sur les plateaux télé, le candidat LR-UDI, né à Rodez en 1960, a été investi en avril dernier face au maire UMP de Lavaur, Bernard Carayon. Professeur à Sciences Po Paris, Dominique Reynié est depuis 2008 directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, un cercle de réflexion « libéral, progressiste et européen » qui s’est notamment positionné en faveur du mariage homosexuel. Longtemps dans le rôle du commentateur, le politologue a décidé de passer à l’action. « Dans la première partie de ma vie, j’ai fait le constat d’une situation qui se dégrade », explique-t-il sur son site. « J’en ai tiré la conclusion qu’il fallait que je m’engage et que j’agisse. » 

Dominique Reynié a su rallier quelques têtes d’affiche derrière lui dont Marc Ivaldi, enseignant-chercheur à Toulouse Schoolf of Economics et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), mais il reste contesté par de nombreux élus locaux de son camp. Début octobre, son recadrage par Nicolas Sarkozy après la publication de ses listes sans l’accord définitif de la Commission nationale d’investiture des Républicains n’a pas arrangé les choses. Alarmiste sur les problèmes d’investissements des deux régions, la tête de liste LR-UDI s’est engagé à renoncer à toutes ses fonctions s’il était élu. « Pour lever l’investissement et permettre au monde entier d’identifier cette future région comme un foyer de croissance potentiel, sept jours de la semaine ne suffiront pas. Je serai sur le pied de guerre en permanence », a-t-il promis.

Philippe Saurel

Le maire de Montpellier et président de Montpellier Méditerranée Métropole renouvelle une candidature dissidente avec les Citoyens du Midi. Exclu du PS après les municipales de 2014 pour avoir monté sa propre liste contre celle de son camp, l’édile héraultais, né en 1957, dit n’avoir qu’un « seul adversaire, le Front national ». « Tout le reste étant jugé compatible », a-t-il précisé début octobre à Toulouse. Dans la lignée de Georges Frêche, son mentor en politique, Philippe Saurel se plaît à jouer les électrons libres. Avec sa liste « à spectre large, divers-gauche, divers-droite et écologiste », il se réclame avant tout d’une logique « citoyenne, non dogmatique et hors-partis ». « Cette recette a réussi pour Montpellier, s’est confirmée avec la métropole et les dernières départementales. Nous voulons maintenant l’appliquer dans la grande région ».

Pour Philippe Saurel, les prochaines régionales se jouent « en trois sets gagnants ». « Nous aurons bientôt remporté le premier qui consiste à constituer nos listes. Le deuxième sera de faire plus de 10% au premier tour. Si le FN ne constitue pas un danger, nous nous maintiendrons », a-t-il d’ores et déjà annoncé. En Haute-Garonne, le maire de Montpellier emmène avec lui Thomas Fantini, le fondateur du groupe de restauration La Compagnie des Pergos, Sophie Iborra, conseillère en communication et fille de la député socialiste Monique Iborra, ou encore Philippe Acar, chef de service en cardiologie pédiatrique au CHU de Toulouse.

Les autres candidats

Ancien membre du Parti communiste puis d’EELV qu’il a quitté en juin dernier, Christophe Cavard conduira une liste écologiste. Le député du Gard est notamment soutenu par Gérard Poujade (ex-PS), vice-président du conseil régional de Midi-Pyrénées. Gilles Fabre, professeur de mathématiques reconverti en chef d’une entreprise de soutien scolaire et de formation continue à Montpellier, représentera quant à lui Nouvelle Donne, le parti fondé en 2013 par l’économiste Pierre Larrouturou. De son côté, Lutte ouvrière a choisi une habituée des joutes électorales. Sandra Torremocha, professeur d’espagnol dans un lycée de Muret, portera une nouvelle fois les couleurs de son parti en décembre prochain. Comme lors des dernières élections régionales en 2010, et comme lors des deux derniers scrutins municipaux à Toulouse.

A l’inverse, Yvan Hirimiris est un nouveau venu en politique. Cet ouvrier conducteur d’engins, âgé 30 ans, conduira la liste de l’Union populaire républicaine, mouvement souverainiste fondé par l’énarque François Asselineau. Une tendance souverainiste également portée par Damien Lempereur, directeur de campagne de Nicolas Dupont-Aignan lors des dernières élections présidentielles, sous la bannière Debout la France. Enfin, Jean-Luc Martinez, ancien vice-président du Front national et opposant intime de Louis Alliot, mènera une liste d’extrême droite. Ce professeur de droit et de sciences politiques a siégé pendant vingt ans au Parlement européen.
Johanna Decorse, avec T.G.

Sur les photos : Les candidats aux élections régionales de la grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées sont présentés par ordre alphabétique, de gauche à droite, tout comme dans cet article, de haut en bas. Photos : Hélène Ressayres, Kevin Figuier - ToulÉco ; Photos officielles - DR.