ToulÉco

Publié le dimanche 17 décembre 2017 à 18h05min par Johanna Decorse

En Andorre, la marque Grandvalira va bientôt disparaître

Station de tous les superlatifs depuis sa création en 2003, Grandvalira est en train de perdre ses marques. L’un de ses principaux actionnaires a décidé il y a quelques mois de faire cavalier seul.

Lancée en 2003, Grandvalira vit ses derniers mois d’existence. Née d’une union commerciale entre SAETDE et Ensisa, les deux sociétés exploitantes des stations de Pas de la Casa et Grau Roig pour la première et de Soldeu et El Tarter pour la seconde, la marque andorrane devrait disparaître au printemps 2019, après les finales de la coupe du monde de ski alpin que doit accueillir Soldeu.

C’est Joan Viladomat, actionnaire majoritaire de SAETDE qui a décidé unilatéralement en mai dernier la fin de l’aventure. Concrètement cela va se traduire d’ici deux ans par la liquidation de la société Nevasa, filiale à 50/50 des deux structures, en charge de la billetterie et de la commercialisation de la marque. La question du forfait unique adopté par ces stations concurrentes jusqu’en 2003 n’est pas encore tranchée. Une chose est certaine, c’est toute la stratégie de communication développée depuis treize ans par Grandvalira qui est remise en cause.

Un modèle bénéficiaire

Pour la station qui se présentait comme « la plus grande du Sud de l’Europe » avec ses 210 kilomètre de pistes répartis sur six secteurs connectés physiquement, Pas de la Case, Grau Roig, Soldeu, El Tarter, Canillo et Encamp et qui avait réussi à s’élever dans le top 15 mondial, tout est à refaire. Sur le plan économique aussi, la disparition de la marque ne sera pas sans conséquences. Les six domaines qui génèrent à eux-seuls 75 millions d’euros de retombées, entre les remontées mécaniques, les écoles de ski et les restaurants d’altitudes, pourraient voir leur chiffre d’affaires reculer. De même pour les bénéfices, de plus de 4,5 millions d’euros cette année pour SAETDE et de 6 millions d’euros pour Ensisa.

« Pas de raison objective »

Du côté de l’exploitant de Soldeu et El Tarter, c’est l’incompréhension après la douche froide. « Je ne vois pas de raison objective à la décision de M.Viladomat. Grandvalira est une marque solide, dans laquelle nous avons tous beaucoup investi, le système de répartition du forfait au temps passé est juste. Il est certain que si le domaine skiable est coupé en deux, nous serons moins compétitifs face aux stations des Alpes, de la Suisse et de l’Autriche avec qui nous sommes en concurrence », a confié à ToulÉco David Hidalgo, directeur général d’Ensisa.

« J’espère pour notre clientèle qu’un accord sera trouvé et que si les stations sont amenées à retrouver leur identité, un forfait commun sera conservé sinon c’est un hara kiri absolu », ajoute le dirigeant d’Ensisa. Joan Viladomat, qui n’a pour l’instant pas donné suite aux sollicitations de ToulÉco, n’a donné aucune garantie sur le sujet. SAETDE digère visiblement mal le chantier mené par Ensisa pour 24 millions d’euros en vue de la coupe du monde de ski alpin de 2019. Elle craint sans doute le déplacement d’une partie de ses skieurs du Pas de la Case vers Soldeu avec la construction d’un parking de 450 places. Et remet certainement en cause le modèle de redistribution des revenus liés à la vente des forfaits qui prévoit 53% pour SAETDE (47% pour Ensisa) jusqu’à 30 millions d’euros et s’organise ensuite au temps passé.

Réunion en janvier

Betim Budzaku, directeur général d’Andorra Tourisme regrette aussi la disparition de la marque Grandvalira, « la plus moderne d’Andorre ». Pour la principauté qui accueille quelque 8 millions de visiteurs par an dont plus de 20% de skieurs, l’option d’une véritable marque commune regroupant les domaines Grandvalira et Vallnord pourrait permettre une sortie de crise. Mais l’urgence est à court terme et porte sur la commercialisation de la saison prochaine. Un forfait pour deux marques distinctes, deux marques et deux forfaits… La décision devrait intervenir en janvier prochain, lors de la prochaine réunion des actionnaires.
Johanna Decorse

Sur la photo : D’ici 2019, la marque commerciale Grandvalira ne sera plus exploitée. Crédits : DR