ToulÉco

Publié le dimanche 25 novembre 2018 à 22h06min par Philippe Font

Gilets jaunes. Solidarité, inquiétudes et début d’exaspération chez les professionnels en Occitanie

Depuis le 17 octobre, des milliers de « gilets jaunes » bloquent ou ralentissent routes, ronds-points et sites stratégiques pour dénoncer la politique de taxes de l’État. En Occitanie, les acteurs économiques s’inquiètent d’éventuelles répercussions sur leur activité.

Ils ne veulent pas baisser les bras. Alors que la manifestation du samedi 24 novembre a rassemblé plusieurs milliers de « gilets jaunes » dans les rues de Toulouse, les instigateurs du mouvement s’inscrivent dans la durée. Ainsi, ce dimanche, 1200 manifestants selon la police, plusieurs centaines en différents points pour les organisateurs, ont poursuivi des actions partout dans le département. « C’est un mouvement populaire et citoyen, le mouvement des gilets jaunes va se structurer afin de prolonger les actions », prévient Yves Garrec, un des portes-paroles en Haute-Garonne. A la tête d’une société de VTC, il a été un des premiers à rejoindre la contestation.

« En 2017, mes frais de carburant s’élevaient à 6500 euros… En 2018, avec la taxe carbone, ils vont monter à 8500 euros, sans compter les augmentations des assurances, et des péages ». Une situation qu’Yves Garrec dit rencontrer souvent sur les opérations des gilets jaunes : « au-delà du prix du diesel, les revendications portent sur le pouvoir d’achat… Sur les barrages, on voit des gens qui ne peuvent plus payer leur loyer ou leur électricité. Alors que nous vivons dans un pays riche, on nous a enlevé tout honneur et toute dignité. Sur le fond, la transition écologique se justifie, mais sur la forme elle n’est pas expliquée, l’Etat manque de pédagogie et passe en force. Si on l’applique, il faut des compensations. Notamment au niveau des transports en commun et pour le développement du covoiturage… ».

Des problèmes d’approvisionnement pour certaines entreprises

De l’autre côté des barrages, la grogne commence à monter aussi mais pas pour les mêmes motifs. Si beaucoup de professionnels disent comprendre leurs revendications, le soutien aux gilets jaunes se fait moins insistant dès que cela affecte le business et le chiffre d’affaires des entreprises. « Il commence à y avoir des problèmes d’approvisionnement de certaines entreprises… Certains chantiers rencontrent des problèmes de retard, c’est un souci dans un secteur déjà fragile », reconnaît-on à l’U2P, syndicat qui représente les TPE, notamment celles du bâtiment, de l’alimentaire, des services de l’artisanat et des professions libérales.

Même son de cloche dans les rangs de la Chambre des métiers et de l’artisanat de Haute-Garonne. « Il est un peu tôt pour mesurer les conséquences du mouvement à long terme sur le chiffre d’affaires des entreprises… Mais quand il y a des opérations de blocages ou de filtrages, cela se ressent sur le chiffre d’affaires. Celui-ci peut baisser jusqu’à 30% », explique Jérôme Bretelle, boucher à Muret et élu de la chambre des métiers.
Philippe Font

Sur la photo : Plusieurs centaines de gilets jaunes ont manifesté samedi 24 novembre à Toulouse. Crédits : Armelle Parion - ToulÉco

P.S. :

Samedi 24 novembre, dans le cadre de la manifestation des gilets jaunes à Toulouse, les deux correspondants de BFM TV à Toulouse ont été contraints de quitter la place du Capitole d’où ils réalisaient un plateau alors que quelques manifestants s’en prenaient à eux. Ils ont trouvé refuge dans un magasin non loin de la place du Capitole. Les deux correspondants de Cnews ont également été pris à parti. La chaine BFM TV a porté plainte, ainsi que ses deux journalistes.