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Publié le mercredi 27 juin 2018 à 21h35min par Valérie Ravinet

Espace. Quand Sylvie Vauclair et Sylvestre Maurice tracent la route vers Mars

Dossier spatial en Occitanie 4/5

Toulouse est impliquée dans bon nombre de projets internationaux alors que l’exploration des planètes reste un enjeu majeur. Vision croisée avec l’astrophysicienne Sylvie Vauclair, et Sylvestre Maurice, père de la mission Curiosity sur Mars.

Quelle importance revêt la recherche spatiale aujourd’hui ?

Sylvie Vauclair : S’il ne cherchait pas à comprendre le monde, l’homme n’aurait plus d’intérêt à vivre. Et lorsqu’on découvre, on souhaite toujours aller plus loin. Cette démarche est fondamentale, elle fait de nous ce que nous sommes, des êtres humains. La recherche dans l’univers s’inscrit dans cette vision.

Sylvestre Maurice : Depuis Spoutnik, en 1957, on a lancé 8500 satellites. La grande majorité est en orbite terrestre ; seuls 225, dont la vitesse dépasse 11,2 kilomètres par seconde, ont quitté l’attraction terrestre. Ceci illustre l’exploration extraterrestre, qui représente à peine 2 % du secteur. Derrière l’exploration planétaire, il n’y a pas de modèle économique. C’est un modèle vertueux, pionnier, de découverte, dont le but est de fabriquer de la connaissance. Avec un enjeu majeur : notre vision du monde ne serait pas la même si nous avions connaissance de vie ailleurs que sur notre planète.

Vers quoi s’orientent les recherches spatiales ?

SV : En recherche fondamentale, l’objectif est de comprendre des phénotempératures, de densités, de pressions impossibles à reproduire sur Terre, mais qui permettent de mieux comprendre les phénomènes terrestres. Au-delà, en étudiant le système solaire, on approche ce qui se passe dans les autres systèmes.

SM  : Si l’on évoque les missions à l’intérieur du système solaire, les activités sont multiples. Par exemple les projets Junot pour sonder Jupiter, Osiris pour prélever des échantillons sur l’astéroïde Bennu, le programme Ceres, pour détecter des signaux électromagnétiques, ou encore une mission en préparation sur Mercure…

Quid des recherches sur Mars ?

SM  : Huit missions sont en cours sur Mars, six en orbite et deux à la surface de la planète rouge, Curiosity et Opportunity. Les annonces de missions martiennes sont nombreuses : Exomars en Europe, HX 1 en Chine, l’Inde avec le lancement du satellite MOM 2 et même un projet des Émirats Arabes Unis.

SV  : Mars a toujours fait rêver les humains, c’est la recherche de nos origines, celles de la vie. Le fait d’aller sur place, même par instruments interposés, constitue un pas de géant. On sait aujourd’hui qu’il y a de l’eau sur Mars, que l’atmosphère martienne était plus lourde par le passé, que la planète possédait un champ magnétique… L’enjeu aujourd’hui réside dans la découverte de fossiles du vivant, sous quelle forme que ce soit. Cela changerait totalement notre façon de penser !

Y a-t-il un lien entre recherche fondamentale et technologie ?

SV  : Sciences et technologie fonctionnent en symbiose. La technologie et l’instrumentation sont ancrées dans l’économie, tandis que la science fondamentale, basée sur la recherche d’une meilleure compréhension du monde, repose sur la technologie. Une technologie qui est internationale, et qu’aucun acteur, aucun pays, ne peut financer seul. Ce qui change, c’est l’arrivée des nouveaux acteurs privés. Cela fait partie d’une évolution. L’essentiel est de préserver le travail de recherche d’une quelconque privatisation et de maintenir une concertation à tous les niveaux. Les pouvoirs publics doivent maintenir ce contrôle.

SM  : Les retombées terrestres des recherches dans l’espace sont très mineures ; ce n’est pas leur objet. Les technologies que nous utilisons ne fonctionnent que dans notre environnement. On développe des savoir-faire, pas des objets. Il ne faudrait pas chercher à justifier la recherche fondamentale par des recherches technologiques. Les acteurs privés du « New Space » ne s’intéressent pas à nous, parce que nous n’avons pas de modèle économique. La recherche est un monde de pionniers qui revendiquent une idée : explorer là où personne n’est allé.
Propos recueillis par Valérie Ravinet

Sur la photo : L’astrophysicienne Sylvie Vauclair et Sylvestre Maurice, père de la mission Curiosity sur Mars. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco.

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