ToulÉco

Publié le dimanche 25 juin 2017 à 17h30min par Johanna Decorse

Mine de Salau : un projet controversé - 2/6

Depuis plusieurs mois, le projet de réouverture de la mine de tungstène de Salau, en Ariège divise la population locale et embarrasse le gouvernement qui envisageait une reprise industrielle plus aisée. Suite de cette enquête à lire toute la semaine sur ToulÉco.

Suite de l’article Du tungstène dans les Pyrénées : mine d’or ou écran de fumée ?

Mais une autre partie de la population locale s’oppose depuis plusieurs mois à ce projet d’ouverture des Mines de Salau, qui porte aussi sur l’étain, le bismuth, le zinc, le plomb, le cuivre, l’or et l’argent et bien sûr à toute reprise industrielle. La fermeture du site en décembre 1986, justifiée par l’effondrement des cours lié à la concurrence chinoise, a été vécue comme un traumatisme. Le démantèlement des installations a suivi le départ des 150 employés de la mine, venus du nord et de l’est de la France ou du Maroc, pour lesquels une petite cité HLM à la vue imprenable, avait même été construite à Salau. En quelques jours, la commune s’est vidée, passant de quelque 260 habitants à une dizaine de personnes.

Aujourd’hui, seuls le portail scellant l’entrée de la mine, d’anciens bureaux à l’abandon construits à proximité et les terrils contenant quelque 700.000 tonnes de résidus miniers, déversés et laissés à l’air libre par l’ancien exploitant, témoignent de cette parenthèse industrielle de quinze années.

Une nouvelle bulle spéculative ?

L’arrivée de nouveaux visages au début des années 1990 a permis à cette partie de la vallée, classée en zone Natura 2000 et désormais tournée vers le tourisme et l’agropastoralisme, de retrouver un relatif dynamisme. La commune compte aujourd’hui quatre-vingt-quatre habitants à l’année. Ces néo-Ariégeois, parmi lesquels les élus de la mairie de Couflens, sont vent debout contre une reprise de l’exploitation. Ils ont demandé en vain la suspension du permis devant le tribunal administratif de Toulouse. Leur vive opposition, portée par l’association Stop Mine Salau, a rendu le dossier sensible et polémique. Ils dénoncent un projet « écologiquement et humainement impossible » en raison des risques sanitaires liés à la présence d’amiante.

Une présence contestée par le porteur de projet et sur laquelle de nouvelles expertises devraient faire la lumière dans les prochains mois. Ces mêmes opposants pointent également « le financement nébuleux » autour du permis accordé par l’Etat à Variscan Mines, détenue à 100% par des capitaux australiens, et qui a réussi à lever 25 millions d’euros auprès d’investisseurs étrangers, pour financer la seule exploration du site.

Sur un marché minier mondial ultra-spéculatif, sur lequel la moindre annonce peut faire grimper ou chuter le cours des actions, la mine de Salau ne serait-elle qu’une bulle de plus ? Mine d’or ou écran de fumée ? On le saura dans quelques mois.
Johanna Decorse

Sur les photos. En haut : le village de Salau où des opposants au projet de réouverture du site minier ont déployé leur banderole « Non à la mine ».

En bas : Un échantillon de roche provenant du gisement ariégeois qui sous l’effet du laser, laisse apparaître en bleu, la scheelite, minéral renfermant le tungstène. Crédit ToulÉco - Rémy Gabalda

A lire demain : Un montage financier à plusieurs étages

P.S.

Retrouvez cette enquête dans son intégralité dans ToulEco le mag n°30, à commander en kiosque ou bien à retrouver chez votre marchand de journaux en région Occitanie