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Publié le jeudi 18 mai 2017 à 21h00min par Johanna Decorse

Spatial. Le Cnes lancera en 2019 son premier nano-satellite fabriqué à Toulouse

Toulouse confirme son ancrage dans l’espace. Le Cnes et l’équipementier spatial Nexeya ont posé jeudi 18 mai les bases de la première filière industrielle de nano-satellites et annoncé le lancement du premier démonstrateur à l’horizon 2019, conçu et assemblé localement.

Sur le marché des nano-satellites aussi, les deux grandes capitales de l’Occitanie ont des intérêts communs. Alors que le Centre spatial universitaire de Montpellier vient d’être sélectionné par l’Agence spatiale européenne, au détriment notamment de l’école Isae-Supaero, pour intégrer un programme d’aide aux étudiants engagés dans des projets de nano-satellites, Toulouse s’apprête à devenir le principal moteur d’une nouvelle filière industrielle dédiée à ces technologies miniaturisées.

Le Centre national d’études spatiales et l’équipementier Nexeya ont annoncé ce 18 mai le lancement d’un démonstrateur de fabrication française, conçu localement d’ici deux ans. Dénommé Angels pour Argos Neo on a generic economical and light satellite, ce démonstrateur de 25 kilos sera conçu à Toulouse et mis en orbite au second semestre 2019 pour une mission Argos de collecte de données.

Un projet de 10 millions d’euros

Sélectionné par le Cnes à l’issue d’un appel d’offre basé sur un co-investissement public-privé de près de 10 millions d’euros, le groupe Nexeya, basé à Châtenay-Malabry mais qui emploie 450 personnes à Toulouse, assurera le développement de la plateforme et l’assemblage finale du nano-satellite. En pratique, une équipe intégrée d’une vingtaine de personnes travaillera dans les locaux toulousains de l’équipementier. Plusieurs sous-traitants dont les Haut-Garonnais Erems, fabricant de matériel électronique, Steel Electronique, Mecano-ID ou encore l’entreprise de logiciel Spacebel basée à Labège interviendront également sur le projet.

« Nous travaillons depuis dix ans sur des programmes de nano-satellites avec deux démonstrateurs de 5 et 10 kilos qui n’ont jamais volé mais qui nous ont permis de valider les technologies. Notre objectif est de mettre en place une filière industrielle dont les débouchés proviendront aux trois quarts de l’étranger », explique Philippe Gautier, président de Nexeya.

Un marché en plein essor

Au sein du consortium dans lequel il investit à hauteur de quelque 5 millions d’euros, le Cnes sera responsable de la charge utile, un instrument miniaturisé développé sous la responsabilité de Thales Alenia Space avec Syrlinks, fabricant français de radiocommunications et de systèmes de géolocalisation. L’agence spatiale française assurera aussi la partie lancement, opérations et exploitation du satellite.

« Le Cnes va apporter son expertise du spatial et Nexeya une compétence industrielle pour répondre à des besoins de toute nature. La première application va s’inscrire dans la mission complète Argos dédiée à la collecte de données pour le suivi d’animaux marins mais à terme les nano-satellites pourront servir à un large panel de missions d’intérêt scientifique mais aussi commercial comme l’internet des objets », explique Marie-Anne Clair, directrice des systèmes orbitaux au Cnes en saluant cette « première initiative française ».

Sur un marché mondial en plein essor, évalué par le cabinet Euroconsult à 800 millions de dollars d’ici 2027, le Cnes s’est fixé de « fédérer les énergies pour créer une offre industrielle compétitive de nano-satellites en France ».

« Les nano-satellites permettent des baisses de coûts en matière de lancement, de standardisation des missions et de composants mais ils n’ont pas vocation à remplacer les grands. Le spatial de Philae qui nous a fait rêver, ce n’est pas du nano-satellites et ce n’est pas du bas coût, le Thomas Pesquet en orbite qui nous parle, ce n’est pas du bas coût non plus. Nous avons des satellites qui sont de vraies Ferrari, dont les missions sont d’une technicité et d’une excellence extrême. Avec ce projet, nous complétons notre gamme », a ajouté la porte-parole Cnes. Une gamme qui ira bientôt de 10 millions d’euros pour le premier nano-satellite Angels à 1 milliard d’euros pour les plus gros satellites.
Johanna Decorse

Sur les photos : en haut : une maquette du premier nano-satellite du Cnes, réalisé par Nexeya, qui sera lancé en 2019.
En bas : Nicolas Multan Space Systems, directeur business line chez Nexeya et Marie-Anne Clair, directrice des systèmes orbitaux au Cnes, jeudi 18 mai lors de la présentation officielle à Toulouse du projet Angels. Photos Laurent Smadja - DR