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Publié le dimanche 12 mai 2019 à 20h07min par Johanna Decorse

Espace. Les chercheurs de l’Isae Supaero veulent faire le ménage

Pour lutter contre la pollution spatiale, des chercheurs de l’Isae-Supaero planchent sur un concept de « garage de l’Espace » qui assurerait la réparation des satellites vieillissants. Il permettrait de recycler des débris spatiaux pour fabriquer de nouveaux composants.

Satellites désactivés, fragments de toutes tailles provenant de l’explosion d’étages de lanceurs, équipements oubliés par les astronautes, capots, sangles, etc. En soixante ans, les orbites de la Terre sont devenues de véritables poubelles, polluées par près d’un million de débris de plus d’un centimètre. Tout comme la pollution de l’air et des océans, cette pollution de l’espace liée aux activités humaines inquiète de nombreux chercheurs et notamment l’équipe toulousaine SaCLaB (Space Advanced Concepts Laboratory) de l’Isae-Supaero.

Depuis trois ans, sous la responsabilité de Stéphanie Lizy-Destrez, enseignante-chercheuse en conception des systèmes spatiaux, ses membres imaginent des solutions pour en limiter les effets. Car ces débris spatiaux hors de contrôle sont une menace pour les satellites d’observation de la Terre en orbites basses (entre 500 et 1200 km d’altitude) et pour les satellites de télécommunication en orbite géostationnaire (à 36.000 km). Outre les risques de collision, leur profusion met aussi en péril la poursuite des activités spatiales. La place dans l’Espace pourrait venir à manquer…

Une « casse de satellites »

« La France est le premier pays à avoir établi une loi sur les débris spatiaux mais il y a un vrai vide juridique au niveau international. En l’absence de gendarme et de tribunal de l’Espace, il est impossible de désigner un responsable de ces débris spatiaux », explique Stéphanie Lizy-Destrez. Abandonnés, la plupart d’entre eux finissent par brûler lors de leur rentrée atmosphérique. Les satellites en fin de vie sont envoyés vers une orbite cimetière, à 200 km de l’orbite géostationnaire.
« C’est choquant d’un point de vue citoyen de laisser aux générations futures la gestion de cette casse de satellites », souligne la responsable de SaCLaB. Alors que de nombreux démonstrateurs équipés de harpons et de filets comme le satellite RemoveDebris expérimentent à peine la capture de ces débris, l’équipe toulousaine se projette à quinze ans, une fois que ces technologies seront maîtrisées et déployées.

Prolonger la durée de vie des satellites

Son concept s’appuie sur le principe de l’économie circulaire avec une station principale robotisée qui assurerait la maintenance des satellites vieillissants, leur recyclage et la fabrication de nouveaux composants à supplémenter sur les engins déjà en orbite. L’idée est de prolonger leur durée de vie et d’économiser le coût de lancement de nouveaux objets. Arrimé à ce « garage de l’Espace », un dépôt de carburant permettrait le ravitaillement des satellites. Des véhicules assureraient le transport de pièces entre les différentes orbites et un remorqueur, celui des satellites vers la station principale.

Pour finir, une flotte de petites satellites aurait en charge d’identifier les équipements en fin de vie ou en panne. Selon Stéphanie Lizy-Destrez, un premier démonstrateur pourrait voir le jour d’ici dix ans pour la partie réparation. L’horizon serait de vingt à vingt-cinq ans pour le volet recyclage. Les opérateurs de satellites, les agences spatiales et les Etats seraient évidemment les premiers sollicités pour financer un tel projet. Pour les convaincre, l’équipe SaCLaB avance déjà un argument économique : il suffirait que la station rende service à six ou sept satellites par an pour devenir rentable.
Johanna Decorse

Sur la photo : La multiplication des débris spatiaux représentent des menaces pour les satellites opérationnels. Crédit Philippe Ogaki - DR.

Depuis le lancement de Spoutnik 1 en 1957 qui a ouvert la porte de la conquête spatiale, plus de 8950 satellites ont été envoyés dans l’espace. 5000 y sont toujours mais 2000 seulement restent actifs, utilisables et fonctionnels. Sur la même période, 5300 lancements de fusée ont généré plus de 34.000 objets inertes de plus de 10 cm. On évalue à 900.000 le nombre de débris spatiaux allant de 1 à 10 cm actuellement en orbite autour de la Terre et à 135 millions, le nombre de débris spatiaux inférieurs à 1 cm.

P.S. :

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