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Publié le dimanche 23 septembre 2018 à 16h00min par Béatrice Girard

Faute d’investisseurs privés, les projets de campus de l’IoT Valley menacés

Deuxième édition

Retard de calendrier, tensions entre élus et porteurs du projet, taille du programme revue à la baisse, le campus de l’IoT Valley a du plomb dans l’aile.

A Labège, le futur campus de l’IoT Valley occupe les conversations depuis trois ans, date à laquelle Ludovic Le Moan, PDG et fondateur de Sigfox avait annoncé sa volonté d’installer son nouveau siège social sur place, première étape de la « Silicon Valley » des objets connectés. Il devait s’étendre sur 85.000 m², sur un foncier dédié, que la communauté de communes du Sicoval avait racheté au groupe à Sanofi.
Depuis, les discussions n’ont pas cessé entre start-up, collectivités et investisseurs potentiels, mais ces derniers manquent toujours à l’appel et le projet a été fortement redimensionné à la baisse : au lieu des huit hectares initiaux, le projet ne porterait plus que sur un hectare. Jeudi 20 septembre à l’occasion des journées de l’IoT, élus et porteurs de projet ont tenté de faire bonne figure avec en guise d’ouverture, une vidéo enregistrée d’Emmanuel Macron qui apportait tout son soutien au projet « un peu fou » de Ludovic Le Moan. Des images qui n’ont pas fait illusion très longtemps.

« Le permis de construire du campus a été déposé le 19 février 2018 en cohabilitation avec Eiffage. Nous espérions l’obtenir en fin d’année, mais nous avons un an de décalage sur le calendrier initial et nous ne sommes plus sur huit hectares mais sur un hectare. Vingt–quatre mois de travaux sont prévus, ce qui nous conduit à fin 2021, j’espère que nous serons toujours en vie… » a lancé Nathalie Fabre, la directrice immobilier de l’association IoT Valley. Le permis déposé sur la première tranche d’un hectare concerne un programme de 27.000 m², conçu par l’architecte Jean-Paul Viguier. Il se décline en un campus vertical de 20.000 m² pour accueillir l’accélérateur de start-up, le siège social de Sigfox et quelques partenaires. Il est également prévu sur 7000 m² un hôtel de 134 chambres, des commerces et un parking de 310 places.

La Région, principal financeur du projet

Principal frein au projet ? Le financement. Car sur le sujet, Ludovic Le Moan n’a pas varié sa stratégie d’un Iota : s’il est prêt à installer son nouveau siège social à Labège, il ne compte pas investir en fonds propre. C’est donc la région Occitanie qui a débloqué la situation l’année dernière en s’engageant à financer cette première tranche. « La Région investit 15 millions d’euros en cash et le reste sera porté financièrement par l’agence régionale de l’aménagement et de la construction (ARAC Occitanie), pour atteindre un budget global de 42 millions d’euros, » a assuré Nadia Pellefigue, la vice-présidente en charge du développement économique et de l’innovation.

A la tête de l’ARAC, Aurélien Joubert confirme que la tâche est ardue pour convaincre les capitaux privés. « Ce qui pose problème c’est l’équilibre même du projet, car les entreprises qui seront hébergées sur le campus n’auront pas les moyens de payer les loyers. Cette insécurité refroidit les investisseurs, dit-il. A ce jour, cependant la Caisse des Dépôts et la Caisse d’Epargne se seraient déjà engagées. Même si nous n’avons pas d’autres marques d’intérêt du privé, nous irons au bout. »

Sigfox partira, partira pas ?

Côté Sicoval, on est plus prudent, « si on nous avait présenté un financement qui permette de construire 100.000 m2, nous aurions accepté d’aménager ce campus sur huit hectares, mais ce n’est pas le cas, » a justifié le président de la collectivité qui a assuré cependant garder les terrains au cas où… Face à ce revirement, Ludovic Le Moan a de nouveau agité la menace du départ…
« S’arrêter là, c’est un peu casser une dynamique exceptionnelle, car l’IoT occupe aujourd’hui 13.000 m² et regroupe 700 collaborateurs. En 2021, nous serons déjà à l’étroit dans ce nouveau campus. J’espère que les politiques sont conscients que l’on ne veut pas construire juste un bâtiment sur un terrain, mais créer une vallée des objets connectés. Mon choix est que Sigfox reste et se développe en France, et le siège est toujours à Labège, mais cela ne pourra tenir que jusqu’à un certain point, » a prévenu le patron.
Béatrice Girard

Sur la photo : La Région cherche des investisseurs pour le campus de l’Iot Valley. Crédits : Jean Paul Viguier et associés

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