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Publié le mardi 25 avril 2017 à 21h21min par Agnès Fremiot

Financement : « Un guichet unique pour les porteurs de projet »

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Nadia Pellefigue, vice-présidente de la région Occitanie Pyrénées-Méditerranée en charge du développement économique, de la recherche, de l’innovation et de l’enseignement supérieur, présente l’accompagnement du conseil régional en matière de financement d’entreprise.

Nadia Pellefigue, le dispositif de soutien à l’économie a été remanié cette année à l’occasion de l’adoption du nouveau Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII). Pourquoi ce changement ?
Nous avions en Midi-Pyrénées et en Languedoc-Roussillon un certain nombre de dispositifs et d’aides que nous devons harmoniser dans une logique d’égalité, afin que les entreprises de la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée puissent bénéficier des mêmes mesures sur l’ensemble du territoire. De plus, nous faisons face à un nouveau contexte législatif avec la loi NOTRe qui redistribue les compétences de tous les échelons. Ainsi, les départements vont abandonner leur compétence économique et les régions vont s’affirmer dans le rôle de chef de file dans ce domaine. Nous devons désormais articuler les synergies entre les différentes structures, ce qui exigeait que nous remettions à plat le dispositif.
Pour élaborer notre nouveau Schéma de développement économique, d’innovation et d’internationalisation (SRDEII) que la loi nous impose d’adopter dès cette année 2017, nous avons réalisé une concertation avec les acteurs publics, les consulaires, et les acteurs économiques.

Qu’est-il ressorti de cette concertation ?
Le premier enjeu est le fonctionnement. Nous souhaitons offrir aux porteurs et porteuses de projet une lisibilité des aides et un accès simplifié aux accompagnements de la région. Pour cela, nous nous devions de clarifier les dispositifs. Les entrepreneurs ne sont pas des experts juridiques et ils ne devraient pas être concernés par la mobilisation des fonds régionaux ou européens. Nous allons donc leur proposer une entrée unique, où ils seront orientés en fonction de leur statut (salariés, chefs d’entreprise ou demandeurs d’emploi). Ils seront ainsi moins freinés dans leurs initiatives. L’enjeu est celui de la méthode. La région sera le stratège et le challenge sera de travailler efficacement avec nos partenaires afin d’offrir de véritables effets levier aux porteurs de projet. Nous devons être en capacité de les orienter vers le bon acteur. Pour cela, nous allons mettre en place une architecture partenariale claire, afin de formaliser les synergies entre les acteurs.

Où se situent les autres enjeux ?
L’enjeu majeur de cette stratégie est la compétitivité et l’ancrage des emplois sur le territoire. L’innovation est le premier pilier que nous avons identifié pour servir la compétitivité. Et il est incontournable ! Nous ne pouvons pas baisser le coût du travail, qui sera toujours plus faible ailleurs, ni avoir un impact fort sur les infrastructures. Nous allons donc travailler sur l’innovation, qui est le seul vecteur efficient. Nous sommes en effet la première région pour le taux de R&D rapporté au PIB. Notre volume d’innovation nous place devant même l’Île-de-France. Nous avons signé en juillet avec l’Ugap (Union des groupements d’achats publics), la centrale de l’achat public, la première convention sur l’innovation.
Nous travaillons avec Bpifrance au développement d’outils pour l’innovation sociale et technologique. Nous n’allons pas nous cantonner aux innovations technologiques, nous allons également nous intéresser à l’innovation managériale et organisationnelle en travaillant sur des problématiques comme le transport, le vieillissement de la population, ou les enjeux environnementaux. Par exemple, 54% des Français consomment aujourd’hui en e-commerce, mais dans le même temps, seules 11% des entreprises de la région proposent ce service. Nous allons faire en sorte de les accompagner pour aller adresser ces marchés. La transformation digitale d’une entreprise permet de multiplier son chiffre d’affaires par six en deux ans.

Quels sont les autres piliers de cette stratégie ?
L’international, nous sommes la seule région de France avec un excédent commercial positif. C’est un avantage que nous devons continuer à creuser. Nous avons déjà développé des outils pour travailler la question de l’attractivité de notre territoire en faisant venir des entreprises par le biais de nos agences de développement économique, mais aussi en accompagnant les nôtres pour qu’elles adressent ces marchés.

Le haut de bilan fait aussi partie de vos priorités…
Notre territoire est composé d’un tissu de TPE, PME et ETI, qui peuvent avoir un chiffre d’affaires conséquent, mais qui ont également des difficultés à se faire accompagner par les banques pour monter en capital. Nous devons donc mobiliser d’autres outils financiers dans cette optique. Nous avons déjà des acteurs existants - l’IRDI ou Soridec - mais nous allons en plus créer un fonds régional d’appui aux entreprises. Nous souhaitons également augmenter nos partenariats avec Bpifrance afin qu’ils orientent leurs outils vers les TPE/PME, qui sont la réalité économique de notre territoire.

Qu’en est-il de la création et de la transmission d’entreprise ?

Quand je pense à la création, je songe aux start-up. Nous sommes la deuxième région de France la plus créatrice de jeunes pousses. Nous disposons déjà d’un certain nombre d’incubateurs et de structures d’accueil. Mais nous désirons que les grands groupes et ces entreprises innovantes se rencontrent pour travailler ensemble au bénéfice des deux. Ainsi, les start-up pourront disposer de leurs premiers contrats, et les grands groupes moins agiles, parfois trouver de nouveaux modes d’innovation. Je suis convaincue que le frottement entre les deux mondes pourra aboutir à des partenariats qui permettront de pérenniser notre tissu de jeunes pousses.
Pour financer les entreprises en création, nous n’excluons pas non plus de profiter d’une nouvelle piste législative qui vient d’être ouverte pour entrer au capital des entreprises.
Enfin, l’autre outil dont nous disposons est la commande publique. Je pense que nous serons des clients en mesure d’apporter une crédibilité à des entreprises en plein développement.

L’accompagnement est également une piste.
Ces entreprises ont souvent de belles idées et de beaux produits, mais des difficultés à les amener à la commercialisation. Nous souhaitons donc leur proposer des formations dans ce sens. Nous ne leur donnerons pas de l’argent directement, mais nous les aiderons grâce à un accompagnement qui aura un effet probant sur leur développement. Le capital ne suffit pas toujours pour permettre à une start-up de réussir. Nous souhaitons que chaque euro investi ait un effet levier probant.

Enfin, vous allez continuer d’aider la transmission, par quel biais ?
C’était un véritable enjeu pour notre région avec 30.000 chefs d’entreprise qui atteindront l’âge de 55 ans d’ici à deux ans. Si nous n’aidons pas ces sociétés à trouver des repreneurs, nous perdrons beaucoup d’emploi et de croissance. Nous allons donc les accompagner avec nos partenaires sur deux axes : aider les cédants dans la préparation de leur transmission, et les repreneurs dans l’obtention du financement pour poursuivre l’activité de ces entreprises. Nous avons eu dans la région des exemples de transmissions réussis avec notamment le glacier Pilpa, devenue la Belle Aude, une société reprise par ses salariés avec succès.
Propos recueillis par Agnès Fremiot
Photo DR - ToulÉco