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Publié le dimanche 17 juillet 2016 à 18h32min par Martin Venzal

Gilles Capy : « EDF va doubler ses capacités de production d’énergies renouvelables »

article diffusé le 28 mars 2016

Gilles Capy est le nouveau directeur régional d’EDF. Après avoir développé et managé ErDF Sud-Ouest, ce natif de l’Ariège a désormais en charge la coordination des différentes entités du groupe en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées.

Vous étiez précédemment directeur interrégional d’ERDF Sud-Ouest. Vous voici à la tête d’une nouvelle direction. Compte tenu de votre parcours (cf. la Bio, NDLR), vous êtes-vous fixé une ligne de conduite ?
L’énergie, je suis tombé dedans quand j’étais tout petit, puisque mon premier poste chez EDF date de 1981. J’ai pu exercer des fonctions de management dans les domaines de la clientèle, de la finance, de l’exploitation du réseau dans plusieurs régions de France. J’ai construit mon parcours avec un fil rouge : la transformation, le changement et les responsabilités, le management, J’en suis arrivé à la conclusion que l’on incarne notre métier vis-à-vis des projets que l’on mène avec les clients et les acteurs publics. Et en gardant à chaque fois la mise en perspective des enjeux du territoire.

En 2012, vous êtes donc à la tête d’ErDF Sud-Ouest. Et vous créez quatre directions : deux en Midi-Pyrénées et deux en Aquitaine…

Oui et en 2015, nous avons considéré que ces directions régionales étaient matures pour pouvoir être organisées suivant un management différent, l’échelon, inter régional a donc été supprimé. Elles sont désormais en lien direct avec la direction nationale d’ErDF et exercent leur activité en toute indépendance et neutralité. On m’a proposé de prolonger ma mission dans cette région que j’affectionne particulièrement et ainsi de prendre la responsabilité de la délégation régionale EDF en l’adaptant à la nouvelle configuration de la grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées.

Christian Poncet, ancien directeur régional en Midi-Pyrénées a fait valoir ses droits à la retraite. Et du côté de Languedoc-Roussillon ?
Jean-Guy Majourel avait été nommé délégué régional EDF en Languedoc-Roussillon en 2014. Il va rester à mes côtés, basé à Montpellier car nous avons une grande région à administrer. J’ai donc été chargé de la préfiguration de l’action régionale du Groupe dans cette grande région : géographiquement parlant, c’est devenu la deuxième région la plus vaste de France. Si le Groupe EDF se veut en phase avec l’économie réelle et la dynamique de cette nouvelle région, il faut être présent sur le territoire et il faut l’incarner.

Justement, chez d’EDF, à quoi ressemble cette grande région ?

Nous sommes dans une région où tous les grands métiers sont représentés et où la production d’électricité est très fortement décarbonnée. Nous avons des barrages, avec une puissance hydraulique de 4500 mégawatts, soit l’équivalent de plus de quatre centrales nucléaires. Le nucléaire, justement, est présent avec la centrale de Golfech et le site de Marcoule. Et nous avons EDF EN, (EN pour énergies renouvelables), dont le siège Sud Europe est basé à Béziers. C’est un indicateur fort de la volonté du groupe d’investir dans le monde dans ce domaine. Nous avons aussi notre direction régionale commerce, celle de Dalkia ainsi que de nombreuses filiales qui mettent leur compétences aux services des clients et territoires de projets de notre région. Bref, une délégation EDF qui concentre beaucoup de compétences, au travers des quelque 9000 agents qui travaillent pour le Groupe dans la nouvelle grande région.

« En région, nous investissons 350 millions d’euros par an, entre les réseaux intelligents, les raccordements et les énergies renouvelables »

Quelles sont vos ambitions en matière d’énergies renouvelables ?
Notre ambition, dans le cadre du grand
projet industriel EDF Cap 2030, est de doubler les capacités de production des énergies renouvelables. C’est un objectif réalisable dans notre région, où nous avons déjà un actif de 400 mégawatts (hors hydraulique), car notre territoire se prête à un développement ambitieux de ces énergies. La transition énergétique est une réalité d’ores et déjà dans notre région qui a vu le nombre de raccordement d’installations d’énergies renouvelables être multiplié par soixante en six ans Nous saurons relever ce défi grâce à l’expertise de nos équipes présentes dans notre grande région.

Et pour le calendrier ?
Nous avançons à grand pas car l’action d’EDF dans la région s’intègre dans le projet industriel Cap 2030, dont le premier grand chapitre est d’accompagner les clients et les territoires dans leur transition énergétique, en leur offrant des solutions décarbonnées et en renforçant l’efficacité énergétique de leurs installations. La Région LRMP est une des régions les plus prolifiques en nombre de projets (exemple les TEPCV : Territoires à énergie positive pour la croissance verte) et ce premier axe va mobiliser tous les métiers présents sur notre région qui est l’une des régions à plus forte dynamique.


Et la concurrence dans tout cela ?
Elle s’est encore accrue avec la fin des tarifs réglementés jaune et vert sur le marché des PME et des collectivités, mais nous sommes parvenus à conserver 75% de part de marché grâce au travail efficace de notre direction commerce et à la pertinence des offres faites. La concurrence s’exprime aussi sur d’autres marchés comme la production & distribution de chaleur à partir d’une valorisation des déchets (économie circulaire) tel que celui remporté récemment par notre filiale Dalkia à Montaudran.

Et l’innovation va vous y aider ?
L’innovation : c’est trouver une nouvelle solution, régler plus efficacement une difficulté. Et mieux se connecter aux autres au sein de l’entreprise comme auprès des acteurs locaux. L’innovation repose sur une arche à deux piliers Le premier pilier est incarné par notre direction de la recherche, mais je souhaite développer le deuxième pilier incarné par une coopération plus grande avec l’écosystème local d’innovation et notamment les starts up du monde du numérique qui ont une page à écrire avec nos propres technologies. Nous pouvons susciter des coopérations, et créer de l’emploi local comme le font ErDF ou d’autres acteurs.

Comment est-ce perçu en interne ?
Les agents EDF sont comme tout le monde, ils ont tous des Smartphones… Et puis, quand on mène un projet numérique important pour les collaborateurs, il faut commencer par les faire participer et les associer. Ce n’est que de cette manière que cela peut marcher. Les collaborateurs deviennent alors des coproducteurs de ces innovations.

Un sujet plus délicat, c’est celui du nucléaire qui reste mal accepté par l’opinion… Quand on voit les problèmes liés au réchauffement climatique - par exemple la Garonne ne suffit plus un jour à refroidir la centrale de Golfech - on peut se poser la question. Peut-on un jour espérer se passer du nucléaire ?
Le nucléaire est une énergie décarbonnée et sûre, grâce à laquelle la France est aujourd’hui leader en Europe dans le domaine de la production décarbonnée. C’est l’objectif primordial de lutte contre le réchauffement climatique L’électricité nucléaire permet aux énergies renouvelables de se développer car elle offre un adossement et une sécurité au regard de l’intermittence des ENR (éolien, solaire). Cette conjugaison est aujourd’hui absolument nécessaire. C’est aussi grâce au nucléaire mais aussi au parc hydraulique que la France dispose en Europe d’une qualité d’électricité parmi les meilleures en temps moyen d’interruption, et de l’une des moins chères. Fort de cet atout, EDF entend comme je l’ai dit précédemment viser un doublement de ses actifs ENR d’ici 2030 pour le maintenir en activité.

Nous sommes désormais une grande région Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées. Comment ça va se passer avec nos voisins espagnols ?
Nous serons attentifs aux volontés de la nouvelle région de développer des coopérations plus grandes avec la Catalogne. L’énergie peut être l’un des vecteurs de cette coopération et nous serons disponibles pour étudier les opportunités en ce domaine.
Propos recueillis par M.V.
Photos Rémy Gabalda - ToulÉco

Bio

1956 Naissance en Ariège. Il fait ses études supérieures à l’Université Toulouse 1
Capitole (Sciences économiques puis IAE de Toulouse)
1981 Entre au sein du groupe EDF
1999 Devient directeur EDF Services en Charente
2002 Devient directeur EDF en Corse
2006 Est nommé ERDF pour l’ouest de la France
2012 Est nommé directeur inter-régional sud-ouest.