ToulÉco

Publié le jeudi 5 janvier 2017 à 22h06min par Johanna Decorse

Grippe aviaire. L’abattage de 800.000 canards provoque la colère des éleveurs du Sud-Ouest

Face à l’épidémie de grippe aviaire, le gouvernement a ordonné l’abattage massif de près d’un million de canards dans 150 communes des Landes, des Hautes-Pyrénées et du Gers. Dans ce département, le plus touché, la grogne des éleveurs monte.

Un an après le vide sanitaire imposé par le gouvernement pour éradiquer le virus de la grippe aviaire H5N1, les éleveurs du Sud-Ouest ont reçu l’obligation d’abattre près d’un million de canards et oies élevés en plein air. Cette « stratégie de dépeuplement », annoncée mercredi 4 janvier par le ministère de l’Agriculture, vient de démarrer dans quelque 150 communes du Gers, des Landes et des Hautes-Pyrénées et devrait se terminer le 20 janvier. L’objectif est d’« éradiquer le virus » de la grippe aviaire H5N8, agressif pour les élevages de volailles mais non transmissible à l’homme, dans ces trois départements où plus de 300.000 canards ont déjà été euthanasiés. Cette mesure préventive va s’appliquer dans quatre-vingt-huit communes du Gers, cinquante-trois dans les Landes, trois dans les Pyrénées-Atlantiques et six dans les Hautes-Pyrénées.

Le Tarn pas concerné

Le Tarn, où le premier cas d’influenza aviaire hautement pathogène H5N8, hors faune sauvage, a été confirmé le 2 décembre avant de se propager dans les départements voisins mais où l’épidémie a été maîtrisée, n’est pas concerné. L’abattage va s’appliquer dans un premier temps à 800.000 canards et oies « en parcours extérieurs », exposés au passage des oiseaux sauvages qui transmettent le virus H5N8. Les palmipèdes et les gallinacés élevés à l’intérieur ainsi que les élevages répondant aux règles de biosécurité et assurant l’intégralité du cycle de production, de l’entrée des canetons jusqu’à la transformation des produits, ne sont pas concernés par cette opération d’abattage. Celle-ci sera financée par l’Etat et les pertes liées à l’arrêt de la production pourront être indemnisées, a indiqué le ministère de l’Agriculture.

Canards en colère dans le Gers

Dans le Gers où soixante-dix-sept exploitations sont touchées avec quarante-sept foyers hautement pathogènes sur les quatre-vingt-neuf déclarés en France depuis début décembre, des éleveurs commencent à se mobiliser. Ce jeudi à Auch, une quarantaine d’entre eux se sont rassemblés à l’appel du collectif « Canards en colère » devant la préfecture où se tenait une réunion du comité départemental de suivi de la grippe aviaire, pour dénoncer la gestion de cette nouvelle épizootie.

« Nous sommes furieux. L’abattage intervient avec un mois de retard. On a laissé pourrir la situation. Au lieu d’abattre dans les cinq communes où le virus s’est déclaré au départ, il doit se faire sur 150 communes et va porter sur 1,5 million de têtes. De quoi vont vivre les éleveurs pendant ce temps ? », s’inquiète Lionel Candelon, porte-parole du collectif et dont le père est éleveur.

« On va encore demander aux éleveurs d’investir dans la biosécurité pour engraisser les grosses entreprises et les coopératives du secteur qui vendent le matériel », dénonce Lionel Candelon qui pointe aussi des « délais d’indemnisation trop longs qui mettent en péril les plus petits acteurs de la filière ».

De lourdes pertes

De son côté, Marie-Pierre Pé, délégué générale du Comité interprofessionnel de la filière foie gras, dit « comprendre la colère des éleveurs » mais « approuve la gestion, logique et mesurée » de cette épidémie par les autorités.

« Toutes les ressources pour éviter l’abattage ont été épuisées. Le virus est très agressif et nous ne sommes pas parvenus dans cette zone à aller plus vite que lui. Il faut passer par cette phase de diminution du nombre d’animaux pour arrêter l’épidémie. Si l’abattage de 800.000 oiseaux n’est pas suffisant pour éteindre le feu, il s’appliquera à la totalité des 1,3 million de palmipèdes situés dans la zone », explique Marie-Pierre Pé. Le Cifog évalue entre 50 et 80 millions d’euros les pertes liées notamment à cette mesure préventive et au vide sanitaire qui sera déclenché pour éradiquer totalement le virus.
Johanna Decorse

Photo Rémy Gabalda - ToulÉco