ToulÉco

Publié le lundi 1er avril 2019 à 15h43min par Johanna Decorse

Haute-Garonne. Qui est le groupe Korian, gestionnaire de l’Ehpad de Lherm ?

Deuxième édition - 18h

Cinq résidents de l’Ehpad La Chêneraie à Lherm (Haute-Garonne), sont décédés des suites d’une probable intoxication alimentaire. Douze personnes restent hospitalisées. Korian, propriétaire du groupe Omega qui gère l’établissement évoque un contrôle d’hygiène « conforme ».

Le bilan est très lourd. Cinq résidents de l’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) La Chêneraie à Lherm, près de Toulouse, sont décédés des suites d’une probable intoxication alimentaire dans la soirée du 31 mars après le dîner. Quinze autres personnes en urgence relative ont été hospitalisées dont trois ont pu regagner l’établissement lundi soir.

Le parquet de Toulouse a ouvert une enquête pour « homicide involontaire et blessure involontaire », confiée à la section des recherches de la gendarmerie de Toulouse et à la brigade des recherches de la compagnie de gendarmerie de Muret.

Dans le cadre de cette enquête de flagrance, des prélèvements à visée d’analyse toxicologique et biologique ont été réalisés par les techniciens en investigation criminelle de la gendarmerie en coordination avec les services de l’Agence régionale de santé.

Alertée dès dimanche, l’ARS a entamé les premières investigations dans la nuit. Des repas-témoins ont été « mis sous séquestre » et conservés dans l’attente de l’intervention de la Direction départementale de la protection des populations.

D’Omega à Korian

Ouvert en 2006, La Chêneraie est un établissement privé qui hébergeait quatre-vingt-deux résidents, dont dix-sept personnes accueillies en unité protégée pour les maladies d’Alzheimer et apparentées. Il appartient comme onze autres Ehpad en France au groupe toulousain Omega, racheté le 18 février dernier par Korian.

Le site de Lherm reste référencé sur le site d’Omega comme offrant « des prestations hôtelières haut de gamme » avec une « cuisine régionale préparée sur place ». Ce que contestent plusieurs familles de résidents qui affirment que le dîner incriminé avait été livré dimanche soir depuis l’extérieur. C’est l’un des points que devra notamment déterminer l’enquête du parquet de Toulouse.

Des résultats « conformes »

Korian, qui a de son côté diligenté une enquête interne, affirme dans un communiqué que « le dernier contrôle réglementaire d’hygiène périodique, réalisé par un bureau d’étude externe, avait eu lieu le 12 février 2019 » et que « les résultats de ce contrôle étaient conformes ».

Le groupe, qui a annoncé le rachat d’Omega en janvier 2019 et dont le titre a baissé lundi de plus de 6% en Bourse de Paris, a également indiqué que l’établissement en question « produit les repas sur place avec ses propres équipes de cuisine ».

Le groupe Korian se présente comme le « premier réseau européen de maisons de retraite médicalisées, de cliniques spécialisées, de résidences services, de soins et d’hospitalisation à domicile », avec plus de 800 établissements et 300.000 patients. Implanté dans cinq pays, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et l’Espagne, Korian emploie quelque 50.000 collaborateurs et a généré en 2018 un chiffre d’affaires de 3,33 milliards d’euros.

Il gère plus d’une vingtaine de maisons de retraite en Occitanie. Né en 2003 de la fusion des quatre sociétés de maisons de retraite Finagest, Sérience, Réacti-malt et Medidep, le groupe est entré en bourse en 2006. Il mène depuis dix ans une politique d’acquisitions ciblées pour renforcer ses positions dans ces cinq pays et se développer ailleurs en Europe.
Johanna Decorse

Sur la photo : L’Ehpad « La Chêneraie » à Lherm, près de Toulouse. Après les décès de cinq résidents depuis dimanche 31 mars, plusieurs familles ont annoncé leur intention de porter plainte. Photo A.S. - ToulÉco.

Colère chez les familles de victimes

Alain a appris la mort de sa mère Antoinette, résidente de l’Ehpad La Chêneraie, dans la nuit de dimanche à lundi. A 1h20 du matin, les gendarmes sont venus frapper à la porte de son domicile de Saubens pour l’en informer. « A 93 ans, elle souffrait de la maladie d’Alzeihmer mais était encore en forme », s’insurge-t-il. « Cela faisait dix ans qu’elle était en maison de retraite et cela ne se passait pas bien à la Chêneraie où il y a un manque de personnel. On payait 3000 euros par mois et elle était laissée à l’abandon, sans être toujours lavée. La direction dit que les repas étaient préparés sur place mais son médecin traitant nous a indiqué ce matin qu’ils venaient de l’extérieur. C’est une honte ! Je suis en colère et je compte porter plainte contre l’établissement ».
Propos recueillis par Julie Rimbert