ToulÉco

Publié le mardi 24 juillet 2018 à 19h30min par Philippe Font

Philippe Pailhes : « Notaire, une vieille profession qui a eu le talent de réussir sa transformation »

Article diffusé le 12 juin 2018

Notaire depuis 1982, Philippe Pailhes a été élu à la tête de la chambre interdépartementale le 17 mai dernier. Et se trouve face à plusieurs chantiers comme la loi Macron et la modernisation de la profession.

Philippe Pailhes, la loi Macron a été instaurée en 2015. Quel bilan en tirez-vous sur la zone de la chambre interdépartementale ?
Le bilan est plutôt rassurant car nous étions inquiets devant le nombre significatif de créations de nouvelles études. Aujourd’hui nos remontées font état pour les notaires récemment installés d’une activité au dessus du prévisionnel. C’est encourageant car ce mouvement est en marche et il n’est pas fini. Sur les quatre départements, il y a eu la création de soixante-et-un postes essentiellement sur Toulouse. Mais face à cette première vague synonyme de réussite, il convient de rester prudent. Les difficultés peuvent survenir notamment liées à une activité immobilière en baisse ou à une augmentation des taux d’intérêt. Le prélèvement à la source qui va être mis en place en janvier 2019 va aussi amputer les ménages d’une partie de leurs revenus directs, ce qui va modifier les comportements.

La multiplication de l’installation des notaires va-t-elle avoir une conséquence sur leurs revenus et leur pérénité ?
Une des raisons qui a amené cette loi est que les pouvoirs publics ont estimé que les notaires gagnaient trop d’argent. Un notaire de ville peut avoir des revenus comme ceux d’un chirurgien. Donc je souhaite que cela impacte les plus riches d’entre nous, mais pas les plus faibles, car certains ont des revenus moindres surtout en milieu rural. En fait cette loi, qui autorise une libre installation et délocalisation, remet en cause le maillage existant. Or, celui-ci permet de bénéficier des services d’un notaire sans faire cinquante kilomètres. Il ne faut pas abandonner ces territoires… C’est la critique que l’on peut faire à cette réforme.

Quelle est la typologie de la profession de notaire dans la région ?
Les grosses études sont à Toulouse. Dans les départements ruraux, on retrouve des petites études qui ont des difficultés à attirer les jeunes notamment. Mais aujourd’hui, nous disposons de nouveaux outils : ils nous permettent d’évoluer au sein de structures plus modernes ou de regrouper des études plus facilement. L’avenir du maillage va passer par le regroupement des notaires. Nous sommes une vieille profession, mais qui a eu le talent de réussir sa transformation.

Justement quels sont les outils et les actions menées pour mener à bien cette modernisation ?
La profession de notaire a eu la chance de basculer dans la numérisation, l’e-connection et l’ubérisation en général. Autrement dit, elle est passée de la plume à la dématérialisation. Aujourd’hui c’est la signature électronique, demain cela sera la signature à distance… Et après demain, c’est le client qui pourra voir directement sur Internet et sans venir à l’étude où en est son dossier. La profession doit trouver des nouveaux moyens de modernisation et de développement. A partir du mois de septembre, la visioconférence sera mise en place et permettra, sans que vous ayez à vous déplacer à Toulouse ou à Bordeaux, de signer le même acte, le même jour dans deux études différentes.
Propos recueillis par Philippe Font

Sur la photo : Philippe pailhes a été élu président de la chambre interdépartementale des notaires le 17 mai. Crédits : Hélène Ressayres – ToulÉco.