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Publié le mardi 26 septembre 2017 à 20h20min par Johanna Decorse

Innovation. Premier vol pour Blade, un Airbus A340 avec des ailes expérimentales

L’avionneur européen a opéré ce mardi 26 septembre le premier vol du démonstrateur Blade, un A340 équipé de voilures laminaires « hautes performances ». Selon Airbus, elles pourraient permettre de réduire de 5% la consommation de carburant des avions.

Vingt-cinq ans après ses débuts, l’avion d’essai A340-300 MSN001 d’Airbus, premier prototype de la famille, a repris du service. L’avion d’essai est aujourd’hui utilisé comme démonstrateur technologique pour tester dans des conditions réelles les voilures à écoulement laminaire censées réduire l’empreinte écologique des avions en jouant sur une baisse de 5% de leur consommation de carburant.

Baptisé « Flight Lab », l’appareil a atterri ce mardi 26 septembre à Toulouse à 14h38 après plus de 3h30 d’essais en vol. Il avait décollé de Tarbes en fin de matinée.
Airbus s’est félicité de cette « première mondiale » avec le « seul avion d’essai au monde à allier un profil de voilure laminaire à une véritable structure primaire interne ».

« On parle de laminarité quand les filets d’air suivent la voilure de manière parallèle. A partir d’une certaine limite, appelée zone de transition, les particules d’air commencent à s’agiter, la turbulence génère une friction sur la voiture et l’écoulement de l’air ne se fait plus de façon optimale. L’objectif de Blade est de repousser cette zone de transition pour obtenir 50% de réduction du frottement par rapport à une voilure classique », explique Daniel Kierbel, responsable du projet Blade.

Si l’envergure de l’avion ne change pas, dans une voilure laminaire, « le profil de l’aile est différent avec un longeron arrière plus large que le longeron avant, la surface est la plus lisse possible et la flèche de l’aile, son inclinaison, est de 20% contre 30% sur une voilure classique », précise Daniel Kierbel.

Assemblage à Tarbes

C’est dans un hangar dédié de Tarmac Aerosave qu’au fil des seize derniers mois, l’avion s’est progressivement transformé et ailé de sa nouvelle voilure hautes performances. Les extrémités des ailes de l’A340 ont été découpées pour être remplacées par deux nouveaux bouts d’ailes de dix mètres de long. L’avion a également été équipé de 2700 capteurs de mesure et de 34 caméras, placées en bout d’ailes et au sommet de la dérive, en vue de la campagne d’essais.

Lancé en 2008 et piloté par Airbus, le projet Blade pour Breakthrough Laminar Aircraft Demontrator in Europe permettrait de réduire la traînée de l’avion, jusqu’à 8% pour un court-courrier et d’obtenir jusqu’à 5% de réduction des émissions de C02.
Le projet Blade est le fruit de la collaboration de 21 partenaires, groupes industriels comme Safran, Dassault Aviation, le Suédois Saab, le Roumain Romaero ou le Britannique GKN Aerospace, instituts de recherche dont l’Onera en France et plusieurs PME et ETI .

Un budget de 190 millions d’euros

C’est l’un des projets phares du programme de recherche européen public-privé « Clean Sky » financé par des groupes industriels et la Commission européenne, au budget global de 4,2 milliards d’euros. Son coût de 190 millions d’euros est financé à hauteur de 90 millions d’euros par Airbus.

Si les phases d’études s’avéraient concluantes, cette technologie serait bien sûr intégrée dans de futurs programmes. La campagne d’essai du démonstrateur, lancée par ce premier vol et au cours de laquelle l’A340 Blade effectuera 150 heures sur une quarantaine de sorties, se prolongera jusqu’en 2018.
Johanna Decorse

Sur les photos :
En haut : Le démonstrateur A340 Blade a effectué avec succès son premier vol, le 26 septembre, entre Tarbes et Toulouse.
En bas : Dans une voilure laminaire, le profil de l’aile est différent avec un longeron arrière plus large que le longeron avant, la surface est la plus lisse possible et l’inclinaison de l’aile est de 20% contre 30% sur une voilure classique. Photos DR