ToulÉco

Publié le dimanche 3 février 2019 à 18h51min par Armelle Parion

Martin Malvy : « Je veux être un lanceur d’alerte »

Ancien président de la région Midi-Pyrénées, et actuel président du comité de bassin de l’Agence Adour-Garonne, Martin Malvy estime que celle-ci doit être considérée comme un parlement de l’eau, doté de moyens financiers supérieurs pour assurer le destin du territoire. Entretien.

Martin Malvy, pourquoi avez-vous demandé des moyens supplémentaires dans le nouveau plan d’adaptation aux changements clima­tiques ?
Nous estimons qu’il faudrait cinq milliards d’euros supplémentaires à l’échéance 2050, soit 160 millions d’euros par an, pour assurer le destin de notre territoire. Les dernières années, nous avions un budget opérationnel annuel d’environ 270 mil­lions d’euros. Avec le budget actuel plafonné par l’État, on atteignait à peine 210 mil­lions d’euros pour les prochaines années. Le gouvernement a finalement accepté de redistribuer l’effort financier, au bénéfice des bassins Adour-Garonne et Loire-Bre­tagne. Nous aurons donc 250 millions d’eu­ros par an, mais c’est insuffisant. Nous de­vons avoir la sagesse collective de faire les adaptations nécessaires, sinon le climat nous les dictera lui-même. Je veux être un lanceur d’alerte.

Que préconisez-vous ?
D’abord, faire des économies d’eau, car on ne compensera pas le manque à consommer, sans construire de nouvelles retenues. Du côté de l’agriculture, le premier enjeu est de développer de nouvelles filières. J’ai commencé à aborder ce sujet avec les pré­sidents des régions Occitanie et Nouvelle Aquitaine et les préfets de région. Il faut rapidement entreprendre un travail collectif, car les phénomènes s’aggravent.

Que faut-il craindre ?
Avec la baisse de la quantité d’eau et augmentation de sa température, des pollutions nouvelles vont apparaître. L’eau coûtera plus cher. La croissance démographique va entraîner l’artificialisation des sols pour construire des logements, des routes, ce qui va entraîner la concentration de la pollution surtout dans les zones rurales. Il est fort à parier que nous découvrirons aussi de nouveaux problèmes sanitaires.

Que faire pour diminuer les pollutions domestiques ?
Nous devons poursuivre l’amélioration du traitement des déchets, et prêter attention aux pollutions médicamenteuses, probablement préjudiciables à l’homme. In­vestir dans la modernisation des stations d’épuration est aussi un enjeu fort dans les zones rurales.

Pourquoi sommes-nous le territoire le plus touché par le réchauffement clima­tique ?
Les causes sont multiples. Nous n’avons pas beaucoup de réserves d’eau et très peu de barrages dédiés au maintien de l’étiage. Le débit de la Garonne est trois fois moins important que celui du Rhône. À cause de la hausse importante des températures (+2°C en 2050) et des fortes chutes de pluie, l’évapotranspiration est forte. J’ai du mal à comprendre l’aveuglement et l’irresponsabilité de la plupart de nos dirigeants dans le monde, opposés à des pratiques qui pourraient sauver la planète.
Propos recueillis par Armelle Parion

Sur la photo : Martin Malvy, président du comité de bassin de l’Agence Adour-Garonne. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

P.S. :

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