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Publié le dimanche 2 avril 2017 à 19h00min par Audrey Sommazi

Spécial Université. Toulouse Jean-Jaurès, la fac de sciences humaines au bord de l’asphyxie

La crise que traverse l’université Toulouse Jean-Jaurès trouve ses racines dans l’explosion du nombre d’étudiants et une contraction des financements de l’État.

« Notre situation est saine mais contrainte économiquement et politiquement compliquée ». C’est ainsi que Daniel Lacroix résume la situation de l’université Toulouse Jean-Jaurès. Son président précise que la situation financière de l’établissement est à l’équilibre malgré un « budget tendu » de 183 millions d’euros ( +1 à 2 % de hausse chaque année) dont 156 millions d’euros de dotations de l’État. « Soit on laisse filer et on est dans le rouge, soit on décide de ne pas le dépasser et on essaie de maintenir la masse salariale. Et c’est notre choix ». Une décision qui ne fait pas l’unanimité. Le budget prévisionnel présenté en décembre 2016 a été rejeté par le conseil d’administration.

« Treize membres ont voté pour, treize autres se sont abstenus et deux ont voté contre », précise Hervé Petit, représentant FSU pour l’enseignement supérieur à l’université Jean-Jaurès, qui explique ce vote sanction « par une façon de marquer le coup dans un contexte difficile, qui se répète ». Après que le rectorat était prêt à prendre la main pour définir le budget de fonctionnement, ce dernier a finalement été voté en CA le 7 février. Mais comment en arrive-t-on à une telle situation ? Alors que l’université doit supporter une augmentation continue des étudiants (ils sont 30.400, soit une hausse de 30 % en cinq ans), les emplois, eux, sont plafonnés à 2000 salariés (1200 professeurs et 800 employés administratifs).

Des UFR au bord de l’axphyxie

« Tous nos services sont amenés à évoluer en qualité et en compétence, mais sans rentrée d’argent. Depuis 2011, les embauches de personnel n’ont pas suivi l’augmentation du nombre d’étudiants, regrette Daniel Lacroix. Par conséquent, nous avons paré au plus pressé pour assurer les heures de cours supplémentaires. Nous avons des besoins en anglais pour les non-spécialistes et en informatique, obligatoires dans tous les cursus depuis 2016 », explique-t-il. Dans le même temps, certains départs à la retraite ne sont pas remplacés pour « réaliser des économies », et vacataires, doctorants et contractuels sont appelés à la rescousse.

« La situation et extrêmement tendue », assure-t-il. Au bord de l’asphyxie. D’ailleurs, certaines Unités de formation et de recherche (UFR) sont saturées voire à bout de souffle. Celle de psychologie, qui a enregistré un record d’étudiants avec 2500 nouvelles inscriptions en septembre, s’est mise en grève pour dénoncer le manque de moyens. Cette protestation de trois semaines, à l’automne dernier, s’est soldée par la création de deux postes supplémentaires de titulaires. Hervé Petit, bibliothécaire à l’UFR de psycho, n’est cependant pas optimiste. Il craint même la disparition de certaines filières si l’Etat ne revalorise pas sa dotation annuelle.
Audrey Sommazi

Sur la photo :Daniel Lacroix, président de l’université Jean-Jaurès, doit gérer un établissement aux contraintes budgétaires compliquées. Crédits : Hélène Ressayres - ToulÉco