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Publié le mercredi 25 juillet 2018 à 16h02min par Gaëlle Perret

L’enseignement et la formation des géosciences doivent aussi se réinventer

Dossier géosciences 6/6

Avec l’installation d’une crise durable dans le monde pétrolier, le secteur de la formation a dû également se réinventer et se remettre en question. Cette remise en cause concerne autant la formation professionnelle que l’enseignement à l’université.

Le Master Génie Pétrolier, (département des géosciences à l’université de Pau) forme à l’exploration du sous-sol et … peine à recruter des étudiants en local. Il accueille cependant une centaine d’étudiants, qui « viennent essentiellement des pays producteurs (Afrique du Nord, Afrique noire) » souligne Charles Aubourg, responsable du Master. Pourtant, la plupart trouveront un emploi dans le secteur, notamment à l’international. Une situation dûe à un déficit d’image qui pousse les responsables du Master à s’interroger sur la spécificité de la formation. « Les discussions sont en cours pour évoluer vers le terme de géo ressources », confie Charles Aubourg. Tandis que les secteurs comme l’aéronautique, les industries du plastique continuent d’être demandeurs en ressources fossiles.

Du côté de l’Ecole Française de Forage qui forme depuis 30 ans aux métiers du forage, la crise de 2014 a impacté le centre de formation basé à Lescar qui a dû se réorganiser. « Nous sommes en pleine mutation de la formation pétrolière. L’économie change, la redistribution des acteurs également, entre les Etats-Unis qui sont dans le déni et la Chine qui fait face à de gros problèmes de pollution. Les moyens ont été revus à la baisse, alors que les coûts explosent. Mais l’exploitation continue malgré tout. Les demandes de formation sont forcément différentes aujourd’hui » analyse Jean Marc Dedyk directeur de l’EFF.

Retard de vingt ans

Pour ce dernier, la question majeure est « de savoir si l’exploitation du sous-sol doit se faire à tout prix. Il y a un choix à faire entre économie et environnement. L’EFF peut accompagner ces questionnements en replaçant les solidarités au cœur du débat ». D’autant, que si le monde du forage reste assez conservateur, l’âge de la retraite sonne pour beaucoup de foreurs. « On a un retard de vingt ans à combler au niveau de la formation avec des entreprises qui investissent moins et une dilution des responsabilités sur le terrain et en amont », souligne Jean Marc Dedyk.
L’EFF a donc revu son offre de formation. Elle forme aujourd’hui à la gestion responsable des énergies fossiles tout en anticipant les nouveaux besoins des métiers en développement de la géothermie profonde et accompagne les pays producteurs qui ont un retard technologique.

« Nous formons à Pau des opérateurs (bac + 2 / 3 minimum + expériences professionnelles) pour les compagnies de service en dix-huit mois sur du matériel de pointe, mais aussi des futurs superviseurs forage, qui alternent cours théoriques, cours pratiques et immersion dans les entreprises. Ils devront prendre des décisions sur le terrain et gérer des équipes. L’idée est d’intégrer dans leur cursus une partie management, et d’insister sur l’importance de la sécurité sans nier les impacts environnementaux. Car à terme, ce monde-là devra se réinventer », conclut Jean Marc Dedyk.
Gaëlle Perret

Sur la photo : Avec la crise pétriolière, l’université de Pau et des pays de l’Adour ont du revoir leurs enseignements. Crédits : DR

L’UPPA, labellisée i-site
La dynamique des géosciences à Pau est également portée par une forte synergie entre le monde de la recherche, de la formation et l’implication des acteurs locaux (entreprises, collectivités, etc…). Ainsi l’UPPA, l’Université de Pau, a été labellisée i-site en 2017, un label référence pour la recherche universitaire. Doté de 300 millions d’euros, il offre à l’UPPA la possibilité de se réorganiser pour accueillir de nouveaux chercheurs, doctorants ou universitaires autour des problématiques retenues dont les géosciences. C’est grâce au projet E2S (Energy Environnement Solutions) axé sur la thématique de la transition énergétique et environnementale que l’UPPA a été retenue. L’INRA et L’INRIA sont partenaires du projet, ainsi que Total, Arkema, Safran, Terraga, Toray Et Euralis.