ToulÉco

Publié le mercredi 27 septembre 2017 à 21h00min par Johanna Decorse

La Catalogne dans le flou à trois jours du référendum

Le référendum d’autodétermination en Catalogne se tiendra-t-il ? Et quelle en sera l’issue ? A trois jours du vote, de nombreux barcelonais dénoncent le coup de force de l’État espagnol qui tente d’empêcher ce scrutin. Témoignages de Toulousains installés sur place.

Alors que le bras de fer continue entre les indépendantistes catalans et le pouvoir central à Madrid, de nombreux Barcelonais s’interrogent sur ce qu’il va se passer dans les prochains jours. Dimanche 1er octobre, ils sont censés répondre à cette question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous forme de République ? » Pourtant la tenue du referendum d’autodétermination, convoqué le 6 septembre par le gouvernement séparatiste catalan et interdit par la Cour constitutionnelle, est encore incertaine.

Après l’arrestation le 20 septembre dernier d’une douzaine de dirigeants de la Catalogne, la saisie de près de 10 millions de bulletins de vote, l’interdiction systématique des sites d’information sur le scrutin, l’arrivée par bateaux de milliers de policiers, le gouvernement de Mario Rajoy vient d’ordonner aux forces de l’ordre de « neutraliser » les bureaux de vote mis en place pour dimanche. Les autorités centrales, confrontées à l’une de ses pires crises politiques en quarante années de démocratie, tentent par tous les moyens d’empêcher ce scrutin « illégal ».

« Les Catalans veulent s’exprimer »

De son côté, Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne qui a succédé en 2016 à Artur Mas, affirme jour après jour que le vote aura bien lieu. À la tête d’une région de 7,5 millions d’habitants, le chef indépendantiste invoque toujours « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et dénonce « la répression antidémocratique » de Madrid qui, comme « l’empêchement de la liberté d’expression » n’est selon lui « pas acceptable dans le cadre de l’Union européenne ».

Divisés sur la question de l’indépendance, les Catalans se sont prononcés cet été à 41,1% pour et à 49,9% contre selon un sondage commandé par la région autonome. Mais ils sont plus de 70% à vouloir s’exprimer dimanche à travers un vote. A trois jours de l’échéance, Mélanie Degoy Graffula, attachée de presse à la double nationalité franco-espagnole, installée depuis 2010 à Barcelone, est encore hésitante.

« La question de l’indépendance ne date pas d’hier. Les Catalans tiennent à s’exprimer et c’est normal. On peut comprendre que certains veuillent leur propre État et revendiquent le droit à l’autodétermination. Ils forment un peuple qui a sa culture, sa langue, son histoire. Pour ma part, je ne suis pas sûre que l’indépendance soit nécessaire. La région doit pouvoir accéder à un statut particulier qui lui permette de rester en Espagne tout en ayant une autonomie plus forte », estime Mélanie Degoy Graffula.

Malgré ses doutes, cette néo-Barcelonaise est bien décidée à aller voter dimanche et si on l’en empêche, à brandir symboliquement un papier blanc en guise de bulletin. Pour elle, la crise actuelle tient beaucoup à l’absence de dialogue et au « coup de force » du gouvernement Rajoy et de son parti conservateur, le PP.

Inquiétudes aussi sur le plan économique

Directeur régional Espagne et Portugal du groupe Crystal Finance, spécialisé dans la gestion de patrimoine pour les expatriés, Jean-Claude Faixo a fait le choix il y a près de onze ans de quitter la France pour s’installer à Barcelone. Il ne pourra pas voter dimanche mais en spectateur « partagé », il constate d’un côté « le manque le dialogue du gouvernement espagnol » et déplore de l’autre « un nationalisme plutôt populiste » qui selon lui « clive la société ».

« Jusqu’à présent, le sujet me paraissait assez lointain. Tout a dégénéré très vite, explique le dirigeant. Si la Catalogne venait à sortir de l’Espagne et de l’Europe, ce serait problématique pour mon activité, d’où mon inquiétude. Mais je ne crois pas que ce scénario soit imaginable à court terme. Nous vivons néanmoins une crise politique grave. Et dans ce contexte de jusque-boutisme absolu, qui peut régler cette question ? »
Johanna Decorse

Sur la photo : Les manifestations en faveur de la tenue du référendum se multiplient depuis plusieurs jours au sein de la capitale catalane. Photos MD - ToulÉco.

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