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Publié le mercredi 9 janvier 2019 à 22h36min par Béatrice Girard

Toulouse La Grave : tensions autour de la réhabilitation de l’ancien Institut Claudius Regaud

Des logements, une résidence hôtelière 4 étoiles et des commerces verront-ils le jour à la place de l’ancien centre anti-cancer Claudius Regaud ? L’association Saint–Cyprien Quartier libre s’y oppose et compte exploiter tous les recours.

C’était une des parcelles les plus convoitées de Toulouse. 7650 m², situés à deux pas de la Garonne, et à côté du site historique de La Grave. Ils ont été vendus en 2016 par le CHU et l’Institut Claudius Regaud, (ICR) au promoteur Kaufman & Broad, lauréat d’un appel à projet et d’un concours pour la réhabilitation de l’ancien centre anti-cancer. Le promoteur investit 100 millions d’euros pour démolir l’ICR et a confié à l’architecte Pierre-Louis Taillandier la reconstruction d’un îlot mixte composé de 227 logements, une résidence hôtelière 4 étoiles de 114 chambres et des commerces sur une surface plancher de 21.167 m².

« Ce projet s’inscrit dans la restructuration du nord du quartier Saint-Cyprien et dans le parcours du grand parc Garonne », décrit Pierre-Louis Taillandier. La parcelle est en effet située à quelques mètres du dôme classé de la chapelle du site de La Grave, qui reste propriété du CHU. L’architecte a donc conçu un îlot aligné sur la façade de La Grave, et recréé un mail piéton de 30 mètres de large qui ouvrira une perspective vers le parc Raymond VI et les bords de Garonne.

Un recours gracieux qui court jusqu’au 24 janvier 2019

Officiellement, le permis a été obtenu en septembre 2018, le promoteur K&B souhaite lancer la démolition du site en juillet prochain et table sur une livraison des logements au second semestre 2022. Mais ce calendrier pourrait bien être contrarié par la mobilisation de l’association Saint-Cyprien quartier libre. Avec 800 adhérents, ce comité qui est l’un des plus importants de Toulouse, a déposé un recours gracieux qui court jusqu’au 24 janvier prochain.

« Nous sommes en colère, contre ce projet de vente à la découpe qui va à l’encontre de l’esprit même du quartier populaire de Saint-Cyprien », fustige sa présidente Christine Torrent. « Pour l’ICR, nous en avons pris notre partie, mais il nous semble aberrant de construire une résidence hôtelière de luxe à cet endroit, alors qu’à quelques mètres de là, la partie historique de l’hôpital accueillait des pèlerins de Saint-Jacques. Nous avons d’ailleurs rendez-vous avec la directrice du site de La Grave le 16 janvier et nous ferons obstruction autant que nous le pourrons », prévient-elle.

Tiers lieu pour les plus démunis versus résidence hôtelière

Un projet initial prévoyait en effet la construction d’une maison de retraite et d’une crèche, mais il a été remis en question dans cette zone soumise au plan de prévention risque inondation. « Nous regrettons que ce volet social ait disparu, et à ce jour nous n’avons pas encore pu consulter le projet définitif dans son ensemble. Nous demandons aussi des contre-expertises techniques concernant les études de sous-sol », indique Christine Torrent.
Saint-Cyprien quartier libre a aussi réfléchi à une contre proposition : un tiers-lieu qui serait dédié à l’insertion des plus démunis, comme une alternative à la maison de retraite, ainsi que des jardins partagés permacoles.

Les acheteurs séduits par les appartements de luxe

De son côté le promoteur reste confiant. « Plusieurs procédures vont suivre, mais je veux rester optimiste », indique Jacques Rubio, le directeur général de Kaufman & Broad dans le grand Sud-Ouest. A ce jour, les perspectives commerciales lui donnent raison. « En deux mois tous les logements proposés en accession maîtrisé à 3000 euros le m² ont été vendus, ainsi que la moitié des logements libres. Ces derniers sont affichés à un prix moyen de 7000 euros le m², et les plus prestigieux bénéficient de terrasses de 100 m² sur la Garonne et le quai de Tounis. »
Par ailleurs 50 du programme sera réservé à des logements sociaux qui seront revendus à Promologis et Toulouse Métropole Habitat. Enfin, la résidence hôtelière 4 étoiles avec services, sera gérée par Adagio la marque du groupe Accor hotels.
Béatrice Girard

Sur la photo : Le projet de réhabilitation de l’ancien centre anti cancer fait polémique dans le quartier, mais séduit les acheteurs. Crédits : DR

P.S. :

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