ToulÉco

Publié le lundi 10 avril 2017 à 20h44min par Johanna Decorse

Toulouse. Le Laas-CNRS accueille Pyrene, nouveau robot humanoïde

article diffusé le 8 février 2017

Les roboticiens du Laas ont présenté leur robot humanoïde nouvelle génération. Avec Pyrene, le successeur d’HRP-2, ils espèrent améliorer la capacité de mouvement des robots et leur interaction avec leur environnement.

Venu du Japon, HRP-2 avait intégré le département robotique du Laas-CNRS en 2006. Après plus de dix ans de bons et loyaux services, le robot humanoïde a vu arriver il y a quelques mois son successeur au nom plus local, Pyrene. Fabriqué par la société espagnole Pal Robotics, ce grand-frère ibérique dont le laboratoire toulousain a reçu le premier prototype industriel, a été présenté en février à la communauté scientifique et à ses financeurs.

Deux fois plus rapide et puissant que son prédécesseur, presque deux fois plus lourd – 95 kilos contre 58 kilos – pour seulement dix centimètres de plus, Pyrene doit permettre au Laas-CNRS « d’entrer dans la compétition face aux plus grandes équipes internationales ». Et en premier lieu, face au leader mondial, la société Boston Dynamics, propriété d’Alphabet, la maison mère de Google, qui met fréquemment en scène, dans des vidéos impressionnantes, les exploits de ses robots.

De nouveaux défis

De quoi maintenir la pression sur les membres de l’équipe Gepetto, unité du Laas-CNRS dédiée à la recherche en robotique humanoïde, dont les budgets sont plus serrés. Alors que Boston Dynamics investit entre 20 et 30 millions de dollars par programme, le laboratoire français a consacré 600.000 euros à l’achat de Pyrene.

« HRP-2 a permis des avancées sur la marche réactive, la rapidité de mouvement. La marche sur le plat est résolue. La difficulté est maintenant de parvenir à une locomotion généralisée qui permet par exemple, de prendre appui sur l’environnement extérieur, sur un autre point de contact que le sol plat, pour conserver son équilibre. », explique Olivier Stasse, directeur de recherche au CNRS et membre de l’équipe Gepetto. « Nous avons développé un algorithme tout à fait efficace qui permet au robot d’attraper une rampe d’escalier tout en montant les marches ce qui relève de la locomotion généralisée. HRP-2 a été le premier robot à faire cela. Notre défi est d’aller encore plus loin avec Pyrene en générant des mouvements plus dynamiques et plus puissants et en faisant en sorte qu’il interagisse mieux avec environnement et potentiellement avec des êtres humains. »

Tests en usine

D’ici quelques mois, les chercheurs espèrent faire faire au robot plusieurs tâches complexes telles que la marche sur des terrains accidentés ou le port de lourdes charges à bout de bras. Ils comptent pour cela sur la puissance de calcul de leur nouvelle recrue, sur ses capacités physiques plus importantes au niveau du moteur et des batteries mais aussi sur les capteurs d’efforts dont Pyrene est équipé au niveau des articulations et qui vont lui permettre de « sentir » qu’on agit sur lui pour répondre en conséquence.

Avec toujours en ligne de mire, une application industrielle, notamment pour des tâches répétitives qui ont un impact sur la santé des opérateurs. Dimensionné pour intervenir sur des chaînes de production de l’usine du futur d’Airbus, ce robot humanoïde nouvelle génération n’en est toutefois pas encore à prendre la visseuse.

« Nous réalisons pour l’avionneur des « preuves de concept » en travaillant sur des cas de figure concrets comme la montée d’un escalier ou s’arrêter devant une personne qui passe soudainement. Pour Airbus, il s’agit d’évaluer la pertinence de robots sur les chaînes et de faire de la veille technologique à l’heure où des pays comme la Chine investissent massivement dans les robots. Nous espérons faire des tests en usine dans les deux années qui viennent mais faire intervenir des robots humanoïdes sur les chaînes, c’est un projet de long terme, pas avant dix ou quinze ans », précise Olivier Stasse.

L’équipe Gepetto espère néanmoins franchir une étape décisive à mi-chemin. « Si le robot, tout seul en bas d’un échafaudage, parvient à monter l’escalier, visser ou percer et redescendre, sans intervention humaine, nous aurons déjà fait un grand pas. Aucun robot n’est encore capable de faire cela. Ce serait une première mondiale ».
Johanna Decorse

Sur les photos : Le nouveau robot Pyrene (à gauche) et son prédécesseur du Laas, HRP-2. Pyrene est censé pouvoir bientôt porter de lourdes charges à bout de bras. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco