ToulÉco

Publié le mercredi 2 août 2017 à 19h30min par Isabelle Meijers

« Le fonctionnement de l’hypermarché d’il y a vingt ans est mort »

article diffusé le 22 mai 2017

Le nouveau directeur de l’hypermarché Carrefour Toulouse Portet, Jean-Yves Biasini, doit relever un défi de taille : l’essoufflement du modèle traditionnel de l’hyper. Malgré une activité de 150 millions d’euros en 2016, les ventes baissent. Une tendance nationale.

Jean-Yves Biasini, l’hypermarché de Carrefour Portet est le plus grand hyper d’Occitanie en taille, avec 18.400 m2. Alors qu’il emploie 450 salariés, et qu’il voit défiler en moyenne 10.000 clients par jour, ce mastodonte est aujourd’hui en souffrance. Le modèle des hypermarchés est-il condamné ?
Jean-Yves Biasini : Non, l’hyper n’est pas mort. C’est son fonctionnement d’il y a vingt ans qui est mort. Il faut dorénavant jouer l’omnicanal, c’est-à-dire la complémentarité entre l’offre internet et le magasin physique.
Le client choisit son produit sur le web puis vient le découvrir en magasin. La très grande surface de notre hyper est une arme à double tranchant. D’un côté, elle fait perdre du temps au client mais elle permet, a contrario, de proposer plus de produits qu’un hyper classique de 10.000 à 13.000 m2. Et ce d’autant, qu’à Portet, la part du non-alimentaire, c’est-à-dire celle des produits bruns (hi-fi, télévisions, ordinateurs) et blancs (électroménager), est élevée : 35% du chiffre d’affaires contre 25% en moyenne dans les hypers.
Nous pouvons donc agrandir nos gammes et exposer plus d’articles. L’activité Drive, en pleine croissance, permet également cette complémentarité entre le web et le magasin physique.

L’érosion de 2% du chiffre d’affaires de l’hyper de Portet, porté à 150 millions d’euros l’an dernier, est une tendance qui se confirme au premier trimestre 2017 sur l’ensemble des hypers Carrefour en France. Quels sont vos leviers d’action pour enrayer la baisse de chiffre d’affaires ?
Notre objectif est de stabiliser le chiffre d’affaires en 2017. Nous allons continuer à jouer sur les promotions pour attirer les clients, même si cette guerre des prix a des répercussions sur les finances. Mais nous ne pouvons pas faire sans. Ensuite, nous nous efforçons d’être présents sur des marchés en expansion, plus qualitatifs, comme le bio, le vegan, le sans gluten, le commerce équitable ou encore les produits locaux. Nous avons ainsi ajouté plus de 6000 nouvelles références bio au premier trimestre 2017. Nous développons notre gamme boucherie et boulangerie avec des fabrications sur place. Il est clair qu’il faut se réinventer mais l’hypermarché, avec sa galerie de 120 boutiques à Portet, reste un lieu de vie où les consommateurs sont attirés.

Justement, pour inciter le client à se déplacer, des animations, ateliers, services complémentaires sont-ils au programme comme dans d’autres hypers du groupe ?
Nous avons déjà commencé à donner un aspect boutique au métier de l’habillement. Mais nous allons attendre un retour d’expérience d’autres hypers Carrefour avant de nous lancer dans des cours de cuisine, ateliers etc…J’ai une approche pragmatique du sujet.

Vous avez été nommé directeur de l’hyper de Toulouse Portet en mars 2017, et vous avez réalisé l’ensemble de votre carrière dans le groupe. Est-ce toujours un parcours typique chez Carrefour ?
Je suis fils de petits commerçants qui vendaient des vêtements sur les marchés. Après un IUT de comptabilité, j’ai commencé comme caissier à 21 ans à Bourges avant d’occuper des postes de stagiaire manager puis de direction. La promotion interne était une voie royale dans le groupe il y a vingt ans. Aujourd’hui, les modes de recrutement se sont diversifiés. Des programmes internes existent pour des jeunes qui sortent de grandes écoles de commerce pour les amener en quatre ans à des fonctions de direction de magasins.
Propos recueillis par Isabelle Meijers

Sur la photo : Jean-Yves Biasini, directeur du Carrefour de Portet. L’enseigne est le n°1 de la distribution en France et le n°2 mondial. Crédits : Hélène Ressayres. ToulÉco