ToulÉco

Publié le lundi 4 février 2019 à 18h23min par Audrey Sommazi

Savoir-faire. Quand les artisans (re) façonnent le centre-ville de Toulouse

Bottier, boucher ou encore cordonnier : les artisans réinvestissement le centre-ville de Toulouse, dans l’ombre des chaînes internationales.

C’est au détour d’une rue, bien souvent, que l’on s’aperçoit qu’une boutique a changé d’activité. C’est le cas rue des Paradoux à Toulouse, au numéro 45. Kouign-amann, chouchen et sardines de Douarnenez ont été remplacés par des Richelieu et des Derby , depuis exposés en vitrine. A l’intérieur du « Bottier Toulousain », les rayonnages bretons (déménagés rue Sainte-Ursule) ont laissé place aux moules en bois, aux patrons et aux pièces en cuir suspendues. Au centre de cet atelier travaille Jean-Emmanuel Pialoux, bottier de 39 ans vêtu d’un tablier.

Mais, rien ne destinait cet ancien consultant pour Airbus, formé à l’Essec, à se lancer dans la création et la fabrication de chaussures en cuir sur-mesure et demi-mesure haut de gamme. « Dans mon ancien travail, je devais rendre les entreprises plus efficaces pour qu’elles gagnent en productivité et en performance. Mais, un matin, je me suis levé en me disant que cela ne me convenait plus. Ce que je faisais n’avait pas de sens, et je voulais y mettre du cœur », explique-il.

Nous sommes en 2015. Après avoir quitté son entreprise suite à une rupture conventionnelle, il décide de reprendre le chemin de l’apprentissage durant deux ans. Désormais Bottier, il affûte sa stratégie, sa « vision » comme il dit, pour mettre toutes les chances de son côté. Il annonce l’ouverture de sa boutique, dans laquelle il investit ses deniers personnels, à hauteur de 25.000 euros, à l’aide d’une campagne de communication bien menée. Il s’assure également des pré-commandes sur plusieurs mois grâce à à une campagne de crowdfunding qui lui permet de récolter 17.000 euros. Sans aide à la création, ni subvention, il sait désormais que le cap à ne pas rater est la montée en cadence de sa production.

Deux points de vente et une boucherie en ligne

Direction les Carmes. Dans ce quartier de l’hyper-centre, même constat. Le traiteur asiatique aux néons jaunes de la rue des Filatiers a laissé place aux étals de viandes. Derrière cette enseigne, Bertrand Marty, un jeune artisan boucher, qui, à 29 ans, ne laisse rien au hasard. Après une expérience utile dans la grande distribution, il occupe depuis 2014 une loge de quelques mètres carré au marché Victor Hugo dans laquelle il n’est autorisé qu’à vendre du bœuf et du veau.

Pour se diversifier, il saisit l’opportunité d’ouvrir « une boutique de quartier », comme il le dit, et injecte 20.000 euros dans la rénovation du local et le matériel. « Je voulais être en centre-ville et proposer toute sorte de viandes, ainsi que deux petits rayons de traiteur et de charcuterie », explique-t-il, ravi d’avoir « trouver sa clientèle ».
« Nous n’avons pas eu de mauvais retour. C’est très gratifiant, même si on y passe beaucoup d’heures ». Un autre projet dans les tuyaux ? « Non, je vais commencer par prendre des vacances », affirme-t-il, ajoutant néanmoins qu’il a ouvert en novembre une boucherie en ligne avec sa compagne, proposant exclusivement des carrés de côtes de bœuf maturés à la demande.

Remplacer les vitrines abandonnées par de petits commerces de proximité flambant neufs : c’est l’objectif de commerce avenir, le dispositif de la Ville de Toulouse. Lorsque un local commercial se libère, la mairie le préempte via l’établissement public foncier local (EPFL), achète les murs ou le bail commercial (l’investissement moyen est de 80.000 euros par local), puis le rénove. Elle lance ensuite un appel à candidature pour trouver un nouveau locataire. Place Arnaud-Bernard, dernièrement un fromager et un cordonnier ont ainsi pu ouvrir une boutique.
Audrey Sommazi

Sur la photo : Jean-Emmanuel Pialoux dans sa boutique « Le bottier toulousain ». Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco