ToulÉco

Publié le lundi 25 juin 2018 à 18h23min par Béatrice Girard

Les nouveaux enjeux du marché du spatial

Dossier spatial en Occitanie 2/5

Alors que le Toulouse Space Show se déroule cette semaine à Toulouse, le secteur prend le train de l’industrialisation et les Toulousains ne veulent pas le rater. Baisse des coûts de production, apparition de satellites « low cost » et explosion des applications liées au spatial sont au (...)

Avec la concentration d’un quart des emplois européens du secteur -12.000 salariés - et la présence de tous les acteurs de la chaîne (industriels, agences, laboratoires de recherche, grandes écoles), Toulouse reste la capitale européenne du spatial. Pourtant le secteur a, sans conteste, déjà changé de visage. « Le spatial a définitivement quitté l’ère du tout scientifique pour entrer dans celle du grand public et de la vie quotidienne, ce qui génère une croissance du secteur et de grandes révolutions dans les infrastructures et les systèmes et dans les applications », analyse Éric Pérez, directeur général France des activités Intelligence d’Airbus Defense and Space.

En effet l’arrivée d’acteurs privés, prêts à investir massivement dans le spatial, a révolutionné les initiatives des infrastructures traditionnelles. Parmi ces acteurs du New Space venus de la Silicon Valley, SpaceX ou Blue Origin restent les plus connus notamment pour avoir privatisé le marché des lanceurs. Mais derrière ces noms, le « New Space » draine des centaines d’entreprises qui se positionnent sur le marché des nanosatellites. Un spatial « low cost » dans lequel on ne produit plus des satellites par grappes de six ou huit mais par constellations de plusieurs centaines, à des prix 100 fois inférieurs et pour une durée de vie moindre ! Pour les acteurs historiques, il n’est pas question de rater le train de l’industrialisation.

Se transformer ou mourir

« Le New Space, c’est le mariage entre le monde numérique et le monde du spatial. Au sein du Cnes nous nous sommes réorganisés dès 2016 en créant des directions dédiées à l’innovation et au numérique », assure Jean-Claude Souyris, directeur adjoint à la direction de l’innovation des applications et de la science en charge du programme scientifique du Cnes. L’agence, qui affiche sa volonté de favoriser l’activité spatiale en France, a même entrepris de fédérer le nouvel écosystème des nanosatellites en s’associant avec l’ETI toulousaine Nexeya pour lancer à Toulouse une filière dédiée. « Nous travaillons ensemble pour livrer fin 2019 le nanosatellite Angels, premier de série basé sur une plateforme modulaire française pour les satellites de moins de 50 kg », explique-t-il.

L’organisme public soutient aussi la recherche universitaire sur le sujet à travers le programme Janus à l’Isae, notamment. Même stratégie chez les industriels. Ainsi Thales Alenia Space et Telespazio, autre alliance-pilier du secteur, ont créé une joint-venture industrielle avec la société américaine Spaceflight industries. Objectif ?
Construire une constellation de soixante nanosatellites d’observation de la Terre ; et pour les Européens, mettre un pied dans ce marché du satellite bon marché. « Ce partenariat s’inscrit dans notre stratégie de transformation vis à vis du New Space » indiquait Jean-Loïc Galle, le DG de Thalès Alénia Space lors de la signature de ce partenariat. Airbus Defense and Space prend aussi ce défi à bras le corps.

Faire du spatial une technologie grand public

L’industriel, associé à One Web, a installé à Toulouse la chaîne de production One Web Satellites. « La conception, les tests et les premiers développements seront réalisés à Toulouse avec le défi de fabriquer deux ou trois satellites par jour, la production de masse sera ensuite transférée en Floride à proximité du Kennedy Space Center » décrit Éric Pérez. Face à ce nouveau contexte industriel, Airbus indique avoir élargi sa base de sous-traitants et modifié sa façon de travailler. Une condition sine qua non pour faire du spatial une technologie grand public et réduire les coûts de production.

L’autre révolution en cours est celle de l’explosion des services et applications liés au spatial. Exit le domaine exclusivement public, institutionnel, peu ouvert à la concurrence ! Désormais le champ des applications possibles explose, et à l’heure du Big Data, le pari est à la valorisation des données. « Nous sommes encore en phase d’amorçage, mais l’accélération qui se prépare est comparable à celle qu’a connu l’utilisation du GPS depuis vingt ans, prévoit Jean-Claude Souyris. L’une des clés du succès repose à présent sur le pouvoir d’attraction de ces start-up vis-à-vis d’investisseurs, publics et privés ». À Toulouse, le riche écosystème des start-up et PME du spatial l’a déjà bien compris.
Béatrice Girard

Sur la photo : Des ingénieurs du CNES interviennent sur un satellite à
Toulouse. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco

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