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Publié le mercredi 20 juin 2018 à 18h36min par Gaëlle Perret

Les tissages Moutet : un savoir-faire ancestral au service du haut de gamme

En 1919, Georges Moutet reprend l’activité paternelle de « fabrique de coutil-pantalon » et lance une collection de linge de table inspirée des rayures de ce costume. Un siècle plus tard, les tissages Moutet restent une affaire de famille qui a su se renouveler en misant sur le tissage haut de (...)

Le linge de table de la Maison Moutet raconte une histoire. Elle raconte le labeur des bœufs qui tiraient autrefois la charrue pour permettre la culture du lin qui servait à tisser leur mante, mais aussi les armoires remplies de linge béarnais ou basque utilisé pour les grandes occasions. Une histoire qui se dévide au rythme des machines et se lit dans un grand livre d’archives depuis cinq générations. Aujourd’hui la visite de l’atelier illustre cette histoire. Les métiers à tisser avec navette de conception ancienne y côtoient les métiers à mécanique Jacquard plus modernes. On y découvre les trois étapes indispensables à la réalisation d’un tissu.

Un processus en trois étapes !

Tout d’abord les bobines de fil nécessaires au projet d’article sont placées sur l’ourdissoir pour obtenir la chaîne du tissu en enroulant sur le tambour les fils côte à côte, ce qu’on nomme le voyage. Sachant qu’un cantre (porte-bobines) peut accueillir jusqu’à 230 bobines et qu’un article peut comporter jusqu’à 9000 fils, plus de quarante voyages sont nécessaires ! La nappe de fils ainsi obtenue est ensuite enroulée sur une ensouple puis placée à l’arrière du métier à tisser. La dernière étape, le tissage, permet d’entrecroiser les fils en long et en travers (la trame) sur un métier à tisser préparé grâce au remettage, spécifique à chaque article. Dans l’atelier Moutet, sept à dix mètres de tissus par métier sont produits par heure. Ils habilleront les tables des grands restaurants, s’afficheront dans les musées…

Les tissages Moutet, une affaire familiale

Ces tissus racontent l’intuition d’une femme, Catherine, qui a lancé la mode des torchons colorés à la fin des années 90 et les a élevés au rang d’œuvre d’art, en s’assurant la collaboration d’artistes et de designers. Ils témoignent d’un savoir-faire qui s’exporte et parlent d’un futur proche avec bientôt une collection à base de lin cultivé, transformé et filé localement, grâce à l’obstination de Benjamin, son fils, et le soutien d’agriculteurs et d’ingénieurs.

Les tissages Moutet sont plébiscités tant par les particuliers que par les professionnels (architectes d’intérieur, hôtels et restaurants de luxe, musées…) Labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant », la Maison Moutet mise sur la qualité, l’innovation et la transmission pour écrire les pages de son avenir. Sans oublier de rappeler chaque jour qu’un torchon, même fabriqué avec tant de soin, « il faut que ça s’use, ça se salisse, que ça vive ! ».
Gaëlle Perret

Sur les photos : L’usine créée il y a presque un siècle a su adpater sa production au secteur du haut de gamme.

En bas : Certaines bobines peuvent compter jusqu’à 9000 fils. Crédits : DR