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Publié le mardi 12 juin 2018 à 21h11min par Johanna Decorse

Lubaina Himid en force et en couleurs à Sérignan

Le musée régional d’art contemporain à Sérignan présente jusqu’en septembre l’exposition Gifts to Kings consacrée à la plasticienne Lubaina Himid. Cet événement majeur revisite trente années du travail de cette artiste britannique, lauréate 2017 du Turner Prize.

Début 2017 déjà, le musée régional d’art contemporain à Sérignan avait pour projet de consacrer une exposition monographique à Lubaina Himid. Quelques mois plus tard, la plasticienne née en 1954 en Tanzanie, d’un père comorien et d’une mère anglaise, recevait le prestigieux Turner Prize organisé par la Tate Britain, à Londres. La présentation de plusieurs de ses oeuvres jusqu’au 16 septembre au Mrac (Musée régional d’art contemporain) prend une dimension particulière.

Cet événement, qui parcourt trente années du travail de l’artiste, de la pièce historique Freedom and Change (1984) à la plus récente Le Rodeur (2016), souligne la grande cohérence de sa pratique. Lubaina Himid n’a cessé d’explorer la question de l’esclavage, du colonialisme, de l’identité de la diaspora africaine et de son invisibilité dans le champ social, politique et artistique. Une constante pour cette figure majeure du British Black Art Movement, particulièrement actif dans les années 1980 en Angleterre après les lois anti-immigration de Margaret Thatcher.

Partage des cultures

Dans l’oeuvre magistrale Naming the Money, dévoilée en partie au Mrac - et dont le titre original était celui de l’exposition, Gifts to Kings -, le visiteur pénètre dans une forêt en contreplaqué d’une centaine de figures peintes. Ce sont des ouvriers, des artisans ou encore des serviteurs habituellement représentés à l’arrière-plan de peintures occidentales. Qu’ils soient céramistes, danseurs ou musiciens, Lubaina Himid leur redonne une individualité, une histoire et une dignité en rappelant que ces hommes aux compétences diverses ont participé à l’essor de l’Angleterre.

Et en faisant sortir la peinture du cadre par le procédé du décor théâtral, l’artiste introduit un rapport physique, de l’ordre de l’empathie, avec le spectateur. Car l’idée qui sous-tend toutes les oeuvres de Lubaina Himid, y compris sur les moules servant à confectionner des Jelly Mould, spécialité anglaise, est de créer un lien entre l’histoire européenne et l’histoire africaine. La possibilité d’un partage des cultures.
Johanna Decorse
Photo : DR

Exposition Gifts to Kings, jusqu’au 16 septembre au Mrac à Sérignan. Renseignements : mrac.laregion.fr et au : 04 67 32 33 05}