ToulÉco

Publié le jeudi 20 juin 2019 à 22h07min par Julie Rimbert

Fabriquée à Toulouse, la SuperCam cherchera des traces de vie martienne

Après quatre années de conception, la SuperCam construite à Toulouse par les chercheurs du Cnes et de l’Irap s’est envolée pour les Etats-Unis. Sa destination finale : la planète Mars ! Elle équipera le véhicule Rover de la mission américaine de 2020 pour scruter des traces de vie (...)

Après ChemCam il y a huit ans, un nouvel instrument français va embarquer pour la prochaine mission martienne américaine. Conçue par le Cnes, le Centre national d’études spatiales et l’Irap, l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de Toulouse, la SuperCam équipera le véhicule Rover de la mission américaine Mars 2020. Celle-ci décollera du Kennedy Space Center en Floride en juillet 2020. Ce nouvel instrument s’est envolé il y a peu direction le Jet Propulsion Laboratory de Pasadena, aux Etats-Unis, pour être intégrée en haut du mât du Rover.

Après sept mois de voyage, le Rover Mars 2020 recherchera des signatures organiques pouvant attester, si elles existent, de traces d’une vie sur la planète rouge. Son domaine d’exploration sera le cratère Jezero, où il étudiera la diversité géologique, en prélevant des échantillons de roches et de sol qu’il stockera dans des mini-conteneurs, ramenés sur Terre lors d’une autre future mission. C’est sur le Rover que sera installé l’instrument pensé et fabriqué dans les laboratoires toulousains.

La SuperCam est composée de deux parties : le Mast Unit, l’instrument français, situé en haut du mât du Rover, et le Body Unit, développé par les Américains, dans le cœur du Rover. « La SuperCam va opérer de la science à distance en réalisant des tirs lasers focalisés sur un point de roche qui auront pour effet de le chauffer jusqu’à 8000°C », explique Muriel Deleuze, chef de projet Contributions à Mars 2020 au Cnes. « Cela créera un plasma, dont la lumière sera analysée pour fournir la composition chimique des roches ».

Entendre le vent martien

Pour cette nouvelle mission martienne, SuperCam intègre de nouvelles fonctionnalités comme des spectromètres pour analyser, toujours à distance, la minéralogie des roches. « Nous avons des objectifs encore plus ambitieux qu’avec Curiosity », assure Pierre-Yves Meslin, enseignant-chercheur à l’Irap. « La Terre et Mars ayant environ le même âge, soit 4.5 milliards d’années, l’idée est de détecter les minéraux sur Mars pour savoir s’il y a eu de la vie auparavant. L’important serait de trouver des traces d’argiles et de carbonates pour comprendre le passé aqueux et l’atmosphère de Mars afin d’étudier l’habitabilité passée ».

Autre nouveauté : la caméra de contexte de SuperCam enregistrera en couleur, ce qui n’était pas le cas de ChemCam avec Curiosity. Enfin, le Rover aura des oreilles puisqu’un microphone pourra enregistrer les sons lors des tirs lasers pour déterminer notamment la dureté des roches, le bruit du Rover ou le vent martien. « C’est un outil complémentaire du laser pour la dureté de la roche, mais il peut aussi étudier l’atmosphère martienne par la vitesse du vent, des tourbillons de poussière ou des turbulences », détaille David Mimoun, professeur à l’Isae-Supaéro et responsable de Mars Microphone.

Près de 240 personnes du Cnes et de l’Irap ont travaillé durant quatre ans sur la conception, l’étude, la réalisation de cet instrument. Le coût du projet pour la partie française s’élève à 20 millions d’euros.
Julie Rimbert

Sur la photo : La SuperCam a été livrée au Jet Propulsion Laboratory à Pasadena, aux Etats-Unis, pour être intégrée en haut du mât du Rover. Crédits : Valentine Chapuis - ToulÉco.