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ToulÉco

Publié le mercredi 31 janvier 2018 à 21h51min par Philippe Font

Social. Pourquoi les agriculteurs ont bloqué le périphérique toulousain cette semaine

Les agriculteurs de Haute-Garonne sont mécontents et ils l’ont fait savoir ce mercredi 31 janvier en bloquant la rocade toulousaine. Au centre de cette colère, la révision de la carte des zones agricoles défavorisés qui pourrait exclure des centaines d’agriculteurs de milliers d’euros (...)

Mercredi ils ont bloqué la Ville rose pour manifester leur désarroi. Dès potron-minet, une centaine de tracteurs ont convergé de différentes exploitations agricoles du département vers Toulouse pour mener une opération escargot. Dès 6h30 les premiers engins agricoles se positionnaient aux entrées de la rocade toulousaine et convergeaient ensuite vers le périphérique provoquant des bouchons monstres.

La cause de la colère des agriculteurs : la révision de la carte des zones agricoles défavorisées proposée par le ministère de l’Agriculture et qui pourrait déboucher, si elle est adoptée au printemps prochain, sur une baisse du nombre de communes éligibles aux aides européennes, notamment l’ICHN (Indemnité compensatoire de handicaps naturels).

Dans un courrier envoyé vendredi au ministre de l’Agriculture, le président du Conseil départemental Georges Méric estime que « le nouveau zonage présenté par le gouvernement impliquerait l’exclusion de près de 100 communes haut-garonnaises de ces zones défavorisées, alors que le Département en avait déjà perdu 130 en avril 2017 ».

Debout près d’un tas de pneus en feu près de la sortie Pont-Jumeaux, Guillaume Darrouy, ancien éleveur à Cadours désormais exploitant dans les céréales et le maraîchage en plein champs, ne décolère pas. « On pourrait perdre, selon les exploitations entre 8000 et 15.000 euros par an, cela va avoir un impact sur la viabilité des exploitations centrées sur l’élevage et l’installation des jeunes agriculteurs. Nous négocions avec l’État depuis trois ans, mais nous ne sommes pas entendus. Notre volonté est que nos filières soient plus rémunératrices afin que nous puissions vivre de notre métier sans les aides ».

Manque à gagner de 8000 à 15.000 euros par an

Et de mettre en cause le zonage validé par le gouvernement qui ne correspond pas à la réalité sur le terrain. « Nous invitons le ministre de l’agriculture à vérifier par lui même si nos champs avec des pentes de 25% méritent d’être classés en zone de plaine ! ». Devant un tracteur avec des roues aussi hautes que les voitures bloquées sur le périphérique, Thibault Audibert, 19 ans, se montre inquiet devant la situation. Souhaitant reprendre la ferme familiale établie entre Grenade et Cadours et ses 55 blondes d’Aquitaine, le jeune homme admet que le projet de reprise pourrait être remis à plus tard si la réforme est mise en place au printemps prochain.

« Pour l’exploitation de mon père cela signifie un manque à gagner de 10.000 euros, une somme qui sert à mettre les comptes tout juste à l’équilibre ». Inscrit en BTS productions végétales à Auch, le jeune homme envisage un plan B et de bifurquer vers un autre métier, toujours dans l’agriculture, « si la situation évolue dans le mauvais sens ». Alors que les agriculteurs manifestaient leur souhait de manifester à nouveau jeudi, Vincent Labarthe, vice-président du conseil régional Occitanie a rappelé hier : « le futur zonage doit être réservé à l’élevage, afin de préserver nos filières et les emplois qui y sont liés ». Les agriculteurs devraient rencontrer le ministre ce vendredi et d’ici là, restent mobilisés (lire encadré).
Philippe Font

Sur les photos : En haut : Les agriculteurs ont bloqué très tôt mercredi matin le périphérique toulousain. En bas : Thibault Audibert, fils d’exploitant agricole dans le secteur de Grenade. Crédits : Ph.F/ToulÉco

Toujours mobilisés

Pascal Mailhos, préfet d’Occitanie et de Haute-Garonne, a reçu mercredi à 16h une délégation d’agriculteurs venue exposer leurs doléances. Les représentants des agriculteurs sont repartis de la place Saint-Etienne avec un rendez-vous avec Stéphane Travers, ministre de l’agriculture, vendredi matin. S’ils estiment ne pas être entendus, les agriculteurs ont annoncé qu’ils renouvelleraient des actions début de semaine prochaine.