ToulÉco

Publié le dimanche 7 juillet 2019 à 19h00min par Philippe Font

Manuel Furet : « Nous devons faciliter l’accès à l’avocat »

Élu bâtonnier de l’ordre des avocats de Toulouse il y a quelques mois, Manuel Furet veut redonner à la profession d’avocat un rôle prépondérant dans la vie de la cité. Entretien.

Manuel Furet, vous avez été élu bâtonnier de l’ordre des avocats de Toulouse au printemps. Quel est votre programme pour les deux ans à venir ?
Il s’articule autour de deux axes : améliorer l’organisation interne, moderniser les services afin de faciliter le quotidien des avocats. Nous avons également mis en place une commission sociale afin de prévenir les difficultés de nos confrères et éviter des situations inextricables. Nous sommes dans une logique de prévention. Le deuxième volet concerne une volonté d’ouverture vers la cité. Depuis le 1er janvier je rencontre l’ensemble des acteurs qui comptent, politiques, associatifs, économiques afin de développer ou de créer des partenariats. L’idée est de montrer l’ancrage de l’avocat dans la cité.

Quelle est la situation des avocats à Toulouse ?
Toulouse est le cinquième barreau de Province avec 1600 avocats dont une majorité de femmes. Il y a des cabinets structurés, avec des cabinets associés, des exercices individuels libéraux, mais la majorité des collaborations se fait au sein d’autres structures. Aujourd’hui nous sommes dans une situation économique plus délicate, avons affaire à des populations qui accèdent plus difficilement au droit et à l’aide juridictionnelle. La protection juridique implique des conditions de rémunération et de traitement beaucoup plus difficiles. Avocat est une profession comme une autre, nous sommes impactés aussi par des difficultés économiques.

Vous êtes également opposés à la réforme de la justice initiée par la garde des Sceaux Nicole Belloubet …
Il y a beaucoup de choses qui m’interpellent dans cette réforme, l’accès à la justice est davantage porté par des enjeux économiques que par un souci de modernité. Quand on dit à une personne que pour aller en justice il faut au préalable mettre une médiation via une plateforme qui vous donnera les chances d’aboutir ou pas dans votre procès, cela pose un problème. Économiquement tout le monde n’est pas en mesure d’adosser à son contrat d’assurance une protection juridique. Peu à peu on décharge l’État de sa responsabilité et de la facilité d’accès au droit qu’il a à travers l’aide juridictionnelle. Si le justiciable se trouve à 100 ou 150 kilomètres du tribunal il n’aura plus accès à la justice. C’est un enjeu de société, pas un débat corporatiste.

Que vous inspire l’installation de « boutiques » d’avocats qui ont pignon sur rue notamment à Toulouse ?
Il faut faciliter l’accès à l’avocat sans perdre notre âme. Nous devons travailler différemment, mais il faut conserver notre ADN, la confidentialité et l’indépendance. Les clients doivent pouvoir venir dans nos cabinets et se confier en toute sérénité. C’est une alchimie à trouver.

Comment envisagez-vous la profession d’avocat dans les années à venir ?
Le droit est partout, il faut l’aborder différemment. Si avec la réforme, on veut éloigner les avocats des tribunaux, les contentieux se régleront sans le juge grâce à la médiation et à la négociation. Mettre des gens autour d’une table, trouver une solution en trois mois au lieu d’attendre que des magistrats statuent pendant neuf ou douze mois parce qu’on ne leur donne pas les moyens de statuer, les avocats savent faire.
Propos recueillis par Philippe Font
Photo Hélène Ressayres - ToulÉco