ToulÉco

Publié le lundi 3 décembre 2018 à 20h46min par Béatrice Girard

Marc Penaud, nouveau patron du CHU de Toulouse, entre inquiétude sociale et défi économique

Marc Penaud a pris récemment la succession de Raymond Le Moign, parti rejoindre le cabinet d’Agnès Buzyn. Gouvernance élargie, management, gestion de la dette pour un retour à l’équilibre et innovation sont ses axes de travail pour le CHU de Toulouse.

Côté face, le CHU de Toulouse a l’image d’un premier de la classe, classé meilleur hôpital de France selon le récent classement du magazine Le Point. Côté pile, l’établissement n’échappe pas à la déprime généralisée du secteur hospitalier avec son lot de grèves, et de mal-être exprimé par les soignants. D’ailleurs le CHU de Toulouse a été secoué par une vague de quatre suicides en moins d’un mois en 2016.

Dans ce contexte tendu, le nouveau directeur Marc Penaud a été accueilli cet été lors de son arrivée par un message en forme de SOS par le personnel inquiet. Lui refuse pourtant de ne voir que le côté sombre et rappelle les bonnes performances de l’établissement. « Le CHU de Toulouse est doté de nombreux atouts, il dispose d’un plateau technique élevé, réalise un panel d’activité varié et de gros volumes d’interventions sur des sujets majeurs comme la cancérologie en lien avec l’Oncopole. Nous comptons 15.800 employés dont 4000 médecins et internes, 3000 lits et places. En 2018, notre activité est en hausse de 1% avec 280.000 séjours hospitaliers et 850.000 consultations externes », décrit Marc Penaud.

Pour la CGT, malgré ces résultats, le compte n’y est pas. « Nous estimons qu’il manque 527 personnes en équivalent temps plein pour travailler dans des conditions à peine normales dans cet hôpital, et bien plus pour faire face à l’augmentation constante de l’activité », pointe Julien Terrié, délégué CGT au CHU. Selon lui, « plusieurs services, tels que le pôle neurosciences, le pôle traumato, les services infectiologie, immunologie, ou encore la maternité, sont au bord de l’asphyxie… Nous avons déjà interpellé Marc Penaud là-dessus. En vain : il n’y aura pas de création de postes », déplore le syndicaliste.

Les revendications salariales : une tradition locale

Pour le directeur, les revendications salariales au CHU de Toulouse sont avant tout « locales et historiques ». « J’entends la souffrance des soignants, mais je pense que nous pouvons, avec des choses simples et directes, leur redonner du temps, sans que cela nécessite forcément des créations de postes ». Un projet qu’il souhaite mettre en œuvre grâce au management. « Je pense notamment à une meilleure coordination entre les services, pour faciliter la gestion des plannings, fluidifier la gestion des commandes avec la mise en place d’un guichet unique… Bref, éliminer tout ce qui peut prendre du temps aux soignants. »

Dans ce projet, le directeur compte s’appuyer sur une gouvernance élargie autour de sept à huit médecins, avec un objectif : que tout le monde se mette au service des patients. « A partir de là, 90% des problèmes trouvent une solution », affirme-t-il. Un discours qui ne convainc pas côté syndicats. « Argumenter sur des difficultés d’organisation, plutôt que de reconnaître qu’il y a un manque de personnel, c’est se tromper de problème ! Sauf à considérer le soin comme une activité industrielle », balaye Julien Terrié.

10 millions d’euros de déficit d’exploitation en 2017

Si les créations de postes ne figurent pas pour l’heure dans la feuille de route du nouveau directeur, c’est aussi parce que le CHU de Toulouse ne parvient pas encore à renouer avec les bénéfices. Doté d’un budget d’1,2 milliard d’euros par an, l’établissement a fortement investi, autour de 900 millions d’euros, depuis dix ans. Notamment pour financer la construction de l’hôpital Pierre-Paul Riquet. « Nous avons enregistré fin 2017 un déficit d’exploitation de 10 millions d’euros. Nous ne connaîtrons donc pas de retour à l’équilibre cette année, même si nos dettes sont en réduction », affirme Marc Penaud. « Notre objectif reste de retrouver notre capacité d’auto financement. »

Au-delà du soin, celui qui a occupé notamment la direction du CHU de Grenoble, nourrit aussi des ambitions en lien avec l’innovation pour les hôpitaux de Toulouse. « C’est un sujet sur lequel j’ai beaucoup travaillé à Grenoble, et je compte faire de même ici pour créer une dynamique d’écosystème au sein du CHU. » Sa méthode ? Organiser des appels à idées en interne pour inciter au développement de projets ou produits innovants et s’appuyer pour cela sur des financements et des partenaires extérieurs, comme Toulouse Tech Transfer ou encore des business angels.
Béatrice Girard

Sur la photo : Marc Penaud dirige le CHU de Toulouse, doté d’un budget d’1,2 milliards d’euros, il a enregistré un déficit de 10 millions d’euros en 2017. Crédits : DR