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Publié le dimanche 28 janvier 2018 à 18h27min par Philippe Font

« 60.000 rebonds veut changer la vision de la société sur les chefs d’entreprise »

L’association 60.000 rebonds qui accompagne les chefs d’entreprise ayant connu une liquidation judiciaire organise mardi 30 janvier une conférence « Prévenir pour mieux rebondir ». Philippe Dagorno, son représentant en Occitanie, expose les actions de l’association.

Philippe Dagorno, quel est l’objectif du dispositif 60.000 rebonds ?
60.000, c’est le nombre de liquidations judiciaires enregistrées tous les ans en France. L’objectif de l’association est d’aider l’entrepreneur qui a connu un dépôt de bilan à rebondir et à se projeter dans un autre projet professionnel. Nous voulons aussi changer la vision de la société sur les chefs d’entreprise. En France, quand un entrepreneur fait faillite, c’est soit un bandit soit un nul. Dans les pays anglo-saxons, il y a le droit à l’échec. On peut comparer l’entrepreneur à un enfant qui essaie de marcher, il n’y arrive pas du premier coup. Actuellement nous suivons trente-cinq chefs d’entreprises, dix-sept à Toulouse et dix-huit à Montpellier, qui sont coachés par une vingtaine d’experts.

Pourquoi y-a-t-il cette différence culturelle entre la France et les pays anglo-saxons ?
C’est ancré au plus profond de nous-même. On retrouve ce phénomène dans différents domaines. En France, celui qui échoue obtient rarement une promotion, alors que dans les pays anglo-saxons il obtient une deuxième chance. Attention je ne dis pas que nous devons absolument copier le modèle anglo-saxon qui n’est pas parfait… Heureusement en France la situation évolue : par exemple le Medef regarde avec plus de bienveillance les CV que nous leur adressons, et la Banque de France ne fait plus figurer l’indicateur 0,40, une cotation qui concerne les personnes ayant connu une liquidation judiciaire. Il ne faut pas oublier que c’est l’entrepreneuriat, artisans, PME, start-up, qui créé le plus d’emplois, pas les entreprises du CAC 40…

Quelle est la situation en Occitanie ?
Sur le périmètre de la métropole toulousaine, il y a 300 liquidations judiciaires chaque année, et 1000 sur la région Occitanie. Les statistiques montrent qu’il n’y a pas de profil type : cela touche autant les hommes, que les femmes, les jeunes ou les personnes plus âgées, les jeunes entreprises que celles installées depuis de nombreuses années.

Après une liquidation ou une faillite, quelles sont les difficultés auxquelles le chef d’entreprise est confronté ?
En premier lieu le regard négatif que porte sur lui la société, il perd son estime de soi, il est confronté à des problèmes psychologiques. Dans ces domaines il y a un travail de reconstruction très important à réaliser. Ensuite il rencontre de gros problèmes économiques : la plupart des chefs d’entreprises n’ont pas contracté d’assurance professionnelle et ne touchent pas d’indemnités quand leur activité s’arrête. Bien souvent il a caché ses difficultés, il a emprunté de l’argent à des proches ou à de la famille pour rétablir la situation. Quand tout s’arrête, il perd tout du jour au lendemain. Il y a un gros problème de solitude : sans le soutien de leur famille, certains dormiraient à la rue, d’autres voient leur famille éclater et connaissent le divorce. D’où l’importance du travail de notre association.
Propos recueillis par Philippe Font

Sur la photo : Philippe Dagorno, président de l’association « 60.000 rebonds en Occcitanie ». Crédits : DR

P.S. :
La conférence « Prévenir pour mieux rebondir » se déroulera le 30 janvier à 18h30 à l’auditorium de la Banque populaire à Balma.
Au cours de la première partie de la table-ronde, le propos tournera autour de la prévention, avec notamment les interventions du président du Tribunal de commerce, des experts comptables, des banques dont la Banque populaire partenaire de l’association 60.000 rebonds. Ces acteurs disposent d’outils de prévention qui permettent de mettre sous protection les entreprises avant qu’il ne soit trop tard. Lors de la seconde partie de la soirée, des solutions mises en place par l’association 60.000 rebonds seront présentées : reconstruction personnelle avec des coachs professionnels certifiés, parrainnages, mise en place d’un nouveau projet professionnel… . Entre les deux parties de la soirée, Jean-Louis Pech, le PDG d’Actia témoignera de son parcours et de son expérience.

Inscriptions sur le site des organisateurs