ToulÉco

Publié le mardi 29 janvier 2019 à 17h53min par Armelle Parion

Particuliers et collectivités face au défi de mieux consommer

Dossier : Les enjeux de l’eau en Occitanie - épisode 2

En 2050, le déficit en eau atteindra 1,2 milliard de m3, soit la moitié du volume actuellement consommé sur le bassin Adour-Garonne. Si nous ne parvenons pas à réaliser des économies et à freiner les pollutions, le prix de l’eau augmentera. Mais il existe des solutions pour aller vers une meilleure gestion quantitative et qualitative de la (...)

Le bassin Adour-Garonne est particulièrement exposé au changement climatique. Le déficit en eau atteindra 1,2 milliard de m3 en 2050 si les usages actuels se maintiennent. Les étiages (périodes de l’année où le niveau d’un cours d’eau atteint son point le plus bas) deviennent plus sévères et plus longs. 929 petits ruisseaux de Haute-Garonne ont été déclassés fin 2017, pour n’être plus considérés que comme de simples fossés. Face à cette pénurie d’eau, comment satisfaire les besoins d’une population qui aura augmenté de 1,5 million d’habitants en 2050 (surtout sur l’axe Bordeaux-Toulouse et la frange littorale) grâce à un solde migratoire au-dessus de la moyenne nationale, engendrant davantage de pollutions ?

L’Agence de l’eau Adour-Garonne a adopté en juillet 2018 un nouveau plan d’adaptation aux changements climatiques. Son budget, qui sera défini fin novembre, devrait représenter 1,6 milliard d’euros sur la période 2019-2024. Améliorer la gestion quantitative de l’eau et sa qualité est au coeur des objectifs. Et cela semble urgent, lorsque l’on sait que 27 % des masses d’eau du bassin sont aujourd’hui dans un état dégradé, et que le débit des rivières aura baissé de 20 à 40 % d’ici trente ans.

Déstockage des barrages hydroélectriques

Pour répondre au manque d’eau, la construction de nouvelles retenues semble constituer une solution. « Il faudrait d’abord optimiser les barrages hydroélectriques existants, et orienter une partie plus importante de ces réserves vers le soutien à l’étiage. Ils ont une capacité totale de deux milliards de m3 », répond Françoise Goulard, experte en recherche et prospective à l’Agence de l’eau Adour-Garonne. Une négociation a été engagée avec l’État, afin d’obtenir 400 millions de m3 de déstockage sur les barrages hydroélectriques en période d’étiage, au lieu des 160 millions de m3 aujourd’hui déstockés.« Nous prônons aussi la création de zones naturelles d’extension de crue, où la rivière peut déborder sans avoir d’impact sur les zones urbaines », ajoute Françoise Goulard. Par exemple la zone maraîchère des Quinze-sols, à Blagnac et l’île du Ramier à Toulouse font partie de ces zones naturelles d’extension de crues.

Responsabiliser les usagers et les acteurs économiques

La consommation d’eau potable représente un tiers des usages sur le bassin. « La consommation domestique n’est pas celle qui a le plus d’impact, mais notre plan vise à responsabiliser les usagers », souligne Françoise Goulard. Parmi les préconisations : utiliser des produits domestiques moins polluants, réduire les micro-fuites des canalisations privées, récupérer l’eau de pluie dans les jardins, mais aussi manger des produits locaux de saison et moins de viande. L’Agence de l’eau alloue des aides aux communes afin de mettre en place des dispositifs pour contrôler le débit des volumes prélevés, ou réaliser des recherches de fuites sur les réseaux de distribution d’eau potable. « Les collectivités devraient également assurer la performance des systèmes d’assainissement et promouvoir les économies d’eau », assure Françoise Goulard.

Concernant les stations d’épuration, l’enjeu se situe plutôt du côté des collectivités moyennes et rurales, où l’on enregistre encore beaucoup de rejets d’eaux chargées en phosphore et en azote. Pour Françoise Goulard encore, le constat est inquiétant. « La baisse des débits entraîne une moins bonne dilution des rejets polluants et donc la nécessité d’un meilleur traitement, tandis que les abats d’eaux créent des débordements et donc le retour dans les rivières d’eaux non traitées. Nous devons faire face à des phénomènes climatiques de plus en plus extrêmes. »
Armelle Parion

Sur la photo : Vue des Jardins du Grand Rond à Toulouse. Crédits : Rémy Gabalda - ToulÉco.

P.S. :

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