ToulÉco

Publié le jeudi 30 novembre 2017 à 20h58min par Isabelle Meijers

Paul Eremenko, « l’iconoclaste » directeur de la recherche technologique, quitte Airbus

Un bouleversement de plus pour Airbus. Paul Eremenko, son directeur de la technologie aux méthodes d’innovation controversées, abandonne le constructeur, moins de deux ans après sa nomination.

Deux ans de perdus pour la recherche du groupe européen ? C’est la question en suspens après l’annonce, jeudi 30 novembre, du départ de Paul Eremenko, directeur de la technologie d’Airbus. Il quitte un groupe déjà fragilisé par les affaires de corruption pour rejoindre United Technologies Corporation, le conglomérat américain constructeur, entre autres, des moteurs d’avion Pratt et Whitney.

Nommé en juin 2016 à la direction technologique d’Airbus en remplacement de Jean Botti, il dirigeait précédemment A3, le centre de recherche avancée du constructeur dans la Silicon Valley en Californie. Débauché de Google et ancien de la Darpa, agence de recherche du Pentagone, ce diplômé du MIT avait été choisi pour bousculer les méthodes d’innovation du groupe. Mais la greffe avait du mal à prendre.

Une culture d’entreprise incompatible ?

Françoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC pour le groupe Airbus, résumait il y a un mois : « Avec sa nomination, la direction d’Airbus confirme son souhait d’une recherche disruptive et non plus incrémentale, par paliers. Pour autant, Airbus a toujours besoin de recherche incrémentale. Le développement d’un avion peut prendre dix à quinze ans et non pas dix-huit mois. Pour quelqu’un qui n’a connu que le monde des start-up, c’est difficile à comprendre. La seule chose que l’on peut attendre maintenant, c’est que Paul Eremenko démontre qu’il est un plus pour la société. »

Il n’en aura donc pas eu l’occasion. Airbus, contacté, n’a pas souhaité commenter son départ. Mais ses méthodes de « destruction créatrice », avec notamment la fermeture du site de recherche de Suresnes de 250 ingénieurs ou techniciens, au profit de l’ouverture des « Garages », à Toulouse, et bientôt Ottobrunn et Filton, espaces collaboratifs ouverts d’expérimentation de briques technologiques prêtes à l’emploi dans le cadre d’un futur avion, ont semé le trouble. Paul Eremenko affichait vouloir placer le groupe au cœur de la troisième révolution aérospatiale, avec les virages de l’aéromobilité urbaine, de l’électrification, de l’intelligence artificielle et de la digitalisation, et une approche de la feuille blanche.

Les chercheurs désorientés par ses méthodes

Pour autant, il avait préféré stopper net le projet E-Fan, premier avion biplace électrique d’Airbus. Le 28 novembre dernier et en l’absence de Paul Eremenko, (selon une dépêche Reuters), un partenariat entre Airbus, Siemens et Rolls-Royce a été signé concernant un démonstrateur technologique de propulsion hybride E-Fan X sur un avion d’essai BAE 146, dont l’un des quatre réacteurs sera remplacé par un moteur électrique. Le premier pas d’un désaveu de Paul Eremenko ?

Xavier Petrachi, délégué syndical CGT d’Airbus, avait prédit : « Paul Eremenko ne restera pas plus de trois ans dans l’entreprise. Il donne l’impression d’un électron libre. Mais aujourd’hui, nous sommes dans l’expectative. Comment l’entreprise va-t-elle évoluer ? » Airbus Group Innovations, centre de recherche centralisé d’Airbus de 600 personnes dans le monde, est à nouveau dans l’incertitude. Pour l’heure, Marc Fontaine, directeur de la transformation digitale, assure l’interim au poste de directeur de la technologie avant la nomination prochaine du remplaçant de Paul Eremenko.
Isabelle Meijers

Sur la photo : Arrivé en juin 2016, Paul Eremenko, directeur de la recherche technologique ou CTO (chief technology officer), a quitté Airbus pour United Technologies Corporation qui construit notamment les moteurs d’avion Pratt et Whitney. Crédits : Airbus